Commission Charbonneau - Coupables par lâcheté

Après l’entrepreneur Lino Zambito et l’ingénieur Michel Lalonde, non seulement il est devenu évident que la collusion et la corruption sont pratiques courantes dans l’industrie des travaux publics, mais on se demande s’il sera possible de briser ce moule compte tenu du fait qu’elles font partie des moeurs d’un grand nombre d’élus et de dirigeants d’entreprise.

Depuis longtemps, des médias ont soulevé le problème des élections clé en main, puis celui des prête-noms, avant de lever le voile sur la collusion entre firmes de génie et l’existence d’un cartel d’entrepreneurs.


À la lumière des témoignages entendus devant la commission Charbonneau, on constate que le problème est cent fois plus grave qu’on le soupçonnait.


Pendant des décennies, des dizaines de notables respectés, maires, conseillers, députés, ministres, entrepreneurs, fournisseurs, ont participé à cette escroquerie de fonds publics (ou en ont été témoins) sans trouver à y redire.


Encore aujourd’hui, les firmes de génie-conseil refusent de s’inscrire au registre des lobbyistes, prétextant qu’elles ne font que du travail professionnel en déléguant leurs « agents de développement des affaires » pour négocier avec des élus locaux, les poches remplies d’argent sale.


La question qui se pose n’est plus de savoir si Genivar, Dessau, Cima, SNC-Lavalin, BPR ont participé au complot puisque la réponse est connue, mais plutôt si ces firmes sont devenues à ce point puissantes et indispensables au monde politique qu’elles peuvent espérer s’en sortir indemnes ?


Et il y a plus grave. Depuis l’arrestation du président de SNC-Lavalin, les directions des grandes firmes de génie et de construction sont passées en mode offensif dans l’ambiance feutrée et surtout très discrète de la salle du conseil. Or il faut craindre que certaines, à l’instar de SNC-Lavalin, songent à déplacer leur siège social ou certains départements importants ailleurs qu’au Québec pour faire oublier l’image d’entreprise corrompue qui menace leur développement. Si tel était le cas, c’est le Québec inc. en entier et ses alliés politiques serviles qu’il faudrait blâmer. Et une fois de plus, nous en paierions le prix !


Comment se fait-il que nous soyons si tolérants à l’endroit des patrons d’entreprise, au point où ceux-ci ne trouvent rien d’anormal dans le fait d’agir en criminel ? Est-ce à cause de la rareté des moyens accordés aux organismes de contrôle et aux forces policières pour créer ce sentiment de peur dont bien des individus ont besoin pour respecter les règles de la vie en société ?


À l’évidence, le monde des affaires a autant besoin que tout autre groupe social de se savoir surveillé pour se comporter honnêtement. N’hésitons plus à lui fournir ce dont il a besoin !


 
20 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 05 h 35

    «Depuis longtemps, des médias ont soulevé le problème...»

    Oui, ils ont, «en toute objectivité», rapporté les faits.

    Mais ils ne se sont pas moralement engagés auprès de la population à combattre ce fléau autant qu'ils le pourraient, autant qu'il le faudrait.

    • Jean Boucher - Inscrit 30 janvier 2013 10 h 16

      Bravo Madame, particulìèrement durant les élections.

  • Richard Gauthier - Inscrit 30 janvier 2013 07 h 54

    Lâche vous-même!

    Cette fois-ci monsieur Jean-Robert Sansfaçon c’est vous que je titrais de coupable par lâcheté!
    Votre article escamote complètement de discuter de la solution pour éviter des magouilles. Éliminer le besoin pour les partis politiques de se financer et aussi la tentation pour celles-ci de payer en argent comptant!

  • François Dugal - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 19

    La police et la justice

    Comment une minorité, qui voudrait être honnête, peut-elle se plaindre quand elle «frappe un mur» quand elle s'adresse à la police et à la justice?

    • Jos Joseph - Inscrit 31 janvier 2013 19 h 26

      Exact. Cela est impossible, pour l'avoir déjà essayé, la Police, particulièrement la SQ est un ''beau'' mur. La GRC est plus ouverte à faire quelque chose.
      Jos Joseph

  • Jos Joseph - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 37

    La collusion et la corruption font partie des moeurs d’un grand nombre d’élus et de dirigeants d’entreprise et la Commission ne changera rien parce cette pratique n'est pas seulement pratique courante, elle est ANCRÉE dans les moeurs de presque tous les ingénieurs, entrepreneurs, architectes, urbanistes et politiciens. Si tu refuses de te corrompre et de corrompre, tu es considéré comme un idiot, un pas bon, et un looser avec qui personne ne veut faire affaires, il en réslute que tu n'as pas de business.
    Joseph

    • France Marcotte - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 21

      Vous-même souhaitez que cela reste ainsi?

      Vous souhaitez ou non que la Commission fasse chou blanc?

    • Jos Joseph - Inscrit 31 janvier 2013 18 h 26

      Je n'ai plus aucun espoir pour cette Commission, elle manque de drive, de logique, voire d'éthique vis-à-vis du traitement qu'on fait des témoins comme Michel Lalonde...''en le remerciant chaleureusement pour son courage...'' Non mais...

    • Jos Joseph - Inscrit 31 janvier 2013 19 h 39

      Mme Marcotte, ce que je dis c'est que j'ai travaillé dans le milieu de la construction pendant des années, et j'ai été honnête, je ne me suis pas corrompu ni j'ai corrompu personne, pas de collusion, pas de corruption, sauf que j'ai pas eu assez de contrats pour survivre, car pas d'enveloppes brunes, pas de corruption, b'en ça veut dire pas de contrats, i.e. que j'ai fait faillite. À ne pas ounlier, que si tu es corrompu tu seras protégé par les politiciens et la mafia, et aussi dans certains cas, -souvent- par la police du coin, par contre si tu n'es pas corrompu et pas corruptible, tu es un problème pour la majorité qui est corrompue dans le milieu de la construction et tu n'es certainement pas protégé par la maifa, ni les politiciens...ni la police du coin, i.e. que tu s recherché....par ces sbires.
      Mais si tu es témoin de collusion et corruption, là t'es vraiment de trop et tu dois quitter le milieu, i.e. ton travail à vie. J'ai fait faillite, là je suis obligé de retourner sur les bancs d'école pour me trouverune nouveau job, alors pour la justice on repassera, svp réalisez que cela n'est pas possible dans ce milieu, le milieu de la construction. C,est ça que je veux dire. Je souhaite que la Commission réussisse mais elle ne le sera pas, je suis juste réaliste et cela me décourage vraiment.
      Joseph

  • André Lefebvre - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 40

    Seulement???

    Est-ce certain que la collusion et la corruption est installée SEULEMENT dans l'industrie des travaux publics? J'en doute beaucoup. Les moeurs sociaux adoptés ne s'installent pas excusivement dans un seul domaine. Habituellement, ils s'impreignent dans tout.

    André Lefebvre

    • Jos Joseph - Inscrit 31 janvier 2013 18 h 22

      Pas seulement dans le milieu de la construction, mais aussi dans les contrats en informatique, etc etc etc.