Finances - Qui a peur de la RRQ?

Les ministres des Finances des provinces rencontraient hier leur homologue fédéral, Jim Flaherty, dans le décor bucolique du lac Meech. Plusieurs sujets étaient à l’ordre du jour, dont l’état de l’économie, l’avenir du programme des infrastructures et la réforme du Régime de pensions du Canada (RPC) et de son équivalent québécois, le Régime des rentes (RRQ).

Avec autant de sujets chauds sur la table et un ministre fédéral pas plus désireux de négocier avec les provinces que son premier ministre, il ne fallait pas s’attendre à autre chose qu’à un échange d’informations, ce qui fut le cas. D’ailleurs, le sujet des transferts en santé, qui préoccupe le plus le Québec, n’a même pas été abordé.


En ce qui concerne la réforme des pensions, plusieurs provinces, dont les deux plus importantes, l’Ontario et le Québec, militent en faveur d’une bonification des régimes publics RPC et RRQ pour assurer une meilleure protection que le maximum actuel de 12 000 $ par année qui représente à peine 25 % d’un salaire annuel de 48 000 $.


À titre d’exemple, en étendant la couverture du régime public à la moitié d’un revenu gagné maximum de 70 000 $, un salarié pourrait compter sur une rente de 35 000 $ à laquelle s’ajouteraient les 6000 $ de la sécurité de la vieillesse (en dollars d’aujourd’hui) et le complément de rente acquis dans son entreprise, le cas échéant.


Bien sûr, cela exigerait une révision à la baisse de la couverture et des cotisations versées dans les régimes d’entreprises et les REER, mais c’est là un autre avantage puisque le risque financier assumé par les individus serait aussi diminué.


Seulement le tiers de la population active participe à un régime de retraite privé, y compris les employés du secteur public. En revanche, tout le monde contribue au RPC ou au RRQ dès l’entrée sur le marché du travail et quelle que soit l’entreprise.


Pour qu’Ottawa aille de l’avant, il faut l’accord des deux tiers des provinces qui regroupent au moins les deux tiers des habitants du pays. Pour le moment, seule la seconde condition est remplie, ce qui permet à Ottawa de reporter le problème à plus tard au lieu d’assumer le leadership d’une telle réforme.


Deux grands facteurs influencent Ottawa et les provinces dans leur décision. D’abord, le fait que cette réforme exigerait une hausse des cotisations pour les employés et les employeurs. On le devine, les associations d’entreprises y sont opposées, surtout en ces temps de ralentissement économique.


Puis il y a les très puissantes banques, compagnies d’assurances et autres acteurs du milieu financier qui redoutent comme la peste que des dizaines de milliards d’épargnes passent ainsi sous gestion publique. Cet obstacle, à n’en pas douter, est le plus grave qui se dresse devant une telle réforme des pensions.

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5 commentaires
  • Roger Lapointe - Abonné 18 décembre 2012 06 h 07

    Hausser les cotisation à la RRQ.

    Pourquoi vouloir créer d'autres véhicules de placement en vue de la retraite des citoyens quand la RRQ fait très bien le travail.Hausser les cotisations serait le moyen le plus intelligent et le plus facile à appliquer pour bonifier les revenus de ceux qui nous suivent.Que les très riches banques pas suffisamment imposées en passant, aillent pleurer dans leur coin comme c'est leur façon de protester habituelle quand les gouvernements leur enlève un de leurs trop nombreux privilèges,on s'en fout comme de l'an 40.Ça prend de la vision et l'audace et le gouvernement Harper et ses semblables en ont pas semble t-il.

  • François Ricard - Inscrit 18 décembre 2012 06 h 38

    2 000 000= 4 provinces

    "...il faut l’accord des deux tiers des provinces qui regroupent au moins les deux tiers des habitants du pays."
    Voilà la raison pour laquelle Trudeau disait que sa constitution durerait au moins mille ans.
    C'est aussi la raison pour laquelle les Québécois peuvent mettre fin à leur rêve de changer la constitution. Des changements, il n'y en aura pas.

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2012 08 h 14

    Qui a peur du RRQ?

    Les vendeurs de REÉR, voyons donc.

  • Jacques Patenaude - Abonné 18 décembre 2012 09 h 55

    Marceau a-t-il une Colone vertébrale

    Le gouvernement Péquiste a fait sa génuflexion devant les banquiers lors de la présentation du budget. Je veux bien croire que la situation financière l’obligeait à cela. Mais cette fois-ci, s'il se met à nouveau à genoux devant ces rapaces, il faudra comprendra que ce gouvernement est comme le précéden:. Mauviette devant les banques, devant le Canada et à quatre pattes devant l'Alberta, les minières et un certain patronat.

    Pourtant comme l'illustre cet article, voilà une belle occasion pour le gouvernement de commencer à nous libérer de l'emprise du capital financier. Le rehaussement de la RRQ est d'ailleurs un sujet où même une bonne partie du patronat est d'accord.

  • Armand Roy - Abonné 18 décembre 2012 22 h 06

    La RRQ c'est la force du nombre!

    M.Jean-Robert Sansfaçon partage la position des syndicats sur au moins un point: la bonification de la RRQ. Cela est bien.