Tuerie au Connecticut - De la lâcheté

Ainsi donc, vendredi au Connecticut, 20 enfants de moins de 10 ans et 7 adultes ont été criblés de balles. Auparavant, au cours de cette année et seulement cette année, c’est à retenir, 28 personnes ont connu le sort des gamins de vendredi, dont pas moins de 12 dans un cinéma d’Aurora, au Colorado, où on avait également compté… 58 blessés. Avec cinq massacres au compteur, 2012 restera dans l’histoire récente, c’est également à retenir, comme la plus sanglante, la plus cruelle.

Il est fort probable qu’elle restera aussi l’année des palabres sans fin. L’année des engagements qui logent en vérité à l’enseigne de l’hypocrisie et de la lâcheté. L’année au cours de laquelle la National Riffle Association a osé une redéfinition corsée de l’outrecuidance : au lendemain de la tuerie d’Aurora, un représentant de ce lobby, au demeurant mortifère, a avancé que si les gens présents dans le cinéma avaient eu des armes en leur possession, le massacre aurait été évité. Bref, on tue, et monsieur se pose en chantre de l’achat plus massif d’armes.


Politiquement, le président a beau avoir ému avec sa larme retenue, il n’en demeure pas moins qu’il s’est abstenu de proposer un je-ne-sais-quoi de ferme qui aurait été le prélude à une réelle réforme du commerce d’armes à feu. Autrement dit, sa seule allusion à la geste politique a été celle du vague. Sans plus.


Cette position en dit long, très long, sur cette incroyable difficulté qu’ont les élus américains à consacrer un débat sur un commerce qui a fait 160 000 morts entre 2000 et 2010 ou 16 000 par an ! Elle en dit aussi, mais indirectement, sur l’influence insidieuse qu’a l’industrie de l’armement sur le personnel politique. Dans une enquête remarquable du tout aussi remarquable magazine d’informations Frontline de PBS, on apprenait que les acteurs de l’industrie en question s’étaient appliqués à être présents dans tous les comtés des États-Unis. Par exemple, telle entreprise du Colorado faisait fabriquer les gâchettes dans tel endroit, les viseurs dans tel autre, les canons, etc. Et ce, pour être en mesure de faire le chantage de la fermeture de telle entreprise advenant qu’un élu, on pense surtout aux représentants, se montre trop critique.


Cela étant, rien ne symbolise plus l’hypocrisie ambiante que ceci : si la vente en magasin est balisée, elle ne l’est pas du tout dans les foires ou salons. C’est d’ailleurs là que le volume d’acquisitions est le plus élevé. Et de loin. Le drame de vendredi comme ceux d’avant sont autant d’épisodes dans lesquels s’écrie, se détaille, se décline, la tragédie que constitue la négation de sens, que constitue le déficit d’humanité.

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19 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 15 décembre 2012 08 h 28

    La question américaine

    Chaque foyer a-t-il vraiment besoin d'un fusil-mitrailleur?
    Si la réponse est oui, c'est que l'on a peur de quelque chose; de quoi alors?

    • Jean Louis Bordeleau - Inscrit 15 décembre 2012 11 h 16

      des autres? il est dur de faire confiance en tout le monde dans ce monde

  • Raymond Chalifoux - Abonné 15 décembre 2012 08 h 29

    Quand on voyage à l'étranger

    Dans les grandes villes partiulièrement, il y a chaque fois des endroits où, comme touriste pénard, vous évitez autant que possible de mettre les pieds...

    Le problème avec ce pays, les États-Unis, c'est qu'une balle folle et parfaitement meurtrière vous attend peut-être au MacDo...

  • Gilbert Talbot - Abonné 15 décembre 2012 10 h 05

    Les États-Unis se tirent dans le coeur

    C'est absurde. Complètement absurde. Ce peuple est en train de se suicider. Même ses enfants montent sur le bucher. Et pourquoi ? Pour le droit de porter une arme ! Pour pouvoir vendre des armes librement ! C'est complètement ridicule. En Syrie, on se tue présentement pour une cause, mais aux USA ce sont des jeunes gens qui jouent à se tuer avec de vraies armes. N'importe qui qui a un peu de gernigoine comprend qu'il faut intervenir, pour faire cesser ces tueries.

    «Avec cinq massacres au compteur, 2012 restera dans l’histoire récente, c’est également à retenir, comme la plus sanglante, la plus cruelle.»

    Et que sera 2013, si le gouvernement ne fait rien, encore une fois ? Et que faire demandent-ils tous ? La réponse semble évidente pour nous : il faut contrôler la vent d'arme; il faut interdire le port d'arme général, mais viser des fonctions spécifiques : soldats, policiers, gardiens, ceux dont le métier est de protéger la société ou comporte une menace réelle à leur propre vie. On peut penser à des port d'armes temporaire, pour certaines situations particulières, comme être envoyé dans des lieux dangereux. Mais mon idée de base c'est que en général le port d'armes est non seulement inutile, mais lui-même dangereux pour provoquer des tueries. Apprenons à nous défendre par des mots, plutôt que par des armes. Apprenons l'auto-défense s'il le faut. C'est peut-être plus difficile, mais il faut faire confiance à notre système policier et judiciaire pour maintenir l'ordre. Et surtout parlons-nous entre nous lorsqu'il y a des conflits et des dangers; parlons-nous en tout temps de toute façon.

    • Sébastien Paquin - Inscrit 16 décembre 2012 14 h 46

      Et pourtant, toutes les statistiques et études montrent une baisse constante des homicides et crimes violents aux États-Unis depuis les années 90. Une baisse plus importante et plus rapide qu'au Canada soit-dit en passant.

    • Louise Hurteau - Inscrite 17 décembre 2012 00 h 28

      Désolé M. Paquin, mais vous êtes faites erreur. SVP vérifier vos sources. Le nombre de mort par arme à feu au US demeurent constant depuis 1998, il en va de même pour le Canada. Il y a 10 000 morts par armes à feu par années aux US, soit 3 par 100 000 habitants, le plus proches pays est le Canada, je crois, avec autour de 190 morts par année, soit 0.55 par 100 000 habitants.

      Source : http://www.gunpolicy.org/firearms/region/united-st

  • Jean-François Thibaud - Inscrit 15 décembre 2012 11 h 23

    Excellent texte

    C'est en effet le symbole suprême de l'incurie politique. Comment peut-on accepter de mettre des fusils d'assauts en vente libre ? Un engin qui peut tirer 100 balles à la seconde peut se retrouver dans les mains de n'importe quel gamin en trouble profond.

    Michael Moore:

    "The NRA hates freedom. They don't want you to have the freedom to send your children to school & expect them to come home alive."

    Mais à voir la réaction épidermique des fascistes ordinaires qui sont légions dans ce pays à défendre l'indéfendable, on voit bien qu'il n'y a aucun espoir de voir poindre une tentative de réforme quelquonque à l'horizon.


    La NRA sera contente le jours où chaque enfant aura son Bushmaster .233 en dessous du sapin de noël ? Mais voyons le bon côté des choses. Avec le renforcement de la sécurité à prévoir à la suite de cet événement dans les écoles primaires, voilà un nouveau marché en plein essor.

    Déficit d'humanité, excellente expression.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 15 décembre 2012 17 h 14

    Pauvreté morale

    Et grand déficit d'humanité en effet |