Investissements étrangers - L’arbitraire pour longtemps

Malgré les craintes exprimées par nombre de Canadiens, le gouvernement Harper a choisi d’autoriser l’acquisition de deux sociétés pétrolières albertaines par des sociétés d’État étrangères. Par la même occasion, il annonce qu’à moins d’une situation exceptionnelle, cette fois sera la dernière. Du moins, jusqu’à la prochaine…

Le milieu financier a accueilli avec soulagement la décision du gouvernement Harper de donner son aval à l’acquisition de la pétrolière albertaine Nexen par la China National Offshore Oil Corp (CNOOC), et à celle de Progress Energy par la société d’État malaisienne Petronas.


Si les financiers et les pétrolières sont soulagés, c’est qu’en éliminant les sociétés d’État étrangères du bassin des investisseurs potentiels, la réalisation de nouveaux projets et la valeur en Bourse des actions des pétrolières auraient été menacées.


En revanche, l’opposition néodémocrate est déçue que des gouvernements étrangers puissent si facilement prendre le contrôle de ressources stratégiques. Car, malgré le fait que ces nouveaux acquéreurs soient soumis aux règles de transparence imposées par les marchés boursiers, tout le monde sait que la CNOOC est entièrement soumise aux ordres du Parti communiste chinois.


On ne saurait non plus passer sous silence le fait qu’en achetant Nexen, la Chine met aussi la main sur la technologie de fracturation qui lui permettra bientôt de concurrencer les pays qui tentent aujourd’hui d’avoir accès à son marché, dont le Canada.


Le problème pour M. Harper, c’est que, malgré cette évidence, son préjugé favorable aux sables bitumineux lui imposait de ne pas heurter la sensibilité des gouvernements asiatiques à qui le Canada souhaite vendre de plus en plus de pétrole.


C’est donc d’abord pour ne pas déplaire à Pékin que le premier ministre a conclu arbitrairement que la transaction présentait un « bénéfice net » pour le pays, selon les termes de la loi sur les investissements étrangers. Mais comme Ottawa se méfie de Pékin, avec raison, la décision fédérale précise qu’à l’avenir, « sauf exception », toute autre tentative de prise de contrôle majoritaire d’une société pétrolière par une société d’État étrangère sera rejetée.


C’est ce que l’on appelle une logique à rebours. En effet, comment une transaction qui aurait certainement été refusée si elle avait été analysée une année plus tard peut-elle être jugée dans l’intérêt du pays aujourd’hui ? Qui dit qu’Ottawa ne cédera pas une nouvelle fois sous la pression du puissant gouvernement chinois en quête de ressources ?


Aussi inquiétante est la position d’Ottawa concernant les acquisitions par des sociétés étrangères, publiques ou privées, dans les autres secteurs que les hydrocarbures. Au lieu de les interdire d’entrée de jeu, il est plutôt question cette fois d’en évaluer l’impact sur le contrôle de la ressource et les avantages nets pour l’économie du pays. Ces nouvelles règles auraient-elles modifié la décision de refuser l’acquisition de PotashCorp ou d’accepter celle d’Alcan ? On en doute.


Cela changera-t-il la donne par rapport à la situation actuelle ? Bien malin qui peut répondre. Car, malgré les nouvelles règles, il semble évident que Stephen Harper continuera de décider seul de ce qui est bon pour le pays lors de transactions majeures, que ce soit en fonction de ses intérêts politiques ou des pressions exercées sur son gouvernement.

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3 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 11 décembre 2012 08 h 11

    Cachez ce mot que je ne veux pas entendre...

    Comment appelle-t-on un régime politique où les décisions concernant la gouvernance sont prises par un seul homme de façon totalement arbitraire?

  • François Dugal - Inscrit 11 décembre 2012 08 h 30

    Le gouvernement Harper

    Le gouvernement Harper, dûment et démocratiquement élu, gouverne le Canada selon ses valeurs.

  • Raymond Boily - Abonné 11 décembre 2012 11 h 33

    Trouver l'erreur

    Le Gouvernement du Canada ne contrôle pas ses sources d'énergie mais, le Gouvernement de la Chine contrôle une partie de nos sources d'énergie.