Budgets culturels - Qui dit vrai?

De telles polémiques ne sont pas nouvelles. Avec chaque nouveau gouvernement, il en va ainsi. À son entrée en fonction, il accuse le précédent d’avoir promis à la veille des élections plus qu’il ne pouvait tenir. On l’a vu l’automne dernier avec le débat sur l’ampleur du découvert budgétaire (800 millions ou 1,6 milliard) et les sorties du président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, sur les projets d’infrastructures (hôpitaux et voirie) évalués à 5 milliards, mais qui n’avaient pas été budgétés. En 2003, les libéraux avaient fait de même et annulé nombre de projets.


Nous ne pouvons savoir qui de l’ancien ou du nouveau gouvernement a raison, faute d’analyses indépendantes, mais celui qui est aujourd’hui en poste a un devoir de transparence. Or, le discours de Maka Kotto (« Dans l’état actuel [des finances], beaucoup de projets culturels seront différés. Pas abandonnés, mais différés. ») est tout sauf transparent aux yeux de ceux qui attendent le feu vert final pour des projets ayant déjà franchi toutes les étapes d’approbation.


Différé veut dire reporté. Reporté jusqu’à quand ? Jusqu’aux calendes grecques, pourrait-on croire. La seule réponse du ministre est 2014, soit quand le déficit zéro aura été atteint. Qu’en sera-t-il alors des priorités du gouvernement Marois ? Dans 18 mois, elles auront certainement changé pour des raisons d’ordre financier et d’ordre politique. On sera possiblement à la veille d’élections, ce qui ne manquera pas d’orienter un certain nombre de décisions.


Les milieux culturels sont inquiets, mais aussi exaspérés de jouer à Sisyphe, d’avoir toujours à tout recommencer malgré toutes les énergies et le temps investis par des bénévoles et des équipes qui reçoivent la plupart du temps des salaires de misère. Ils mériteraient qu’on leur dise les choses clairement.


Pour des raisons qui sont propres à la politique, les ministres fuient la clarté, car il arrive que toute vérité ne soit pas bonne à dire. Si un gouvernement ne veut pas tout dire de ses intentions, il y a des choses qu’il ne peut par contre pas garder pour lui. Parmi celles-là, il y a l’état des finances publiques qui est une information essentielle à un débat éclairé. Des mécanismes de divulgation existent. Il y a les comptes publics et les analyses du Vérificateur général. Mais ces données nous donnent un portrait du passé, pas de l’état actuel des finances.


La polémique soulevée par le débat entre Maka Kotto et sa prédécesseure, Christine St-Pierre, vient illustrer le besoin d’un autre outil qu’on trouve à la Chambre des communes avec cette nouvelle institution qu’est le directeur du budget. Son titulaire, Kevin Page, a fait la démonstration à de nombreuses reprises de sa capacité à donner des avis éclairés et, plus important, des avis neutres de par son indépendance. La Coalition avenir Québec a soumis un projet de loi pour doter l’Assemblée nationale d’un tel poste. Il faut l’adopter pour nous libérer de la démagogie partisane lorsqu’il est question d’argent.

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