Tuerie dans le Connecticut - Les dérapages

Avant de commettre la faute, la très grande faute. De quoi s’agit-il ? Adam Lanza souffrait d’autisme pour certains, de syndrome d’Asperger pour d’autres. Bref, un nombre imposant de commentateurs ont composé l’équation suivante : puisqu’il avait cette maladie, il était écrit dans le ciel que tôt ou tard Adam poserait un acte odieux. Dans le Telegraph de Londres, on est allé jusqu’à affirmer qu’être autiste, c’est avoir un comportement criminel, c’est être imperméable à l’empathie, c’est être un sociopathe. On fait l’impasse sur la litanie de poncifs logeant à l’enseigne des préjugés pour mieux retenir que ce média, avec d’autres, a exposé les autistes à la vindicte populaire. Les Telegraph et compagnie auraient voulu adapter les sorcières de Salem aux canons de la modernité qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.

Toujours est-il que ce dérapage est d’autant plus funeste que ces caisses de résonance de la haine que sont trop souvent les réseaux dits sociaux en ont amplifié les échos, les conséquences. À telle enseigne que les associations d’autistes américains et britanniques se sont senties dans l’obligation de rédiger un communiqué pour rectifier le tir. Pour dire les choses comme elles sont, le Telegraph et bien des médias nord-américains ont donné le triste spectacle de la course à l’échalote.

Quoi d’autre ? Mille mercis à Jonny Dymond, soit ce journaliste de la BBC qui a eu le tact, la délicatesse, de témoigner du malaise éprouvé après qu’une résidante de Newtown lui eut confié que la masse bruyante des réseaux télé et son cortège d’agressions concrètes avait ceci d’odieux qu’elle empêchait l’exercice du deuil. Ce faisant, ce témoignage permet de rappeler ce que des psychiatres versés en tueries ne cessent de dire et de répéter, soit que l’éclairage que les télés accordent à ce type d’événement encourage la répétition. Point !

À voir en vidéo