Québec-Écosse - Vraiment historique?

La première ministre Pauline Marois a conclu mardi une courte mission économique en Europe par une incursion politique en Écosse, où elle croyait pouvoir fraterniser avec le gouvernement souverainiste en place. Espoir déçu.


Il est des qualificatifs que parfois il vaudrait mieux éviter, comme le mot « historique », employé par Pauline Marois à propos de cette rencontre qu’elle projetait avoir avec son homologue, le premier ministre Alex Salmond. Implicitement, on comprenait que les attentes étaient élevées et, pour cette raison, plusieurs journalistes québécois l’accompagnaient.


Ses attentes étaient de deux ordres. D’abord, elle souhaitait établir les paramètres d’une entente de coopération, comme le Québec en a conclu avec quelques gouvernements de régions autonomes comme la Bavière et la Catalogne. Puis, elle espérait recevoir un accueil chaleureux de la part d’un gouvernement à la veille de tenir un référendum sur la souveraineté qui, pouvait-elle croire, serait spontané entre dirigeants de partis politiques partageant un même combat.


L’accueil fut courtois, sans plus. Mme Marois fut applaudie à l’Assemblée des députés, mais le premier ministre Salmond ne lui accorda qu’un entretien de 45 minutes derrière des portes closes. Pas de caméras, pas de déclaration commune et encore moins de point de presse où les journalistes auraient pu les interroger sur le déroulement du prochain référendum. Derrière cette froide politesse se cachait le malaise des Écossais, embêtés de recevoir une « amie » au mauvais moment.


Par cet accueil réservé, le premier ministre Salmond faisait en sorte que son invitée ne s’immisce pas dans le débat référendaire écossais. Celui-ci est enclenché. La question proposée (« Do you agree that Scotland should be an independant country ? ») est en cours d’examen par la Commission électorale britannique. Certains voient dans cette formulation un caractère suggestif de nature à influencer les électeurs. Londres a accepté que les règles référendaires soient déterminées par le Parlement écossais, à la condition que la question posée soit claire.


La déception de la première ministre Marois tient au fait qu’elle souhaitait pouvoir discuter avec son homologue de la nature de cette entente. Elle avait souligné lundi aux journalistes l’accompagnant vouloir savoir comment Alex Salmond avait pu convaincre David Cameron de respecter l’autorité du Parlement écossais. Un tel respect mutuel entre partenaires est chose impossible au Canada, avait-elle dit. Si elle avait pu l’amener à en parler devant les journalistes québécois, cela aurait été bonbon, car au même moment, le Bloc québécois ouvrait à Ottawa un débat pour obtenir le rappel de la Loi sur la clarté référendaire. Le hasard n’aurait pas fait aussi bien les choses.


Plusieurs au sein du mouvement souverainiste québécois voient dans cette entente britanno-écossaise un modèle à suivre. Elle est à des lieux de l’unilatéralisme de la démarche à la base de la Loi sur la clarté référendaire. On imagine mal aujourd’hui qu’il soit possible, si un nouveau référendum avait lieu ici, de négocier un tel accord. Néanmoins, il serait intéressant de savoir de Pauline Marois si elle accepterait, le cas échéant, de négocier la question référendaire avec le gouvernement fédéral. Car on en revient toujours à cela, comme l’illustre la position prise cette semaine par le NPD, qui est disposé à modifier la Loi sur la clarté pour convenir qu’une majorité simple (50 % +1) suffira pour reconnaître le verdict référendaire pourvu que la question ait été claire.


Mais qu’est-ce donc qu’une « question claire » ? L’expérience référendaire écossaise pourra nous le dire. Pour les Québécois et les Canadiens, il y aura quelque chose d’historique dans cet événement.


 
36 commentaires
  • Ginette Bertrand - Inscrite 31 janvier 2013 00 h 50

    Une question claire, c'est...

    ... autre chose que les circonvolutions (1980) et la bouillie pour les chats (1995) dont on ne s'est rendu compte qu'une fois la pourssière retombée et le libellé examiné froidement.

  • Gilles Bousquet - Abonné 31 janvier 2013 01 h 49

    En effet

    Si l'Écosses réussit à se séparer calmement, ça va donner des idées aux nationalistes québécois pour voter OUI mais si l'Écosse vote NON, ça va être pratiquement la fin du séparatiste québécois. Il ne reste qu'environ 18 mois pour ce référendum qui, selon les sondages écossais, devrait faire gagner le NON à la séparation de l'Écosse de la Grande-Bretagne.

    • Marc Ouimet - Inscrit 31 janvier 2013 08 h 06

      Vous êtes toujours prompt, M. Bousquet, à décréter la mort de l'idée d'indépendance au Québec (que vous appelez "séparatisme", comme Jean Chrétien). Que l'Écosse vote "non", ou "oui", cela ne changera toujours rien à la situation historique du Québec au sein du Canada. Savez-vous qu'un processus semblable se prépare également en Catalogne, et que le "oui" a de très bonnes chances de le remporter? Si le combat pour la reconnaissance est commun, les situations sont particulières et, ne vous en déplaise, l'idée d'indépendance a toujours sa place au Québec, même si vous et d'autres n'y adhérez pas, parce que des gens comme moi, et d'autres, la trouvent nécessaire et continueront d'en parler. Le tout est de le faire dans le respect réciproque et de cesser de décréter ce qui doit être dit ou non dans l'espace public. C'est le propre de la démocratie, faudrait vous y faire.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 31 janvier 2013 06 h 29

    La question écossaise

    La question ... finalement tout le monde s’en fout parce que tout le monde sait le véritable enjeu devant ou derrière les mots. Alors, aussi bien faire court. La question écossaise a ce mérite. Le reste ne serait que scribouillage auquel finalement personne ne porterait attention. Parce qu’on aura beau emberlificoter sur le carton la question d’un préambule et autre formulation circonspecte, la question véritable sera celle que retiendra le votant dans le creux de sa tête. Et croyez-moi, dans le creux de sa tête, ça sera une question écossaise.

  • Michel Lebel - Abonné 31 janvier 2013 06 h 38

    Concis et clair!

    Une question claire: "Voulez-vous que le Québec se sépare du Canada pour devenir un État indépendant". Avec pareille question, il n'y a pas de confusion possible. C'est concis et clair. Mais d'aucuns aiment la confusion pour prendre les citoyens dans une cage à homards: comme exemple d'éthique, on a vu mieux... Mais toute cette affaire de souveraineté québécoise est devenue de la politique-fiction pour de nombreuses idées, sinon à jamais. Passons!


    Michel Lebel

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 31 janvier 2013 19 h 58

      En utilisant le mot se sépare vous prétendez faire dans la clarté mais dans les fait vous proposez une question pour effrayer une bonne partie de la population et en êtes conscient.

      Le Canada va-t-il être charcuté à la tronçonneuse? Va-t-il y avoir des frontières un peu partout, etc., etc. Mais vous savez très bien M. Lebel que tous les pays siègeant à l'ONU qui ont obtenu au cours du précédant siècle et depuis le début du siècle actuel n'y siègent pas en tant que pays séparés mais en tant que pays tout court, souverains et indépendants. Et dans la majorité des cas les rapports entre des citoyens jadis à couteau tiré sont devenu cordiaux.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 31 janvier 2013 07 h 16

    La seule question possible

    La question porte sur le changement de statut d'un État. En cette matière le seul langage que tous les États souverains parlent entre eux dans leurs relations, c'est le langage statutaire.

    Donc pour ces États dont on cherche la reconnaissance il faut parler le langage statutaire : Le Québec propose un changement de statut, de province à État souverain (oublié la séparation, ce n'est pas un statut). Ce changement propsé n'est pas un souhait, (voulez vous, souhaitez vous, est exclu).

    Donc la question claire en terme de langage statutaire est :

    Acceptez-vous que le Québec devienne un État souverain le (date).

    ...

    La condition première pour en arriver à un changement de staut :

    (google) Vigile

    La leçon écossaise

    L’incontournable principe d’effectivité

    • Nicolas Vincent - Inscrit 31 janvier 2013 09 h 11

      "Acceptez-vous que le Québec devienne un État souverain le (date). "

      Tout à fait d'accord. Il faut arrêter les circonvolutions, tout le monde y perd. 50%+1 et "Le Québec devrait-il devenir un État souverain?". Un énoncé clair, net, précis, inconditionnel et moins susceptible d'être utilisé pour créer la bisbille dans le cas d'une victoire du Oui.

    • Solange Bolduc - Inscrite 31 janvier 2013 12 h 04

      M. Pommerleau j'aime bien votre raisonnement : "Le Québec propose un changement de statut, de province à État souverain (oublié la séparation, ce n'est pas un statut)."

      Bravo ! C'est clair, précis, sans langue fourchue! Les fédéralistes de bonne aloi aimeraenit bien que l'on garde le mot séparation, mais vos arguments me conviennent davantage !

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 31 janvier 2013 19 h 23

      Je suis d'accord avec la question, mais l'idée d'inscrire une date me semble plutôt farfelue. Bien que la comparaison paraisse tenir, l'indépendance d'un pays n'a rien à voir avec un pt'it gars ou une p't"ite fille qui part de la maison...

      Il y aura des discussion des ententes ne serait ce que sur les frontières, la monaie peut-être, les tranferts de pouvoir, etc. C'est un processus il me semble qui prendra au minimum quelque mois. Par contre, la date lors de laquelle ce référendum sera gagné passera à l'histoire, mais est-il vraiment utile de l'inscrire dans la question: la plupart des indépendantistes de longue date se souviennent encore très bien des dates des deux référendums perdus, alors imaginons quand on le gagnera!