Montréal - À la recherche d’un maire

Année de crise pour Montréal, 2012 s’est conclue avec la démission de Gérald Tremblay de son poste de maire. 2013 sera-t-elle l’année de sortie de crise pour la métropole avec l’élection en novembre prochain d’un nouveau maire capable de redonner aux Montréalais la fierté de leur ville ?

 

Les difficultés de l’administration Tremblay à assurer la bonne gestion de Montréal ont amené leur lot de plaisanteries. La dernière est venue de la bouche du maire de Québec, Régis Labeaume, qui, dans une émission d’humour de fin d’année, proposait de prendre en sous-traitance la gestion de Montréal. Bien sûr, ce n’est qu’une blague, mais qui en dit long sur le plan de la perception. D’abord, de la perception que M. Labeaume a de lui-même et de ses capacités de gestionnaire, puis de l’image d’incapables que les politiciens montréalais projettent à l’extérieur. Ce n’est pas parce qu’on en rit que c’est drôle. Au contraire, c’est plutôt dramatique.


La solution à la crise que vit Montréal passait par le départ de la mairie de Gérald Tremblay. S’excluant ainsi de la recherche d’une solution aux maux de la ville, il créait un espace-temps pour réfléchir à l’avenir de la métropole et au leadership politique qui saura lui redonner sa cohésion. Une équipe intérimaire étant maintenant en place pour assurer la gestion des affaires courantes, il faut que tous ceux qui ont des ambitions pour Montréal engagent cette réflexion, laquelle doit être large et faire appel aux Montréalais, qui ne doivent pas laisser les seuls politiciens mener un tel débat. L’avenir de Montréal est le leur. Ils doivent pour une fois s’y intéresser.


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Vu les circonstances créées par la multiplication des scandales des dernières années, on pourrait croire qu’il faut à Montréal un nouveau Jean Drapeau, un leader populiste qui jouerait au monsieur Net. Soyons réalistes. Il n’y a aujourd’hui personne qui porte de telles chaussures. De toute façon, le charisme n’a pas toutes les vertus, comme en témoigne l’héritage de Jean Drapeau pour lequel les Montréalais continuent de payer.


Le principal enjeu auquel fait face Montréal n’est pas, quoi que l’on en pense, la lutte à la corruption. Il faut s’assurer, il va de soi, que le tandem collusion et corruption est bien éradiqué et qu’il ne puisse refaire surface. Sur ce, le travail est en cours tant à la commission Charbonneau qu’au sein des instances gouvernementale et municipale. La leçon a été comprise.


La priorité pour Montréal est ailleurs. Les nombreux scandales des dernières années ont engendré des effets ô combien dévastateurs. La fonction publique montréalaise est démoralisée. Elle manque souvent des ressources compétentes pour assurer une gestion adéquate des mandats qui lui sont confiés. Les projets de développement urbain sont retardés. À l’étranger, Montréal a perdu son aura. Les investisseurs se méfient. Les Montréalais eux-mêmes ne sont pas fiers de leur ville. Toutes des choses qui créent un climat de morosité néfaste pour le développement de la ville dans tous ses aspects. Il ne faut pas se demander pourquoi, ces dernières années, Montréal n’avait plus la capacité de se faire entendre des gouvernements supérieurs. La confiance n’y était plus.


Montréal doit se reprendre en main, chose qui ne sera possible que si les forces vives de la métropole, les politiques, les socio- économiques comme les culturelles, se rassemblent. Les enjeux de développement de cette ville, qui sont aussi multiples que complexes, l’exigent. Montréal est le lieu de vie des Montréalais pour qui il faut créer un milieu de vie dynamique pour qu’ils cessent de déserter leur ville. Montréal, c’est aussi la métropole et, à ce titre, le moteur du développement de tout le Québec. On a besoin de toutes les énergies.


Redonner un nouvel élan à Montréal ne peut être l’affaire d’une seule personne comme avait cru pouvoir le faire un Pierre Bourque en 1994. Ce doit être l’affaire d’une équipe qui réunit des gens qui partagent une même vision, de telle sorte que cette ville parle d’une même voix à travers celle de son maire avec l’appui de ses concitoyens. Soulignons-le, ce qui donne la capacité à un Régis Labeaume de se faire entendre des gouvernements supérieurs, ce n’est pas son style matamore, mais bien l’appui qu’il a de ses électeurs.


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Qui pourrait être ce prochain maire de Montréal ? Chose certaine, il ne peut venir d’Union Montréal, le parti de Gérald Tremblay, qui depuis son départ se décompose jour après jour. Ce pourrait être Richard Bergeron ou Louise Harel, respectivement chefs de Projet Montréal et de Vision Montréal. Ce pourrait aussi être des leaders actifs au sein de la communauté montréalaise. Des noms ont circulé, ceux de Gilbert Rozon, de Michael Fortier, de Jacques Duchesneau. Ils auraient déjà renoncé, mais peut-être pourraient-ils changer d’idée. D’autres noms viennent à l’esprit, ceux par exemple de Diane Lemieux, qui a tâté brièvement de la politique municipale et qui est aujourd’hui à la tête de la Commission de la construction du Québec, ou de Michel Labrecque, candidat défait dans le Plateau Mont-Royal en 2008 et devenu par la suite président de la Société de transport de Montréal, où il excelle. Sans oublier le député libéral Denis Coderre, qui meurt d’envie de devenir maire de Montréal. Il y a aussi Raymond Bachand, qui, s’il n’était pas élu chef du Parti libéral du Québec, pourrait prétendre avoir toutes les qualités pour assumer cette fonction.


La liste n’est pas exhaustive. À ce moment-ci, nous n’établirons pas de préférence pour l’un ou pour l’autre avant d’avoir pris connaissance de la vision que les prétendants à la mairie présenteront aux Montréalais et d’avoir vu leur capacité à rallier autour d’eux des gens de tous horizons politiques, guidés par la seule ambition qu’ils ont pour leur ville. Cela, il s’en trouve dans ceux qui siègent présentement à l’Hôtel de Ville ou dans les conseils d’arrondissement. Ne croyons pas qu’ils soient tous des incompétents et des incapables. Il s’en trouve aussi dans les groupes socio-économiques. Le défi sera de réunir une coalition arc-en-ciel pour Montréal. N’y arriveront que ceux qui seront capables de proposer une vision de l’avenir de Montréal qui soit large, claire et crédible. C’est sur cela que les Montréalais jugeront de la qualité de leur leadership.

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