Commission Charbonneau - Coupables par lâcheté

Depuis longtemps, des médias ont soulevé le problème des élections clé en main, puis celui des prête-noms, avant de lever le voile sur la collusion entre firmes de génie et l’existence d’un cartel d’entrepreneurs.


À la lumière des témoignages entendus devant la commission Charbonneau, on constate que le problème est cent fois plus grave qu’on le soupçonnait.


Pendant des décennies, des dizaines de notables respectés, maires, conseillers, députés, ministres, entrepreneurs, fournisseurs, ont participé à cette escroquerie de fonds publics (ou en ont été témoins) sans trouver à y redire.


Encore aujourd’hui, les firmes de génie-conseil refusent de s’inscrire au registre des lobbyistes, prétextant qu’elles ne font que du travail professionnel en déléguant leurs « agents de développement des affaires » pour négocier avec des élus locaux, les poches remplies d’argent sale.


La question qui se pose n’est plus de savoir si Genivar, Dessau, Cima, SNC-Lavalin, BPR ont participé au complot puisque la réponse est connue, mais plutôt si ces firmes sont devenues à ce point puissantes et indispensables au monde politique qu’elles peuvent espérer s’en sortir indemnes ?


Et il y a plus grave. Depuis l’arrestation du président de SNC-Lavalin, les directions des grandes firmes de génie et de construction sont passées en mode offensif dans l’ambiance feutrée et surtout très discrète de la salle du conseil. Or il faut craindre que certaines, à l’instar de SNC-Lavalin, songent à déplacer leur siège social ou certains départements importants ailleurs qu’au Québec pour faire oublier l’image d’entreprise corrompue qui menace leur développement. Si tel était le cas, c’est le Québec inc. en entier et ses alliés politiques serviles qu’il faudrait blâmer. Et une fois de plus, nous en paierions le prix !


Comment se fait-il que nous soyons si tolérants à l’endroit des patrons d’entreprise, au point où ceux-ci ne trouvent rien d’anormal dans le fait d’agir en criminel ? Est-ce à cause de la rareté des moyens accordés aux organismes de contrôle et aux forces policières pour créer ce sentiment de peur dont bien des individus ont besoin pour respecter les règles de la vie en société ?


À l’évidence, le monde des affaires a autant besoin que tout autre groupe social de se savoir surveillé pour se comporter honnêtement. N’hésitons plus à lui fournir ce dont il a besoin !

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