Emploi - Une année médiocre

L'an dernier, à la même date, certains commentateurs plus masochistes que nécessaire exprimaient leur dépit à la lecture des données sur l’emploi au Québec. «Le party est fini!», pouvait-on lire sans trop comprendre à qui s’adressaient les remontrances.

Il est vrai que les résultats des derniers mois de 2011 laissaient croire à une flambée du taux de chômage, passé de 7,3 % en septembre à 8,7 % en décembre. Mais une analyse de l’ensemble de l’année, et non seulement des derniers mois, aurait plutôt permis de conclure que le Québec s’était bien tiré d’affaire grâce à l’ajout de 38 500 emplois nets en moyenne annuelle et un taux de chômage de 7,8 %, au lieu de 8 % en 2010 et de 8,5 % en 2009, année de la crise.


Le même exercice s’impose en ce début de nouvelle année, puisque les derniers mois de 2012 donnent une impression d’élan très positive que les 7,3 % de chômage de décembre, pris de façon isolée, semblent confirmer. Pourtant, il ne s’est créé que 30 800 nouveaux emplois nets sur l’ensemble de 2012, soit moins que l’année précédente, et le taux de chômage est resté stable à 7,8 %. Il n’y a donc pas lieu de pavoiser, puisqu’il faut au moins le double chaque année pour répondre à l’arrivée de nouveaux travailleurs.


Le phénomène n’est pas propre au Québec. En Ontario, le taux de chômage est aussi resté stable à 7,8 % au cours des deux dernières années en dépit de la reprise des ventes d’automobiles.


Pour 2013, plusieurs facteurs militent contre une forte croissance de l’emploi malgré une amélioration de la situation chez notre principal partenaire, les États-Unis. Avec la crise qui perdure en Europe, un marché immobilier qui ralentit chez nous et les consommateurs qui tentent de retrouver une zone de confort au chapitre de l’endettement, l’activité économique s’en ressentira en même temps que les revenus des gouvernements, qui seront alors tentés d’accroître leurs efforts de compression pour équilibrer les comptes.


Cet enchaînement vicieux comporte évidemment le risque d’accentuer le ralentissement en cours, voire de provoquer une récession. Dans ce concert de décisions parfois forcées, c’est Ottawa qui porte la plus grande part de responsabilités, puisque c’est lui qui contrôle les politiques fiscales et monétaires, alors que les provinces sont forcées de fournir des services dont les coûts sont incompressibles.


Quant aux entreprises qui dorment sur des milliards en liquidités, elles ont aussi un rôle essentiel à jouer. En effet, c’est à elles qu’il revient d’investir pour améliorer la productivité, ce qu’elles ont très peu fait depuis la crise. Pourquoi avoir réduit les impôts des sociétés, qui sont déjà parmi les plus bas de l’OCDE, si l’argent ainsi épargné ne sert qu’à justifier des salaires et des bonis supérieurs pour les dirigeants ?

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