Universités - Là où est l’argent

Est-ce que l’on s’enfonce ou est-ce que l’on avance dans le débat sur le financement des universités ? François Legault expose un modèle qui mise sur l’excellence, celui du ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, vise l’accessibilité. Mais tous deux travaillent sur un fond de finances publiques exsangues. Vraiment ?

On nous pardonnera ce raccourci, mais il faut bien parfois prendre une société dans son ensemble… N’est-il pas révélateur des dérives du Québec affairiste que depuis des semaines se déroulent d’un côté les conférences préparatoires au Sommet sur l’enseignement supérieur, où l’on débat ferme parce que les universités manquent d’argent, alors que de l’autre se bousculent les révélations à la commission Charbonneau, où l’argent circule à flots ?


Cette toile de fond n’est pas anodine. Elle fait plutôt ressortir l’immense paradoxe auquel nous sommes arrivés. L’impôt, qui est l’outil que nos démocraties ont trouvé pour se donner les moyens de vivre en commun plutôt que selon la loi du plus fort, est maintenant perçu comme un écueil à éviter. Il n’est plus normal de payer sa juste part fiscale : cela fait fuir les individus à New York ou à Toronto, nous dit-on, et cela fait terriblement peur aux entreprises qui, dit-on aussi, ne voudront pas s’installer ici si l’on exige trop d’elles. D’ailleurs, nos gouvernements s’en gardent bien.


Et pourtant, jour après jour après jour, la commission Charbonneau nous trace un tout autre portrait d’entreprises d’ici, qui n’hésitaient jamais à ouvrir leurs portefeuilles pour déverser des dizaines de milliers de dollars afin de contourner le système et s’attirer des avantages. Aucune pour protester contre cet « impôt » bien spécial qui leur était extorqué, aucune pour dire : assez, on m’exploite trop, je traverse en Ontario ou aux États ! Pourquoi se plaindre, c’était pour elles de « l’investissement ».


Non, il ne manque pas d’argent au Québec. Mais ce dont on souffre, c’est de la perte du sens de la collectivité. Le débat sur le renflouement des coffres universitaires en offre un parfait exemple. Le Devoir plaide depuis longtemps pour une participation accrue du secteur privé dans le financement des universités. Non sur le mode direct, pernicieux arrimage de la formation aux aléas du marché du travail, mais en songeant à des formules comme la création d’un fonds de l’enseignement supérieur auquel les entreprises seraient invitées à contribuer - en tenant compte, évidemment, de divers paramètres.


Un diplôme universitaire ne fait pas qu’enrichir son détenteur, comme le prouvent les statistiques ; une main-d’oeuvre qualifiée fait aussi la force d’une entreprise. Au Québec, le secteur privé ramasse les diplômés sur un plateau d’argent. Qu’exige-t-on de lui en retour ? Des broutilles en matière de formation continue, rien du côté de la recherche et du développement, et un simple encouragement bon enfant pour ce qui est des dons aux établissements d’enseignement. Mieux vaut prendre les 60 000 $ qui traînent au fond des tiroirs pour financer des élections…


Il y a donc une large part d’iniquité dans le fait que la réflexion, par ailleurs nécessaire, sur le financement des universités n’est tournée que vers les étudiants. Faut-il ajuster les droits de scolarité à l’inflation, à la capacité de payer des familles, aux facultés fréquentées, aux universités mêmes, selon qu’elles sont de classe internationale ou de classe locale (hum !) ? Tenir compte des étudiants universitaires de première génération, donner un traitement préférentiel à ceux qui vont étudier en région ?… Questions fort pertinentes, qui imposent de bien définir ce que l’on attend d’une université au Québec.


Mais les entreprises, elles ? N’auront-elles pour tout apport que de récolter un personnel bien formé aux frais un peu des jeunes et beaucoup d’un État que l’on ne veut plus financer ?

34 commentaires
  • Christine Métayer - Abonnée 30 janvier 2013 05 h 01

    À quand le retour d'ascenseur ?

    Mad. Boileau dénonce une situation qui a trop longtemps duré ! Prenons l'exemple du secteur des sciences appliquées, alors que les professeurs universitaires assurent l'encadrement de maîtrises réalisées dans des entreprises, sur des projets qui répondent directement aux besoins desdites entreprises. Le gouvernement finance ainsi, à même le budget d'éducation, une R&D qui permet d'augmenter les profits du secteur privé SANS que, pour autant, une partie de ces profits soient partagés avec l'État qui a permis de les générer. La formation universitaire sert directement le développement économique d'une société. Il est grand temps que tous les partenaires qui en profitent soient responsabilisés et participent à son financement.

    • Bernard Terreault - Abonné 30 janvier 2013 08 h 23

      Totalement vrai, Madame Mėtayer. Au Canada, et perticulièrement au Quėbec, les gouvernements financent une grande partie de la R&D industrielle. J'ai perticipé à de tels projets dont un très gros où le privé ne mettait pas un sou. Au contraire, il fournissait simplement une partie de la main d'œuvre et faisait un % de profit là dessus. Et sa main d'œuvre y acquėrait une expertise très pointue, qui pourrait plus tard lui être utile.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 30 janvier 2013 09 h 04

      C'est vraie, mais je crois que le retour d'ascenseur etait censé prendre la forme des impôts payés par la société et ses employés.

      En multipliant les déductions et exemptions fiscales de toutes sortes, ainsi que la réduction des impôts à payer par la société, on a complétement faussé le jeu.

      Le gouvernement doit maintenir ses dépenses ou les augmenter, pendant que les revenus prennent une direction opposée. Pour compenser, on se tourne vers les tarifs sur les services de toutes sortes, ce qui touche peu les sociétés.

      Au net, on continue à financer la formation du personnel des sociétés, pendant que celles-ci paient de moins en moins leur juste part.

    • Solange Bolduc - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 25

      Vous avez raison Mme Métayer : "Il est grand temps que tous les partenaires qui en profitent soient responsabilisés et participent à son financement." Allez parler de ça à F. Legault !

    • Fabio de Freitas - Inscrit 31 janvier 2013 13 h 26

      C'es t une bonne question

  • Gilbert Le Blanc - Abonné 30 janvier 2013 07 h 43

    Il faudrait également tenir compte des diplômé-e-s universitaires qui ganent des revenus supérieurs à la moyenne, comme nos médecins et nos chers ($$$) ingénieurs dont certains profitent du systéme!!!
    Gilbert Le Blanc

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 30 janvier 2013 08 h 02

    Révélation divine?

    Franchement,on se croirait devant une "révélation divine" !
    Le paradoxe c'est que tout ça dure depuis longtemps.
    Tous ceux et celles qui savent lire, écrire, parler et penser...ont un devoir, une obligation de faire en sorte que çe cirque-là cesse.
    A vos crayons, plumes, micros, etc !
    Bon "dieu" ...réveillez-vous!

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 28

    Un peu tard

    Alors que les médias s'époumonaient au printemps à demander au gouvernement Charest de négocier avec les étudiants, ils demandent aujourd'hui que l'on élargisse la réflexion. Il est trop tard, alors que nous sommes entrés dans une négociation qui est un jeu à somme nulle entre le gouvernement, les universités qu'elle subventionne, et les étudiants.
    On l'a voulue, on l'a eue, la discussion avec la Rue. "Il faut trouver un compromis!" répétaient sans cesse les médias, alors qu'il aurait d'abord fallu comprendre tous les enjeux. N'est-ce-pas le rôle de médias, d'éclairer le public, plutôt que celui d'exciter les foules?

    • Solange Bolduc - Abonnée 30 janvier 2013 09 h 28

      Il n'est jamais trop tard, M. Saint-Cyr ! Les défaîtiste n'avance à rien !

      De toute façon, l'exercice du Sommet sera fort utile, j'y crois!

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 30 janvier 2013 08 h 29

    Le doigt sur le bobo!

    Vraiment Mme Boileau comme on le dit si bien chez nous :"Vous mettez le doigt sur le bobo".

    D'autant plus que le Congrès du Travail du Canada nous rappelait pas plus tard qu'hier que les grandes entreprises canadiennes ont profitées des baisses d'impôts qui leurs ont été consenties au fil des ans pour engraisser leurs comptes bancaires , payer des salaires plus élevés à leurs dirigeants et de plus gros dividendes à leurs actionnaires sans le réinvestir ou si peu dans l'économie .

    "De 2010 à 2011, leurs réserves de trésorerie ont ainsi augmenté de 72 milliards de dollars, tandis que le gouvernement fédéral faisait état d'un déficit de 33 milliards de dollars."

    Alors , l'ode au privé si cher à tous les bons gouvernements de droite dont nous avons à subir les décisions présentement commence à sonner on ne peut plus faux...

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2013