Détenus - Petites économies

Il y a des coupes faciles à faire, de celles qui ne feront pas pleurer dans les chaumières (gageons que ce sera même le contraire), et qui pourtant sont terriblement petites. Petites au sens de mesquines, revanchardes, inutiles. Les quelques dollars que le fédéral a décidé d’économiser sur le dos des détenus sont de cette catégorie-là.

On avait appris au printemps dernier que les détenus devront verser une partie de leur paye (en travaillant en prison, ils peuvent gagner jusqu’à 6,90 $ par jour) pour contribuer à payer leur nourriture et leur hébergement. À quoi s’ajoutaient d’autres coupes touchant, notamment, l’achat pour les effets personnels. Un gros 10 millions de dollars épargnés sur un budget de 3 milliards.


Cet automne, le gouvernement conservateur en a rajouté : les contrats des aumôniers à temps partiel, issus de toutes les religions, ne seront pas renouvelés. Ne resteront que ceux, bien moins nombreux et quasi tous chrétiens, embauchés à temps plein et des bénévoles.


À cela s’est ajoutée, il y a quelques jours, une autre décision : à compter de 2014, les cuisines des établissements fédéraux seront centralisées par région. Au Québec, c’est du pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines que partiront les repas pour tous les établissements de la province, qui n’auront qu’à les réchauffer. Et que fait-on des nombreux détenus qui, justement, travaillaient aux cuisines ou y étaient formés ? Ils apprendront à confectionner des repas minute et à les distribuer !, répond sans rire Service correctionnel Canada. Le fast-food comme avenir…


Et maintenant, Le Devoir découvre que c’est au tour de la formation post-secondaire de passer au couperet, autre économie de bout de chandelles aux effets dévastateurs.


Il est pourtant acquis depuis longtemps (enfin, comme ce sont des études qui le disent, sans doute les conservateurs ne le savent-ils pas…) que l’éducation est une arme puissante pour sortir de la criminalité. La sous-scolarisation est d’ailleurs une caractéristique des milieux carcéraux : au Canada, 65 % des détenus ont un niveau de scolarité équivalent au début du secondaire. Il faut de l’accompagnement pour sortir d’une telle misère intellectuelle, qui mène à la misère matérielle, qui mène plus facilement au crime. C’est pourquoi, depuis des décennies, le gouvernement a mis en place des programmes de soutien, qu’ils soient spirituels ou éducatifs. La logique qui nous guidait jusque-là, c’est qu’il faut apprendre à vivre après la prison.


Mais il n’y a plus de logique, juste de l’idéologie. Et oublions les pseudo-économies. Le gâchis social qui s’amorce nous coûtera une fortune.

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