Commission Charbonneau - Qu’on avance!

La commission Charbonneau nous avait laissés sur une patte en novembre dernier, avec une liste de gens qui ont fréquenté le club privé 357C sans nous dire en quoi cela posait problème. Elle a repris ses travaux lundi dans le même état de déséquilibre.

Deux jours consacrés à revisiter les propos d’un témoin pas très solide, c’est énorme dans le contexte. Il semble plus urgent de mettre au pied du mur Martin Dumont que de vite replonger dans le vaste monde de grenouillage qui a empoisonné la vie du Québec ces dernières années. A-t-on vraiment ce temps à perdre alors que le rapport de la commission est attendu pour la mi-octobre ?


Si la Commission avait mieux connu les arcanes de la politicaillerie, version municipale, elle aurait mesuré, avant même de l’envoyer en pâture au public, à quel point M. Dumont est un de ces jeunes coqs qui aiment à se donner une importance qu’ils n’ont pas. Ceux qui couvrent le municipal connaissent bien ce genre de personnages. La Commission ne s’est pas méfiée, et M. Dumont a pu nous parler d’argent comptant, de menaces et de double comptabilité, en s’emmêlant dans ses histoires, on l’apprend aujourd’hui.


Si l’on considère la recherche de la Vérité avec un grand V, il est à blâmer, peut-être même à accuser de parjure. Mais que la Commission nous épargne le procès public pour s’en tenir au fond des choses, car fond il y a toujours.


Fin octobre, M. Dumont a raconté qu’une Alexandra Pion s’était plainte d’avoir eu à compter des liasses de billets. Mme Pion a expliqué lundi que non seulement elle n’avait jamais parlé de cela à M. Dumont, mais qu’en plus elle avait refusé de compter de l’argent. Soit. Mais il y avait bel et bien quelque chose à compter : « Une valise remplie d’argent », a-t-elle dit. D’où viennent-elles donc, ces coupures de 20 $ et de 50 $ liées par des élastiques ? C’est cette suite qu’on aimerait mardi, pas l’admonestation publique d’un témoin qui en a trop fait.


Et puis, il n’y a pas que Mme Pion qui conteste les propos de Martin Dumont : c’est aussi le cas de l’ex-maire Gérald Tremblay. Pourquoi la Commission ne l’entend-elle pas ? Pourquoi privilégier un détracteur de M. Dumont plutôt qu’un autre ?


Enfin, le sort de la Commission, c’est d’entendre des magouilleurs. Que ceux qui les contestent soient entendus à leur tour, et qu’on avance ! Qu’on revienne aux rendez-vous du 357C, qui avaient l’air si importants à la clôture des travaux de l’automne, qu’on en arrive à Laval et au ministère des Transports et qu’on s’arrange hors audiences publiques avec les ratoureux à la Dumont. Qu’on nous montre le canevas plutôt que de s’en prendre aux fils qui dépassent.

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8 commentaires
  • Roger Lapointe - Abonné 22 janvier 2013 06 h 15

    Perte de temps inutile.

    Pourquoi la C C s'acharne t-elle sur un témoin qui se contredit sur des sujets qui ont relativement peu d'importance par rapport aux grands magouilleurs reliés aux firmes de génie-conseil et aux entrepreneurs véreux tels que décrit par Lino Zambito et autres témoins plus crédibles que M Dumont.Comme vous le soulignez le temps passe très vite et l'échéance pour une commission d'une telle ampleur arrive à grands pas.Mme la Présidente agissez en ce sens et ne vous préoccupez pas trop des médias tatillonneux.

  • France Marcotte - Inscrite 22 janvier 2013 07 h 56

    Fixation

    Madame Boileau, vous êtes une éditorialiste que j'estime.

    Quand j'ouvre votre journal le matin, je regarde d'abord de quoi traitent les éditoriaux, pour moi le coeur engagé d'un journal.

    Le choix des sujets abordés me semble devoir être au diapason des enjeux de l'heure les plus déterminants pour notre société. Mais peut-être que je fais erreur. Peut-être que le Québec n'a rien de plus ambitieux à faire, à entreprendre, que de patauger dans ses scandales de petite envergure comme un porcelet qui tourne en rond dans sa boue ou bien que les éditoriaux ne jouent pas le rôle déterminant que je croyais.

    Dommage que votre beau talent, votre intégrité de journaliste, ne soient pas mieux sollicités.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 janvier 2013 09 h 42

    « Une valise remplie d’argent »

    « ... il y avait bel et bien quelque chose à compter » ! Quelle remarque pertinente. On espère que l’histoire ne se terminera pas là. Madame Pion confirme bel et bien qu’il y avait trafic d’argent comptant! Il faut entendre de suite M. Trépanier. On ne peut certes pas mettre de côté cette fois le témoignage de madame Pion !

  • France Marcotte - Inscrite 22 janvier 2013 10 h 03

    Soit dit avant qu'on me le reproche...

    Je ne veux pas dire évidemment que la corruption infiltrée dans nos institutions n'est pas une question extrêmement importante à résoudre.

    Mais je crois que la commission d'enquête est suffisamment entre bonnes mains pour qu'on ne mette pas en doute jour après jour l'honnêteté de ceux qui la mènent et ainsi pouvoir consacrer une part de ses énergies à envisager ses lendemains...si c'est ce qu'on désire.

  • Elfriede Lang - Abonnée 22 janvier 2013 10 h 04

    Bien nettoyer

    Madame Boileau, vos propos aceres envers la commission Charbonneau m'etonne. Si vous croyez que le fait de prendre deux jours pour demonter un temoin fabulateur est exagere, je dirai que d'entendre durant des jours et des jours desfonctionnaires se gonfler sans scrupules des jeux de ristournes auxquels ils se sont livres est outrageant.
    D'autre part Madame Charbonneau est meticuleuse. Que sait t'on des embuches qu'on a place sur son chemin afin que sa commission derape?
    Finalement la date butoir de la mi-octobre peut-etre repoussee pour permettre a la commission de poursuivre son travail.