Référendum de Cameron sur l'Europe - Le culot à l’anglaise

Le moins que l’on puisse dire est que le premier ministre David Cameron ne manque pas de culot. C’est bien simple, de l’Europe il veut tout. En prenant le chemin qui mène à l’organisation d’un référendum sur les liens avec l’Europe, il fait le lit de l’Europe à la carte. Hélas ! Trois fois hélas.

 

Au ras des pâquerettes, Cameron espérait et espère encore qu’en brandissant la menace, car il s’agit de cela, d’un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne (UE), il obtiendrait de ses collègues l’engagement suivant : négocier une nouvelle relation avec Bruxelles. Plus exactement, négocier un certain nombre de concessions. Un chapelet de privilèges. Une fois cet exercice accompli, s’il se fait, évidemment, il soumettra donc la nouvelle entente à ses concitoyens.


Pour l’instant, la réponse des chefs d’État a été à l’image de celle adoptée par Angela Merkel : une froide politesse. La France ? Elle s’est distinguée par son silence. Mais on la sait passablement agacée par les hauts cris incessants des cousins britanniques. Il se pourrait bien, d’ailleurs, que cet agacement soit plus prononcé aujourd’hui grâce à ou à cause de la sortie publique de Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, qui a fait passablement de bruit en suggérant qu’on leur montre la sortie. Son argument ? Les Britanniques « s’intéressent seulement à leurs intérêts économiques et à rien de plus. On pourrait leur proposer une autre forme de partenariat ».


Il serait temps. Grandement temps que soit effectivement composé un partenariat hors UE. Car lorsqu’on s’attarde à l’inventaire des refus formulés depuis 1973, soit la date de leur entrée dans la Communauté économique européenne, quand on s’attarde également aux avantages demandés et obtenus, il est clair comme de l’eau de roche que nos amis britanniques sont des Européens à temps partiel.


Qu’on y pense : en 1979, ils n’ont pas voulu participer au Système monétaire européen ; en 1984, ils ont obtenu qu’un chèque annuel leur soit accordé à cause de la Politique agricole commune (PAC) ; en 1992, ils ont refusé de participer au protocole social sur l’emploi ; toujours en 1992, ils ont refusé de s’engager dans l’euro. Plus tard, ils ont refusé de signer le traité de Schengen sur la mobilité des personnes. Ils ont également refusé d’adhérer à la Convention européenne des droits de l’homme en vertu d’on ne sait plus quel accord, tant ils sont abonnés au rejet. Bref, ils cultivent le splendide isolement.


À preuve, la réaction de la presse britannique et de la classe politique. La première, réputée aiguiser la fibre antieuropéenne depuis des lustres avec une violence qui ramène le flegme britannique au statut de fiction, à l’exception de deux quotidiens nationaux, a applaudi à tout rompre. La seconde ? Du côté des députés conservateurs, la sortie de leur chef les a galvanisés et éteint de fait les divisions internes. Du côté des travaillistes, si le chef des troupes est contre le référendum, il n’en va pas de même chez certains élus qui militent d’ailleurs pour que, lors de la prochaine campagne, on propose aux Britanniques sa tenue. Car…


Car tous ont à l’esprit qu’une bonne majorité des Britanniques sont pour la rupture des liens avec l’UE. Autrement dit, en promettant un référendum après et non avant les élections générales prévues en 2015, Cameron fait un calcul politique évidemment intéressé, tout comme les pontes du Parti travailliste. Et tous doivent réciter cet axiome de Churchill : « Entre le continent et le grand large, la Grande-Bretagne choisira toujours le grand large. »


L’écueil, le problème ? Comme ne cesse de le répéter le ministre allemand des Finances, les Britanniques ne devraient pas oublier que la moitié de leurs exportations est destinée à l’Europe. Bref, il serait dans leur intérêt de mettre un bémol à leur orgueil.

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