Tuerie au Connecticut - De la mollesse

Sur les suites que commande la tuerie de vendredi dernier, le président Barack Obama est trop, beaucoup trop en retrait. Trop timide, trop mou et peut-être bien trop calculateur. Plutôt que de retenir ses larmes, il devrait méditer puis adopter les mesures préconisées par le maire de New York, Michael Bloomberg qui, lui, a pris la hauteur qu’exige un tel drame.

Dimanche soir, lors de la cérémonie consacrée aux victimes, Obama a déclamé des mots très semblables à ceux formulés au soir de la tuerie, soit des mots d’une sensibilité de bon aloi, mais pas ceux synonymes d’un engagement politique. D’une action politique susceptible de barrer la route au travail de sape éthique et très politique que les démarcheurs, les lobbyistes, de l’industrie de l’armement mènent depuis des lunes. Et dire…


Et dire qu’il a décliné son discours au terme d’une journée au cours de laquelle les mots de la bêtise et de la violence, voire même ceux de l’appel au sang, ont été martelés par des élus ou des responsables. Côté républicain, certains ont une fois de plus martelé que si le personnel de l’école avait été armé, le massacre aurait été évité. Pire, le président de Guns Owners of America est allé jusqu’à déclarer, tenez-vous bien, que les élus de cet État ont du sang sur les mains, car ils ont voté contre la présence d’armes dans les établissements scolaires. Alors qu’au Michigan, le vote y a été favorable.


Et dire que, dans la foulée du massacre effectué dans un centre commercial de l’Arizona en 2011, le ministère fédéral de la Justice avait conçu une série de mesures ayant comme dénominateur commun la restriction du commerce des armes avant de la remettre à Obama. Et qu’a fait ce dernier ? Malgré la tuerie d’Aurora, au Colorado, l’été dernier, il a laissé ce document enfoui dans les cartons de l’histoire parce qu’il ne voulait pas s’aliéner ces électeurs qui sont de farouches partisans de l’article 2 de la Constitution stipulant le « droit des gens à détenir et à porter des armes. » Et plus précisément, les électeurs des États charnières de l’Ohio et de la Pennsylvanie. Fait à noter, 96 % des sommes accordées par la National Rifle Association lors du dernier scrutin sont allées au Parti républicain.


Et dire qu’il a fallu attendre l’exposé du maire de New York pour apprendre un fait sidérant : cela fait six ans que l’agence dont le mandat consiste à veiller au respect des lois et règlements afférents aux armes est sans… patron ! Sans tête ! Il a fallu que ce soit un maire qui appelle à l’interdiction des armes d’assaut, à l’examen du passé d’acheteurs potentiels afin d’éliminer les repris de justice, les cas psychiatriques, etc. Il a fallu attendre la sortie publique de Bloomberg pour que le voile soit levé sur une abjection de justice. De quoi s’agit-il ? Contrairement à toutes les autres activités économiques, l’industrie de l’armement jouit d’une totale impunité allouée par le personnel politique. Mais encore ? On ne peut pas poursuivre les marchands de mort. C’est dire comment, sur le front des fusils et des revolvers, la psyché américaine confine à la folie.


Enfin, il a fallu entendre les phrases de M. Bloomberg pour apprendre que le trafic d’armes (par exemple, la vente par annonces) n’est pas considéré comme un crime. Et dire qu’après ils vont entonner Amazing Grace.

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17 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 décembre 2012 03 h 45

    On se calme !

    M.Truffaut. Je comprend votre colère ce matin, sauf que : La rencontre avec les parents, amis et la communauté n'était pas la bonne occasion, ni la place, ni la bonne plate-forme pour lancer des modifications aux lois, ni même en parler ! C'était le temps de l'introspection, de la tristesse et de la peine, c'est tout. Et M.Obama l'a fait très dignement sans recentrer les projecteurs vers lui. La communauté n'allait pas voir Obama, Obama allait voir la communauté. Le sujet était elle et non pas lui ! Un peu de respect pour ces gens qui ont tout perdu s.v.p.

    Je savais que quelque chose dans le genre de ce que vous avez écrit sortirait ce matin; malheureusement c'est vous qui l'avez fait.
    Ressaisissez-vous et regardons maintenant que ce qu'il va faire à partir de ce matin. Merci.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 18 décembre 2012 20 h 10

      Ce discours du «ce n'est pas le moment, on est en deuil national» fait taire le débat à chaque tuerie, plusieures fois par année, donc rien ne change.

      Cette fois ça ne marchera pas.

      Ce n'est pas un manque de respect que de s'activer pour changer les choses, pour qu'il y ait moins de tueries à l'avenir. D'autres gens vont tout perdre encore et encore à force de muitisme et de larmes passives.

    • Jean-François Thibaud - Inscrit 18 décembre 2012 23 h 02

      Moi aussi je voudrais qu'Obama soit plus agressif mais....je suis d'accord en partie avec Monsieur Lefebvre. Si il a laissé dormir tout ça avant la réélection, je pense que c'était une bonne chose car il aurait pu la perdre juste à cause de ce dossier. Reste à savoir si l'Obama décevant du premier mandat va laisser la place à quelqu'un qui peut nous surpendre.

      Il y' quelques choses de nouveau sociologiquement aux États-Unis, un point de bascule qui tend à démontrer que les forces réactionnaires vont perdre du terrain inexorablement à cause des changements démographiques. Même si Wall Street est plus puissante que jamais, la masse critique des électeurs est en train de basculer vers une gauche..tout relative bien entendu.

  • Daniel Houx - Inscrit 18 décembre 2012 06 h 23

    La puissance des $$$

    Tant qu'à dire des stupidités sur les armes dans les écoles, poussons le raisonnement un peu plus loin.

    Les étudiants devraient avoir le droit, pour se défendre contre les méchants, de porter des armes dans les établissements scolaires. Il faudrait également leur offrir des cours sur le maniement de ces armes. Et même, pourquoi pas des stages de formation où ils pourraient s'entraîner à tirer sur leurs ennemis. À tir réel bien entendu.

    Les "ennemis" pourraient être interprêtés par d'éminents membres du National Rifle Association ou du Guns Owners of america, pour donner l'exemple. Il suffirait d'enfermer tout ce joyeux monde dans un établissement scolaire durant une fin de semaine, lorsque les locaux sont désertés de leur étudiants. Tout le monde devrait avoir droit au même équipement; des M-16 de préférences avec des balles à fragmentations. Il n'y aurait qu'un seul gagnant-survivant. Ce dernier pourrait gagner une certaine somme d'argent, une panoplie complète d'armes offertes par un gros commanditaire, Colt par exemple, ainsi qu'une formation complète pour faire fructifier son capital.

    Car, ne soyons pas aveugles, tout ceci n'est qu'une affaire de gros sous. Les morts, quelque soit leur âge, ne comptent pas devant les $$$.

  • Denis Paquette - Abonné 18 décembre 2012 06 h 44

    La vielle loi du tallion

    Peut etre, voulez-vous faire porter au president la faute, mais en toute conscience a-t-il ce pouvoir, a-t-il a lui seul, ce pouvoir. Il faut voire ce qu'il y a d'implicite derriere le deuxieme amendement, ce n'est pas seulement le droit de posséder des armes, mais celui d'etre les mieux armés, les plus forts et peut etre les maitres du monde. Derriere le deuxieme amendement, il y a la vielle loi du tallion, voila ce que je voulais vous dire. Bon peut etre est-il possible d'en améliorer certains aspects, mais il ne faut surtout pas oublier, ce qu'il y a d'implicite, il y va de l'équilibre du monde. Peut etre vont-ils contégenter les armes d'assauts, car n'importe qui peut les utiliser, mais les américains demeureront toujours des gens sur la défensive

  • Marie-M Vallée - Inscrite 18 décembre 2012 06 h 57

    De la mollesse ?

    Le mot est bien faible pour décrire l'attitude du Président et de ses complices.

    • Gilbert Talbot - Abonné 18 décembre 2012 10 h 24

      Le mot est trop mou peut-être ?

  • François Dugal - Inscrit 18 décembre 2012 07 h 48

    Proverbe québécois

    «Grand parleur, petit faiseur».
    Cette maxime sied comme un gant au président Obama.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 18 décembre 2012 20 h 14

      Marc, le Québec se dote d'un registre des armes à feu. Donc le Québec est un grand faiseur dans ce dossier.

      Ensuite, les Québécois n'ont pas le pouvoir de changer les lois aux États-Unis. Donc vous voulez quoi? Qu'on se taise? Non.