Le conflit malien - Timide Algérie

L'intervention militaire de la France, menée à la suite d’une requête formulée en ce sens par les autorités maliennes et chuchotée par celles des pays voisins, a suscité jusqu’ici une unanimité étonnante, rare. Rien ne symbolise mieux ce paradoxe que les positions adoptées respectivement par la Chine et la Russie au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. Habituellement si tatillonnes, surtout depuis l’engagement en Libye, ces deux nations ont clamé haut et fort leur soutien à l’initiative française. Reste une énigme, voire l’énigme des énigmes, qui, si elle reste en l’état, permet d’avancer que le risque d’enlisement sera réel. De quoi s’agit-il ? L’Algérie.

Jusqu’à présent, ce pays, qui se pose en puissance régionale, s’est impliqué à plusieurs reprises dans les affaires maliennes. En 2006, c’est à Alger qu’un accord de cessez-le-feu entre les diverses factions maliennes avait été négocié et signé. C’est toujours vers Alger que les gouvernements de tous les pays voisins se sont tournés chaque fois que se sont aiguisés les faits de guerre entre le Nord et le Sud. Aujourd’hui, c’est d’Alger qu’on attend une inflexion géopolitique, pour la bonne et « plate » raison que tout un chacun est conscient que toute intervention étrangère, comme celle que mène la France pour l’instant, ne peut se conclure honorablement, pour tous s’entend, sans une action parallèle et diplomatique de l’Algérie. Car ce tout un chacun sait que ce pays a une connaissance intime, fine, de la dynamique malienne, qu’il a les capacités militaires que commande le sujet, en plus de disposer, contrairement à ses voisins, d’une force de frappe financière - 200 milliards en monnaies étrangères -, nécessaire à la résolution du problème.


Il est vrai que l’Algérie a posé un geste d’une extrême importance sur le plan militaire, soit permettre aux avions de chasse français de survoler son territoire. Une première depuis l’indépendance du pays en 1962. Toujours est-il qu’alors que tout le monde s’attendait à ce que le gouvernement algérien se manifeste d’une manière ou d’une autre, ce dernier a pris un soin méticuleux à minorer, pour ne pas dire cacher la permission, on le répète, essentielle à l’aviation française. Au lendemain du premier survol, les médias algériens, dont plusieurs sont inféodés au gouvernement, titraient sans surprise sur l’écho colonialiste pour eux inhérent à l’offensive française.


Au fond, rien ne résume mieux l’importance de l’Algérie que les propos tenus par l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, avançant que le concept même de forces militaires ouest-africaines devait « être revu presque de fond en comble. » CQFD : c’est à l’Algérie d’agir.

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