Patrimoine dans la capitale nationale - Labeaume et Dufferin

La maison en question, le 390, avenue Wilfrid-Laurier, jouxte une des trois tours Martello (ouvrage militaire du XIXe siècle). La jolie demeure, un ancien presbytère anglican, a été bâtie en 1877. Stéphan Huot, un promoteur, l’a acquise et comptait la « déplacer » afin d’édifier une tour de condominiums de 12 à 14 étages. « Ça va être de quoi de beau », avait certifié M. Huot au Soleil, de manière peu convaincante. Heureusement, l’administration Labeaume refuse de considérer tout changement de zonage.


Espérons que c’est la fin de ce triste projet, car à Québec, les démolitions d’édifices historiques ont déjà été trop nombreuses récemment : la chapelle des Franciscaines (1896), le monastère des Dominicains (1934), l’Hippodrome, l’église Saint-Joseph (décrite par Roger Lemelin dans ses romans). Sur Grande Allée, l’église Saint-Coeur-de-Marie (où, entre autres, Robert Lepage tourna des scènes du Confessionnal) a été achetée par un autre promoteur, Sébastien Leboeuf, qui souhaite la raser pour y construire une tour de 25 étages. La Ville résiste pour l’instant. Mais on dirait que M. Leboeuf applique une méthode éprouvée : aucune réparation n’est faite à l’édifice. Lorsqu’il sera trop dangereux, des experts viendront sans doute conclure qu’une démolition s’impose.


Depuis son arrivée à la mairie en 2007, M. Labeaume a trop souvent fait l’erreur d’opposer développement et patrimoine. Il a raillé excessivement les défenseurs de vieilles pierres et des vieux quartiers, les traitant comme des « bourgeois » aux préoccupations oiseuses. Si vous vous souciez du patrimoine à Québec, « votre cote de popularité dépassera légèrement celle des punaises de lit », déplorait récemment un chroniqueur du Soleil Jean-Simon Gagné.


Cela est tragique, car Québec est fondée sur des gestes de conservation forts : celui, en premier lieu, de Lord Dufferin, qui a sauvé les fortifications alors que les marchands voulaient les démolir. Suivirent la création du Parc champs de bataille, la mise en valeur de place Royale, le sauvetage du faubourg Saint-Jean-Baptiste. Et combien d’autres gestes capitaux pour l’attrait de cette ville.


Le ministre de la Culture Maka Kotto a annoncé mardi une consultation sur le sort des propriétés religieuses de Sillery, dont les terrains, immenses, trônent en haut du cap, face au Fleuve, comme ceux des Plaines. C’est là une occasion pour que M. Labeaume ressorte son petit côté « Dufferin », non ?

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