Manifestation contre le mariage gai - Le camouflet

Les opposants au projet de loi du gouvernement Hollande qui permettra, une fois adopté, le mariage entre personnes du même sexe, ont perdu une manche. Qui plus est significative. En organisant une manifestation baptisée à l’enseigne de la lâcheté ou de l’hypocrisie, soit manifestation contre «le mariage pour tous» et non contre le mariage homosexuel ou gai, les chefs de file de ce mouvement caressaient l’espoir de faire aujourd’hui ce qui avait été accompli en 1984 : soit convaincre suffisamment de personnes de déambuler dans les rues afin de forcer le gouvernement à abandonner son projet, comme ce fut le cas en 1984 avec l’école privée. Faute d’avoir fait le plein d’adversaires à l’union civile entre individus du même sexe, les opposants seront confrontés prochainement à ce qui était prévu dans l’agenda présidentiel : le texte sera présenté en l’état à l’Assemblée nationale.

Cet échec, ou demi-échec, découle tout d’abord et en partie de l’UMP. D’une UMP qui a fait, c’est le cas de le dire, le service minimum. On s’explique. L’actuel président de cette formation politique, Jean-François Copé, avait appelé ses collègues députés en général et ses proches en particulier à se joindre au défilé. Et alors ? La plupart d’entre eux se sont dérobés. Et d’une. Et de deux, François Fillon a écrit à Hollande pour dire tout le mal qu’il pensait de cette loi, mais a brillé par son absence samedi. Quant aux non-alignés, soit tous ceux qui se sont abstenus de se ranger derrière Copé ou Fillon lors de leur combat pour la présidence de l’UMP, soit Alain Juppé, Bruno Lemaire, Nathalie Kosciusko-Morizet et consorts, ils ne se sont pas mêlés au cortège.


De fait, le mouvement est passé pour ce qu’il est vraiment, ou plus exactement les événements de samedi ont mis en lumière ce que ce mouvement est véritablement, soit une fédération rassemblant les militants d’une pléiade d’associations très conservatrices et très religieuses toutes épaulées par les princes de l’Église. Bref, un rassemblement comprenant un contingent imposant de bigots et de nostalgiques de l’ancien régime.


Dans une opinion signée par Danièle Hervieu-Léger, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, et publiée dans Le Monde, il est souligné que « pour récuser l’idée du mariage homosexuel, l’Église invoque en effet une “anthropologie” que son “expertise en humanité” lui donne titre à adresser à tous les hommes, et non à ses seuls fidèles […] l’Église défend en réalité un modèle de la famille qu’elle a elle-même produit […] en combattant le modèle romain de la famille ». Pour mieux le remplacer par un modèle « assignant l’union à la procréation et préservant le principe de la soumission de la femme à l’homme ». On ne saurait mieux dire.


 
9 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 14 janvier 2013 10 h 09

    Plutôt biaisé!

    Plutôt, pas mal biaisé votre texte, M.Truffaut! Il y avait quand même pas mal de monde dans le rues de Paris ce samedi! Petite réflexion: le mariage, soit le contrat ou l'acte d'union exclusif entre un homme et une femme, est tout de même la norme dans la plupart des pays du monde. Faut-il en conclure que tous ces pays sont peuplés ou dirigés par de bigots ou des arriérés ou des simplets, parce qu'ils ne reconnaissent pas le mariage homosexuel!! Soyons sérieux! Inutile d'en ajouter plus!


    Michel Lebel

    • Djosef Bouteu - Inscrit 14 janvier 2013 14 h 28

      L'esclavage fondé sur le racisme a aussi été pratiqué par la majorité des pays riches avant d'être progressivement aboli.

      Que la plupart des pays aient institutionalisé la discrimination contre les homosexuels n'en fait pas moins une discrimination. Donc effectivement, soyons sérieux et rationnels dans notre analyse.

    • Michel Lebel - Abonné 14 janvier 2013 15 h 48

      @M.Bouteu,

      Il y a toujours des "discriminations" que ce soit, par exemples, en raison de l'âge, pour exercer le droit de vote, pour avoir un permis de chasse ou de conduire, ou une exigence de tel ou tel diplôme pour un poste donné, etc. La question qui se pose est toujours: ces "discriminations-distinctions" sont-elles raisonnables ou sont-elles, par essence, justifiables? Dans la vie, on fait souvent ainsi bien des distinctions.
      Pour moi, il va de l'essence du mariage d'être une institution hétérosexuelle, vu que des enfants sont généralement le fruit de cette union. Cela me semble aussi évident qu'une pomme sera toujours une pomme et ne sera jamais une orange!
      Ce qui ne veut pas dire que je fais de la discrimination à l'égard des homosexuels ou que je suis homophobe. Mais je fais des distinctions. Raisonnables et justifiables, je l'espère!

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 14 janvier 2013 19 h 41

      Le mariage n'est pas en soi fait pour que des enfants en soient le fruit. Les gens se marient pour diverses raisons : officialiser leur amour ou, bien souvent j'imagine, pour avoir les droits qui viennent avec l'état civil des personnes mariées. Aucune raison que les gays n'aient pas accès à ça.

      Si le mariage était fait par essence pour que des enfants viennent avec, alors il faudrait aussi obliger les hétérosexuels qui se marient à avoir des enfants. Le mariage serait un engagement à mettre au monde des enfants. Or, on sait bien qu'il ne l'est pas.

    • Jonathan Prud'homme - Abonné 14 janvier 2013 19 h 51

      Monsieur Lebel, le mariage d'un homme et de plusieurs femmes, vous appelez cela comment ? Il y a très loin de l'union amoureuse entre un homme et une femme dans le mariage.

      Si ça s'appelait une "union civile", vous ne vous opposeriez plus à rien ? C'est votre cas, mais ce n'est pas celui de la majorité de ceux qui marchaient dans Paris. Si on les écoute, on recriminaliserait.

      Il faut voir la discrimination partout où elle est. Ici, il n'est pas question de distinction. Le mariage est la célébration de l'amour et je crois que c'est dans l'amour qu'on peut élever des enfants.

      Je crois que vous perdrez beaucoup moins avec la perte de "l'essence du mariage" que les gais perdent en ne pouvant célébrer leur amour de la manière qui se peut. Autant pour eux que pour nous. Ils ne valent pas moins que nous...

      Déjà utiliser le nous et le eux me déplaît.
      Bonne journée.

  • Sylvain Auclair - Abonné 14 janvier 2013 10 h 24

    Bravo pour la perspective historique

    La famille dite traditionnelle est en fait assez récente dans l'histoire de l'humanité. Il y avait encore, au début du XXe siècles, des cultures qui ne connaissaient pas le rôle des hommes dans la procréation: c'est tout dire!

  • Francoise Delplanque - Inscrit 14 janvier 2013 18 h 28

    Retour aux cultures premières...

    "La famille dite traditionnelle est en fait assez récente dans l'histoire de l'humanité. Il y avait encore, au début du XXe siècles, des cultures qui ne connaissaient pas le rôle des hommes dans la procréation: c'est tout dire!"

    Oui, belle régression.

  • Jonathan Prud'homme - Abonné 14 janvier 2013 19 h 44

    Pour moi, des gens qui s'aiment devraient pouvoir se marier. Point. Ils ne nuiront pas à vos vies et ne désacraliseront pas le mariage.