Assurance-emploi - Une réforme brutale

Emprunté au Conseil national des chômeurs (CNC), le qualificatif n’est pas exagéré : la réforme de l’assurance-emploi qui entre en vigueur cette semaine est brutale.

Contenue dans le premier projet budgétaire mammouth des conservateurs, cette réforme divise les chômeurs en trois catégories à qui elle impose des obligations de recherche d’emploi différentes.


Aux « travailleurs de longue date », elle demande d’élargir leur recherche à des « occupations semblables » sans être identiques après 18 semaines de prestations. Ce sont les moins touchés par la réforme, mais ils seront tout de même tenus d’accepter un emploi différent moins bien rémunéré sous peine de perdre leurs prestations.


Aux « chômeurs fréquents », travailleurs saisonniers pour la plupart, ayant reçu plus de 60 semaines de prestations au cours des cinq dernières années, elle impose aussi cette obligation, mais dès la première semaine de prestations si l’emploi offert remplace 80 % et plus du salaire perdu. Puis, à partir de la septième semaine, ce chômeur devra étendre son champ de recherche à tous les emplois pour lesquels il sera jugé « qualifié » pourvu que le salaire offert équivaille à 70 % du revenu antérieur (10 $ de l’heure au lieu de 14 $, par exemple).


Quant aux chômeurs « occasionnels », ils seront traités comme les travailleurs de longue date pendant les six premières semaines, puis comme les chômeurs fréquents ensuite.


Officiellement, le but de la réforme est de répondre à la pénurie de main-d’oeuvre qui sévit dans certains coins du pays. En réalité, l’objectif consiste à réduire les coûts pour les entreprises en s’attaquant aux régions qui dépendent le plus du travail saisonnier, soit les Maritimes et le Québec. Car si seulement 9 % des chômeurs de l’Alberta sont travailleurs saisonniers, la proportion est plutôt de 51 % à Terre-Neuve, de 46 % au Nouveau-Brunswick et de 34 % au Québec, selon le CNC.


Autre changement majeur : on modifie de fond en comble les mécanismes d’appel en remplaçant l’ancien Conseil arbitral formé de trois commissaires, dont un représentant ouvrier, par un Tribunal de la sécurité sociale où siégera un commissaire seul.


Il va sans dire que cette réforme affectera les industries qui ont besoin d’une main-d’oeuvre compétente une partie de l’année seulement. C’est le cas notamment du tourisme régional, de l’agriculture, de la forêt et des pêches. En incitant des milliers de travailleurs saisonniers compétents à s’exiler sous peine de crever de faim, c’est l’économie de ces régions qu’on fragilise en faisant une confiance aveugle au marché pour rétablir l’équilibre.


Cette réforme est si machiavélique qu’on se demande pourquoi elle n’a pas suscité davantage de mobilisation de la part des grandes centrales syndicales, qui l’ont critiquée, certes, mais sans plus.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

7 commentaires
  • M. Pierre Céré Comité chômage de Montréal - Abonné 8 janvier 2013 09 h 49

    La réforme Harper

    Pour une analyse complète et détaillée des changements apportés par les conservateurs, consultez notre texte « La réforme Harper de l'assurance-emploi: une réforme brutale qui vise, en premier lieu, les travailleurs de l'industrie saisonnière» sur le site du Conseil national des chômeurs et chômeuse (http://bit.ly/STWve6).

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 8 janvier 2013 10 h 07

    Une réforme inhumaine

    Dernièrement je regardais le sénateur Boisvenu et quelques victimes indirectes féliciter le gouvernement conservateur pour le nouveau programme d'aide aux victimes et ma fois cela m'avais semblé un bon début.

    Ce nouveau programme d'aide permettra à des victimes directes et surtout indirectes d'actes criminels de pouvoir utiliser les quinze semaines d'assurance-emploi prévues pour cause de maladies. Selon les témoignages des deux pères d'enfants victimes, qui nous relataient dans quel état de santé ils se trouvaient alors, ils auraient pu facilement utiliser le programme déjà existant avec la prescription d'un médecin.

    À priori cela me semblait un gain pour ces personnes victimes d'actes criminels; mais en voyant cette réforme totalement inhumaine de l'assurance-emploi, force est de constater qu'on déshabille Pierre et Jean pour habiller Jacques et même là, Jacques n'est pas nouvellement habillé car ce nouveau programme ne fait que faciliter l'accès au programme d'assurance-emploi pour maladie en supprimant la nécessité d'une prescription médicale pour ces victimes demanderesse.

    Est-ce que tous les chômeurs sont des criminels?

    On voit très bien l'utilité et le recours répétitif de ces projets de loi mammouth; Monsieur Boisvenu appartient bien au néoconservateur d'extrême droite et il nous a jeté de la poudre aux yeux.

    Le gouvernement nous dit que les chômeurs coutent cher; hors le gouvernement ne fournit rien dans l'assurance-emploi, l'argent provient des travailleurs et des employeurs. Cette réforme n'est rien d'autre que la solution du nouveau libéralisme canadien à la compétitivité internationale: niveler les salaires par le bas, le "cheap Labor".

    N.B. J'aurais bien aimé utiliser quelques mots empruntés au langage de Monsieur Michel Chartrand pour démontrer mon dégoût face à cette injustice mais la censure faite dans Le Devoir aurait de facto exclu mon commentaire.

  • Lise St-Laurent - Inscrite 8 janvier 2013 13 h 03

    Une réforme?

    Je trouve celle-ci d'une injustice immorale dans un contexte ou celle-ci n'aurait jamais dû voir le jour. Aux USA, un prestataire de l'assurance-emploi bénéficie de deux années et non entre x et y semaines, selon la décision rendue. De plus, on constate que le taux de chômage diminue au Canada, il n'y donc pas péril en la demeure. L'autre jour, je me suis posé la question suivante lorsqu'on affirmait que cette réforme avait pour objectif d'éliminer pas loin de 8000 personnes du régime. Ces 8000 prestataires retirés seront-ils remplacés par les fonctionnaires qui perdront leur emploi dans un avenir prochain, tel que confirmé par le gouvernement fédéral?

    Je m'inquiète également pour les travailleurs qui occupent des emplois réguliers dans des contextes où leur domaine d'activités les obligent à quelques mois de congé forcé. J'entendais à RDI, un ministre dire que cette mesure aurait comme objectif aussi de réduire la venue de travailleurs étrangers pour combler des postes dans l'agriculture qui sont boudés par les Canadiens. Seront-ils forcés d'aller travailler au champ? C'est abberrant, j'espère bien que les protestataires feront en sorte que le gouvernement recule et amende cette loi. Madame Finley mentionnait qu'elle créera de nouveaux programmes de recherche d'emploi afin de faciliter et d'aider les travailleurs. Je ne sais pas dans quel siècle elle vit.

    Faut regarder aussi du côté des employeurs et leurs critères d'embauche. C'est un jeu dangereux cette réforme en obligeant les personnes à accepter un emploi à une heure de chez soi. Est-ce que c'est ce genre de programme qui sera mis en place, ils vous téléphonneront pour vous informer qu'ils vous trouvés un emploi. Take it of leave it, you're out of the programm.

  • Bernard Moffett - Inscrit 8 janvier 2013 16 h 19

    Allo la terre - On coupe l'air (1/2)

    Étrange époque que la nôtre. Et étrange devise: Plus on a de besoins moins on en a. Jolie logique. Vous êtes Grec et dans la misère? Pas de problème on va vous 'austériser'. D'ailleurs les autorités grecques permettent maintenant la consommation de produits alimentaires périmés! (http://www.rue89.com/2010/03/13/que-deviennent-les Jusqu'ou peuvent bien aller de douteux psychopathes rigides en libre circulation et dirigeants par surcroît? La technique du resserement par l'austérité conduit actuellement une bonne partie de l'Europe vers des crises genre 'attachez vos tuques, ça va brasser'. Et que font Harper-le-grand et ses sbires? GnaGnaGna, faut couper. C'est tout ce qu'ils savent faire, couper. Attention M. Harper. Ouvrez grand vos yeux et regardez les résultats de vos dictats, surtout en Europe. Heureusement l'info circule encore.
    Il y a des faits qui ne démentent pas. Depuis belle lurette on désindustrialise les économies. A-t-on un aussi grand excès d'emplois qu'on peut sans rien dire et sans s'inquiéter laisser des pans entiers d'activités quitter notre territoire? Se surprendre qu'on ait des problèmes d'activités liés à l'emploi? Holà réveillez-vous, c'est écrit dans le ciel et ce malgré les soit-disant 'rapports' sur l'emploi, 'rapports' passablement traficotés par des bonhommes dont on ne peut même plus croire le contraire de ce qu'ils disent. La vérité semble plutôt être que, mécanisation oblige, les emplois disparaissent et ce au nez, aux yeux et au su de tout le monde. Faudra bien se 'dégazer' un moment donné. À ce sujet: (http://www.youtube.com/watch?v=15RlUOE5h5M) - M. Paul Jorion constate que le travail disparait.

  • Bernard Moffett - Inscrit 8 janvier 2013 16 h 52

    Allo la terre - On coupe l'air (2/2)

    Savez-vous que le contrôle effectué par les disciples du néo-machin requiert des plafonds minimum du taux d'emploi? Le NAIRU (http://en.wikipedia.org/wiki/NAIRU) ça vous dit quelque chose? Pour éviter la dévaluation des richesses des 1% il faut éviter l'inflation et pour cela il est essentiel de maintenir un seuil minimum de chômage du 99%. Éloquent n'est-ce-pas, d'autant plus que la Banque du Canada aide en ce sens en 'maintenant la stabilité de la monnaie' pour mieux contrôler l'inflation. Arnaque néo-machin? You bet! Essentiels chômeurs: Circulez-y'a rien à voir et allez crever ailleurs.
    Alors, parler d'assurance chômage c'est parler de bien d'autres choses que du paiement des prestations? Oui et pour le faire on aurait besoin d'ouverture d'esprit qu'hélas nos 'Ottawatiens' semblent carrément ne pas avoir et plus particulièrement depuis l'arrivée des 'quakers réformistes-conservateurs'. Le programme d'assurance chômage a été fait par et pour les travailleurs et les 'autorités' envahissantes devraient se retirer de sa gestion. Idem pour les régimes de pensions.
    À vous tous qui lisez ces lignes, je vous invite à regarder attentivement ce qui se passe ailleurs, en particulier en Europe. Moi j'utilise surtout le journal 'Les Échos' (http://www.lesechos.fr/). Prenez l'habitude de bien vous informer, ça pourrait être utile et révélateur de ce qui pourrait se passer ici.