Collusion - Tout a-t-il été dit?

Ce système de collusion, on le connaissait. Son existence et son fonctionnement ont été décrits dans les pages du Devoir ces dernières années. Beaucoup de gens savaient, mais les autorités politiques niaient. On comprend mieux pourquoi aujourd’hui, car ce système de collusion avait partie liée au monde politique.


L’intérêt du témoignage de Michel Lalonde est qu’il a tout confirmé, avec force détails. Il a nommé les membres du cartel et leurs complices dans les appareils administratif et politique. Il a confirmé l’existence d’un pizzo de 3 % versé au parti Union Montréal.


A-t-il tout dit ? Sûrement pas. S’il est donné le rôle de coordonnateur du système, il n’a pas révélé le nom de celui qui en fut l’instigateur. Le procureur de la commission Charbonneau ne le lui a pas demandé, du moins, pas encore. Il ne lui a pas demandé non plus si c’est le même cartel qui intervenait au ministère des Transports du Québec.


Ce cartel du génie-conseil fonctionnait sur le même modèle que celui des entreprises de construction décrit devant la commission l’automne dernier, l’objectif étant de s’approprier des contrats par la fraude et la corruption. Sauf que les ingénieurs risquent moins que les entreprises de construction. Alors que l’entrepreneur en construction pourra voir sa licence suspendue et se voir interdire de soumissionner à des contrats publics pendant cinq ans, les firmes de génie-conseil ne sont pas soumises à de telles restrictions. Quant à leurs dirigeants, ils courent peu de risques de perdre leur droit de pratique à la suite de plaintes portant sur leur intégrité. Au pire, on leur imposera une amende, du moins, c’est ce qui est arrivé par le passé.


L’Ordre des ingénieurs est maintenant obligé de se préoccuper d’éthique. Les plaintes affluent. Avant de quitter la présidence de l’Ordre pour être candidate à l’élection du 4 septembre 2012, Maud Cohen avait entrepris de créer un cours d’éthique obligatoire et voulait resserrer le code d’éthique de la profession. Son successeur a bien accouché d’un cours. Il dure deux heures, se donne sur Internet et est suivi d’un examen de 15 questions. Un échec pourra conduire à la radiation… mais il sera possible de reprendre l’examen autant de fois que l’on voudra. Un Michel Lalonde réussirait sans doute haut la main cet examen, mais saurait-il pour autant résister à la tentation de se lier à un cartel ? Pensons qu’un code d’éthique qui aurait des dents aurait un effet dissuasif beaucoup plus certain.

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