Le droit de vote à 16 ans - Vote, cher ado

Le droit de vote à 16 ans ? On entend d’ici les ricanements, les blagues d’ado. Ces jeunes auront aussi «le droit d’être députés, mais ne pourront s’acheter une bière au dépanneur», avait raillé le libéral Jean-Marc Fournier il y a un an, lorsque le Conseil national du Parti québécois avait adopté cette mesure. On a le droit de rire de tout, bien sûr, mais cette idée d’abaisser l'âge pour obtenir le droit de vote mérite une réelle réflexion.

Écosse compte accorder le droit de vote aux 16 et 17 ans lors de son référendum sur l’indépendance en 2014. « Ce sera le vote le plus important en 300 ans pour la nation écossaise » et les adultes les plus jeunes doivent avoir leur mot à dire, déclarait le premier ministre Alex Salmond en octobre. À Londres dimanche, son homologue québécoise, Pauline Marois, s’est enthousiasmée lorsqu’on lui a rappelé que cette décision concordait avec la résolution de son parti. « Qu’un autre chef d’État songe à faire ça, eh bien, ça veut dire que ce n’est peut-être pas si bête finalement », a déclaré malhabilement Mme Marois.


La logique selon laquelle « d’autres y pensent, ça doit être bon » n’est pas la plus convaincante, soit. Reste que l’idée se répand. En 1996, lorsque des militants péquistes avaient proposé d’abaisser ainsi le seuil pour devenir électeur, on avait soupçonné une astuce souverainiste, les jeunes étant (à l’époque) plus enclins à voter oui. Un politologue réfractaire avait souligné qu’une courte liste de pays peu recommandables sur le plan démocratique avaient fait de même : l’Iran, Cuba, le Brésil et le Nicaragua. Depuis, toutefois, d’autres les ont imités : la Croatie, les länder allemands et l’Autriche, entre autres.


Jeudi dernier, la mère des Parlements de notre Dominion - pensez donc ! -, la Chambre des communes, à Londres, adoptait une motion appuyant l’abaissement du droit de vote à 16 ans lors de « toutes les élections et tous les référendums tenus au Royaume-Uni » ! Le débat en Chambre fut riche. Soulignant que les jeunes de 16 ans peuvent être enrôlés dans l’armée, une députée travailliste, Natascha Engel, lança de manière pertinente : « S’ils peuvent mourir pour leur pays, ils devraient assurément être autorisés à participer au débat sur le déclenchement d’une guerre. »


Au Québec aussi, un ado de 16 ans peut être conscrit. Et bien qu’il ne puisse acheter de bière, il est autorisé, même contre l’avis de ses parents, à s’enrôler dans l’armée. Il lui est aussi possible, indépendamment de toute volonté parentale, d’obtenir un permis de conduire ou de port d’arme, de se marier, de signer des contrats d’embauche ou de réclamer un avortement. En 1991, la Commission royale d’enquête sur la réforme électorale, présidée par Pierre Lortie - proche des cercles libéraux -, avait recommandé d’adopter le vote à 16 ans. Le NPD s’était dit d’accord. Au Québec, en avril 1996, l’ancêtre de la CAQ, l’ADQ, s’était prononcée en faveur du vote à 16 ans lors d’un conseil général.


Dans une société vieillissante, le vote à 16 ans aurait l’avantage de donner un peu plus de poids aux jeunes générations. Le Parti libéral du Québec, qui s’est toujours systématiquement opposé à l’abaissement du droit de vote, soutient que les jeunes de moins de 18 ans n’ont pas la maturité nécessaire pour être conscients des conséquences d’un vote. Se pose-t-il la question lorsqu’il met tout en oeuvre pour faire voter les personnes les plus âgées, dont certaines, selon plusieurs reportages, sont carrément diminuées ? Et pourquoi, lorsqu’il s’agit d’élire son propre chef, le PLQ accorde-t-il le droit de vote à ses militants de 16 ans et plus, lesquels peuvent aussi être délégués au congrès ? Paradoxal pour le moins.

42 commentaires
  • Jonathan Prud'homme - Abonné 29 janvier 2013 00 h 57

    Selon le PLQ, les jeunes sont assez matures pour travailler, pour payer des taxes, pour conduire, mais pas pour voter. Évidemment faut pas y voir une tentative de garder le pouvoir aux vieux... ;) Vous en connaissez beaucoup des pays où on paie des taxes et où on n'a pas le droit de vote, mais où un attardé mental, lui, vote ? *note, je suis en faveur du vote de TOUS.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 janvier 2013 04 h 55

    Paradoxal


    Mais comme nous sommes poli ce matin !

  • Benoît Landry - Abonné 29 janvier 2013 05 h 59

    L'âge des droits

    "On entend d’ici les ricanements, les blagues d’ado. Ces jeunes auront aussi «le droit d’être députés, mais ne pourront s’acheter une bière au dépanneur»" On est pas à une incohérence près. Les jeunes ont le droit de s'acheter une automobile, d'avoir un permis de chasse avec un arme à feu, mais il n'ont pas le droit de s'acheter un bilet de loterie, ni de voter ........ Et pendant ce temps les militants libéraux tentent de faire voter des personnes atteintes d'alzheimer qui ne reconnaissent pas leur propre enfatns....

    De toutes façons si on veut élargir la démocratie, on devrait donner une place un peu plus signifiante à nos choix en choisissant d'établir la proportionnelle

    • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 29 janvier 2013 17 h 47

      Il est vrai que de redonner des cours d'histoire du Québec aux jeunes au secondaire donne la clé du vote à 16 ans autrement le taux d'abstention n'en sera pas diminué chez eux. La connaissance du mode électoral demande la connaissance de l'histoire. Il faut un permis pour conduire, pour voter à 16 ans, il faut redonner du sens social et politique chez les jeunes.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 29 janvier 2013 06 h 55

    avant de penser à abaisser l'âge pour voter...

    ...on devrait penser à réformer le système d'éducation publique de façon à ce que les jeunes, avant de commencer à voter, connaissent leur système politique. J'enseigne la philosophie au cégep et dans toutes mes classes de philosophie 101, en parlant de la démocratie en Grèce, j'en profite pour leur expliquer le scrutin uninominal à un tour, et généralement, peu d'entre eux sont au courant du fonctionnement de notre mode de scrutin. La plupart d'entre eux sont à ce moment-là à l'aube de leur majorité, quelques uns sont déjà majeurs.

    Une connaissance des partis politiques et de leur histoire ne serait pas de trop non plus.

    Dans notre démocratie représentative (et certainement pas participative), on parle toujours du vote comme d'un droit, mais on oublie que ce n'est pas seulement un droit, c'est aussi une responsabilité.

    • François Ricard - Inscrit 29 janvier 2013 07 h 49

      Il faut remplacer le cours D'Éthique et culture religieusae par un cours sur la citoyenneté et le civisme.
      La majorité de nos citoyens n'a aucune idée des différentes structures étatiques possibles; est incapable de bien définir la démocratie; ne possède aucune notion des devoirs encourus comme citoyen; ne peut décrire les différents modes de scrutin; ne distingue aucune différence entre les systèmes démocratiques existants.

    • Jennifer Beaudry - Inscrite 29 janvier 2013 08 h 29

      Bien sûr, ce serait l'idéal. Cela dit, pour le moment ce ne sont pas les jeunes" qui me frappent par leur ignorance du système politique. Pour ceux-là, la majorité n'y est pour rien.
      Je pense qu'on ne peut pas trop compter sur les écoles (qui en font déjà beaucoup); rien n'empêche d'attiser la curiosité des élèves de secondaire pour qu'ils fassent leurs recherches eux-mêmes. Ou encore, que les parents discutent avec leurs jeunes (mon fils de 5 ans est déjà passablement au courant des us et coutumes politiques au Québec).

    • Claude Rompré - Abonné 29 janvier 2013 08 h 53

      C'est bien beau de railler la connaissance du scrutin uninominal à un tour chez les ados, mais reproduisez l'expérience chez des adultes. Je ne suis pas convaincu que les résultats soient meilleurs. Quant à la connaissance de l'histoire, une bonne partie de notre population se l'est vu enseigné certes, mais dans sa version rédigée par le chanoine Groulx. Toutes les études montrent que les jeunes qui ont voté une fois ont beaucoup plus de chance de voter à toutes les élections subséquentes. Je pense qu'ils peuvent être plus incité à débattre lorsqu'ils sont encore dans le cadre scolaire. On pourrait ainsi durablement contrer la chute des taux de participation aux élections.

  • Frédéric Jeanbart - Abonné 29 janvier 2013 07 h 16

    L'âge de quoi?

    Il existe tellement de gens de 30-40-50 ans qui se comportent tels des ados attardés, n'ayant pas changé d'un poil depuis leur adolescence (outre leur physique ou leur bagage d'outils), toujours aussi orgueilleux pour répondre à des égos sans mesure grace à une forme d'éducation béhavioriste un peut trop poussée à ses extrêmes, abrutissante...

    On peut donc se demander pourquoi ne pas donner le droit de vote à 16 ans, car il existe aussi de vrais ados qui ne sont donc pas attardés en ce sens. Le fameux argument du « pourquoi pas moi si lui » et vice-versa, ou celui de la saucisse Hygrade avourée par des lemmings « il le fait et a eu la même idée donc c'est bon »... Bon, là se termine mon cynisme face à la politique, face à la démocratie de cette zone planétaire, surtout quand ce sont ces ados attardés qui poussent ce cynisme à se réaliser depuis 10-20 ans : quand ça devient une joke plate voire dangereuse ce n'est plus drôle. Quand va-t-on baisser le plafond de l'âge de vieilllesse pour appliquer l'euthanasie, à défaut de risquer la regénérescence des cellules grises?