Financement des universités - Créer la confiance

Ce soir s’ouvre le troisième et avant-dernier rendez-vous entre les acteurs du monde de l’enseignement supérieur pour préparer le grand sommet qui aura lieu en février. La question du financement des universités, qui sera abordée à cette rencontre présommet, est loin de faire l’unanimité. Pour les recteurs, il faut parler de sous-financement. Pour les étudiants, de « malfinancement ». Qui donc a raison ?

Cette question du financement des collèges et des universités est au coeur du débat que tient à avoir le gouvernement Marois sur leur avenir. Comme les gouvernements qui l’ont précédé, il croit que les universités sont l’avenir du Québec, un point de vue qui est très largement partagé par l’ensemble de la société québécoise. Jusqu’à tout récemment, en fait, jusqu’à ce que s’ouvre l’an dernier le débat sur l’augmentation des droits de scolarité, tous convenaient qu’il était urgent d’investir dans les universités, dont le sous-financement apparaissait être une évidence.


Les recteurs croient toujours que c’est le cas. Une étude, dont ils ont publié les résultats mardi, établit à 850 millions le sous-financement des universités québécoises par rapport aux universités canadiennes. Si rien n’est fait, l’écart sera bientôt de 1 milliard alors qu’en 2003, il n’était que de 375 millions. Les étudiants mettent en doute ces chiffres et parlent plutôt de « malfinancement », faisant état des jeux de transfert entre budgets de fonctionnement et fonds d’immobilisations auxquels se livreraient les recteurs pour créer une situation de sous-financement. Selon eux, la réalité est autre. Les universités ont des surplus qu’il s’agit d’utiliser pour leur mission de formation. Pas besoin de dire qu’on est à des lieues d’un consensus.


Qui a raison ? Les universités disent vrai en soutenant qu’il y a sous-financement par rapport au reste du Canada. Il n’y a pas de raison de mettre en doute le montant de 850 millions qu’elles brandissent pour convaincre le gouvernement Marois et les Québécois de la nécessité de réinvestir dans les institutions d’enseignement supérieur. Elles ont tort toutefois de s’en faire un porte-étendard dans ce qui est leur bataille d’opinion publique. Les recteurs savent bien que dans l’état actuel des finances publiques, il n’y a pas une telle somme disponible. En toute transparence, ils devraient plutôt dire quels sont leurs besoins réels pour assurer la formation de qualité qu’attendent les Québécois.


De leur côté, les associations étudiantes s’adressent aussi à l’opinion publique en essayant de démontrer l’existence de surplus budgétaires dans les universités qui rendent inutile l’indexation des droits de scolarité. Il est vrai, comme le démontre dans une étude bien appuyée la Fédération québécoise des professeurs d’université, que les universités financent une partie de leurs immobilisations avec leurs budgets d’opération, mais cela est fait en raison de contraintes administratives et non pour créer artificiellement des déficits. On tombe ici dans le procès d’intentions de la part des étudiants.


Associations étudiantes et universités discutent sur des prémisses différentes et des lectures opposées des réalités financières. Il n’y aura pas de dialogue possible si l’on persiste dans une voie qui mène tout droit à un cul-de-sac. À moins que ce ne soit ce qu’il recherche pour pouvoir imposer sa solution, il revient au gouvernement de créer les conditions propices à un dialogue. Les associations étudiantes se méfient autant des recteurs que du ministère de l’Enseignement supérieur. Une façon de les rassurer pourrait être d’inviter un intervenant neutre, comme le Vérificateur général, à faire une analyse sommaire des données financières des universités d’ici le sommet. Constatons-le, la confiance n’existe pas. Il faut alors la créer.

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