Montréal - La trahison

Gérald Tremblay a soutenu, au moment de démission de son poste de maire de Montréal, que des membres de son entourage avaient « trahi sa confiance ». Sous-entendu, il est des choses qu’on lui avait cachées, qui, s’il les avait connues, lui auraient permis de contrer la collusion.

Ces choses qu’il n’avait pas sues étaient contenues dans un rapport de 2004 sur les coûts inflationnistes des travaux d’infrastructures à Montréal dont il venait tout juste de prendre connaissance. Comprenons son sentiment. Des experts levaient un drapeau rouge. Montréal payait de 30 à 40 % plus cher que les autres villes ses travaux d’infrastructures, mais on ne lui a rien dit. Pire, on le lui aurait sciemment caché.


De fait, ce rapport n’a jamais été présenté aux membres du comité exécutif de la Ville, qui ont été privés d’un élément essentiel à une bonne prise de décisions. Alertés, on peut présumer qu’ils auraient pris des mesures de contrôle et, peut-être, averti les autorités policières. Du moins, espérons-le.


Le cheminement de ce rapport est plus qu’intrigant. Si une telle étude a été commandée, c’est certainement qu’il y avait quelque part quelqu’un qui s’interrogeait sur les coûts des travaux d’infrastructures. On ne paye pas ainsi 500 000 $ pour le simple plaisir. Or, quand l’étude est complétée, le rapport disparaît. Curieux, non ?


L’affaire est grave aux yeux des élus qui ont voulu savoir. Le contrôleur de la Ville, Alain Bond, a tenté d’établir les faits à la demande du maire Applebaum. Il est arrivé à la conclusion que ce rapport avait bien été remis, malgré des prétentions contraires, à Frank Zampino et Robert Abdallah, qui étaient alors respectivement président du comité exécutif et directeur général de la Ville. M. Bond a recommandé que l’Unité permanente anticorruption soit saisie du dossier.


Ce recours à l’UPAC s’imposait. Il faut savoir si le tandem Zampino-Abdallah a caché délibérément l’existence de ce rapport, eux qui sont par ailleurs accusés de fraude à la suite des enquêtes menées par l’escouade Marteau. Ont-ils trahi la confiance du maire pour maintenir en place le système de collusion entre entrepreneurs ? Difficile de croire qu’il y a eu simple négligence.


Les membres de l’administration Tremblay ont le droit de savoir s’ils ont été manipulés par certains de leurs collègues. Si c’est le cas, cela les disculperait des reproches qui leur sont faits de ne pas avoir réagi devant l’existence d’un système de collusion. Du moins en partie, car il y a bien eu en cours de route d’autres signaux qui auraient dû les alerter.

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9 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 20 décembre 2012 08 h 10

    Faire payer la note

    Après la panoplie de scandales éclaboussant l'administration municipale, le contribuable se demande comment il se fait que ceux qui auraient détourné et camouflé un rapport de 500 000$ ne soient pas tenus de rembourser l'argent payé par les citoyens. Car, depuis le début de la commission Charbonneau, on en apprend beaucoup, mais les remboursements de ces millionnaires honorables se fait attendre et ils conttinuent de mener des vies de pachas.
    Il faut absolument récupérer ces centaines de millions qui nous ont été volés.

  • Bernard Terreault - Abonné 20 décembre 2012 08 h 56

    Qui se ressemble s'assemble ?

    Quand Tremblay a fait l'annonce que Zampino serait son président d'exécutif dans la grande ville, on a été nombreux à se demander la raison de ce choix. Ce maire peu connu de St.-Léonard, pourquoi? Tremblay ne pouvait ignorer que St.-Lėonard est le siège social de la mafia montrėalaise et que Zampino prenait souvent ses repas dans les mêmes restos que certaines figures connues du monde de la construction ET de la mafia. Tout le monde savait ça.

  • Claude Laferrière - Inscrit 20 décembre 2012 09 h 24

    Réponse à Pierre

    Mon cher Pierre,

    Les contribuables vont peu récupérer des biens de ces grands voleurs, ex-fonctionnaires ou apparatchik de l'ancien ordre. Il est probables que tous leurs biens au Canada sont hypothéqués et que les liquidités qu'ils ont accumulées sont dans des paradis fiscaux, hors frontières.

    Quant aux sentences pour les crimes de col blanc, fraude et corruption, c'est presque de la blague, encore à nos frais.

    La seule sanction sérieuse vient du fait qu'ils ne pourront plus voyager légalement aux USA en cas de verdict de culpabilité.

    Les banques et les institutions financières en général prêtent à qui mieux mieux, sans égard. Il leut faut une garantie. C'est tout. Lacroix connaissait la récette magique.

    C'est la raison pour laquelle il faut des sentences d'incarcération, longues et minimales, pour tous ceux qui abusent des biens publics ou bien sociaux, comme on dit en France, fraude et corruption. Sinon, ils ont tendance à ressurgir.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 20 décembre 2012 13 h 29

      "C'est la raison pour laquelle il faut des sentences d'incarcération, longues et minimales, pour tous ceux qui abusent des biens publics ou bien sociaux, comme on dit en France, fraude et corruption. Sinon, ils ont tendance à ressurgir."

      Il y a encore tout un chemin à parcourir

      HSBC reconnaît avoir fraudé, accepte de payer une amende de $2 milliards. Personne n'est inculpé de rien: http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/3

      La banque suisse UBS reconnaît avoir fraudé, accepte de payer une amende de $1.5 milliards. Personne n'est inculpé de rien: : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2012

      Conclusion: Si vous êtes assez riche, vous pouvez vous payer l'immunité.

    • Michel Bédard - Inscrit 20 décembre 2012 23 h 41

      Il y a 2 ou 3 ans, un mafieux top niveau de la drogue à Mtl a obtenu en cour la possibilité d'éviter l'emprisonnement moyennant une somme astronomique à donner à la Justice...

  • Christian Nadeau - Abonné 20 décembre 2012 09 h 30

    Qui est trahi? M. Tremblay ou les montréalais?

    La question est de savoir si les montréalais ont été trahis. On ne connait pas précisément de quelle trahison monsieur Tremblay aurait été victime. Compte tenu de sa propension à être sourd et aveugle et des conséquences politiques de la publication de cette étude, il ne serait pas étonnant qu'il eut vent, lui et ses collègues de cette étude et qu'ils aient tout fait pour la mettre sous le tapis. Rien de plus naturel.

    Je me souviens d'une déclaration surprenante du maire démissionnaire Trudel au conseil d'arrondissement de Verdun (il était aussi au comité exécutif) suite à une question d'un citoyen demandant pourquoi l'entreprise Catcan obtenait plus de 80% des contrats de construction à Verdun. M. Trudel répondit qu'on suivait les règles et procédures prescrites. Toutefois, il ne put s'empêcher de déclarer avec fierté qu'il était très satisfait des travaux exécutés par Catcan. Comme contribuable, cette déclaration m'est restée en travers dans la gorge. Il ne faut pas être devin pour savoir que le quasi monopole de Catcan signifiait des coûts prohibitifs pour les contribuables. Il semble que M. Trudel n'était pas très sensible au rapport prix-qualité, du moins en ce qui concerne notre portefeuille. Il n'est pas étonnant que des élus de notre conseil exécutif puissent avoir fermé les yeux ou tout fait pour éviter q'un tel rapport soit publié. Si la collusion préoccupait certains de nos élus ce n'était pas pour les même motifs que les contribuables. Alors, la soit disante trahison dont aurait été victime M. Tremblay pourrait bien être qu'un artifice pour se disculper de sa propre trahison envers les montréalais. Il n'a peut-être pas vu le fameux rapport, mais il est difficile de croire qu'il n'était au courant de rien (rappelons nous de la fameuse phrase rapportée à la Comission Charbonneau attribuée à M. Tremblay lors d'une rencontre faisant état du financement frauduleux du parti: Je n'ai rien vu). Christian Nadeau, MBA, consultant stratégique.

    • Pierre Samuel - Inscrit 20 décembre 2012 16 h 08

      Parfaitement d'accord avec vous. Il est très facile aujourd'hui, autant pour le maire intérimaire Applebaum, que l'ineffable Gérald Tremblay et n'importe quel membre des divers comités exécutifs d'Union Montréal de plaider l'innocence en tentant de s'en laver les mains... Tous ces élus devraient éventuellement être appelés à comparaître devant la Commission Charbonneau.

      Tout de même bizarre que peu importe le fameux «rapport caché» ?!?, tout ce beau monde était unanime dans l'approbation de contrats aux coûts gargantuesques ne serait-ce que celui des fameux compteurs d'eau (356 millions$) de Simard-Beaudry , propriété de Tony Accurso, auquel ils ont dû finalement renoncer à cause du tollé médiatique...

      Quel «béni-oui-oui» était préalablement en désaccord et combien d'autres cas, comme cet autre que vous mentionnez, qui ne sont que la pointe de l'iceberg...

  • François Dugal - Inscrit 20 décembre 2012 09 h 58

    La commande

    Comment ne pas savoir que l'on a commandé une étude?