Palestine - La défaite de Harper

Les Nations unies ont accordé jeudi à la Palestine le statut d’«État observateur non membre». Ottawa, déçu de cette reconnaissance contre laquelle il a mené une campagne active, envisage maintenant des sanctions. Le Canada n’est vraiment plus la colombe qu’il a déjà été.

L'attitude du gouvernement Harper n’est pas une surprise. Dès son arrivée au pouvoir en 2006, il prenait fait et cause pour Israël, abandonnant l’activisme bienveillant des gouvernements précédents comme courtier de la paix. Lorsque l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a demandé aux Nations unies ce statut d’État observateur non membre, le Canada s’y est immédiatement opposé pour mener une contre-campagne. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, est même monté à la tribune de l’Assemblée générale avant qu’elle ne vote ce jeudi pour la presser à refuser à la Palestine ce statut.


Le résultat du vote est un échec manifeste pour le gouvernement Harper. Les pays européens auront soit voté pour la résolution ou se seront prudemment abstenus, comme l’ont fait la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Seuls neuf États ont voté contre. Aux côtés d’Israël, des États-Unis et du Canada se trouvaient des États comme le Panama et la Micronésie, dont on ne peut dire qu’ils exercent une influence déterminante.


Dans ce débat, le gouvernement Harper s’est collé à l’argumentaire d’Israël voulant que la reconnaissance de l’État palestinien par l’ONU soit un geste unilatéral dans la mesure où la réelle reconnaissance de cet État ne viendra qu’au terme d’un processus de négociations bilatéral de paix entre Jérusalem et Ramallah, qui serait rendu plus difficile par l’octroi d’un statut implicite d’État par les Nations unies. Le gouvernement israélien craint que, fort de ce statut, Ramallah cherche à le traduire pour crime de guerre devant la Cour internationale de justice.


Les pays occidentaux qui ont voté pour cette reconnaissance ont pour leur part cru que ce nouveau statut allait plutôt faciliter à terme le processus de négociation dans la mesure où il montrerait aux Palestiniens qu’il y a une autre voie que celle des roquettes vers la création d’un véritable État.


Le résultat du vote de jeudi devrait être d’amener les perdants à prendre la mesure de leur échec. Mais Israël se durcit; ce vendredi, il autorisait la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie. Le Canada pour sa part rappelait ses ambassadeurs aux Nations unies, en Israël et auprès de l’Autorité palestinienne pour évaluer la situation. Tant John Baird que le premier ministre Stephen Harper avaient par le passé averti les Palestiniens qu’il y aurait des conséquences à l’obtention du statut revendiqué. Ottawa pourrait remettre en question, en tout ou en partie, l’aide de 100 millions qui leur est versée annuellement depuis cinq ans.


Le gouvernement Harper s’est enfermé dans une logique dont il aura peine à se sortir. Contrairement aux États-Unis, qui peuvent perdre de telles batailles diplomatiques sans perdre leur influence, il est prisonnier de son appui à Israël, qui le discrédite aux yeux des autres pays du Moyen-Orient. N’ayant plus la distance que lui donnait naguère sa politique de courtier de la paix, il ne peut même prétendre aider son allié. Ce gouvernement surestime son influence dans le monde. On l’a constaté lorsque lui fut refusé un siège au Conseil de sécurité il y a deux ans. Ce vote de jeudi en est une autre illustration. Il devrait en prendre acte.

24 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 1 décembre 2012 07 h 39

    Mais de quelle Palestine parle-t-on?

    Sans dout y a-t-il quelquepart dans les textes une définition territoriale de la Palestine qui a été admise comme État non membre par une majorité de pays membres de l'ONU, mais tant qu'on ne connaît pas la description des frontières de cet État observateur on aura du mal à discuter des avantages et incinvénients de ce vote de l'Assemblée générale de l'ONU. Il faut donc présumer que l'État qui a fait l'objet du vote aura été la Palestine dans les frontières de 1967, y inclus la Bande de Gaza.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 3 décembre 2012 14 h 18

      À défaut d'avis contraire de l'ONU, il s'agit du territoire du «Plan de partage de la Palestine», la résolution 181 de l'ONU, qui s'applique.

      En gros la communauté internationale y consacre la prise de plus de 50% du territoire des Palestinien pour y former un état Israëlien.

      Il n'est pas envisageable de décoloniser complètement la Palestine. Les Palestiniens doivent y renoncer. Il n'est pas non plus envisageable de coloniser toute la Palestine. Les Sionistes doivent y renoncer.

      Le processus de paix passe par la reconnaissance de l'état palestinien et de l'état israëlien. Bien entendu, Israël devra se retirer des territoires occupés (et non pas en coloniser davantage...).

      Cela concerne aussi la Syrie, d'ailleurs. Israël occupe présentement le plateau du Golan, qui est un territoire Syrien. Une autre période pas très glorieuse de l'histoire. Un gros nettoyage ethnique et une colonisation. Le même modus opérandi que dans le territoire palestinien.

  • France Labelle - Inscrite 1 décembre 2012 08 h 15

    Logique, dites-vous ?

    Vous êtes poli.
    C'est plutôt de l'entêtement à obéir à un mantra de la droite qui n'a pas de logique: Israël a toujours raison. Ce que disputerait bien des intellectuels juifs.
    Je vous assure que je travaillerai activement à la défaite d'Harper dans les comtés de Québec (pas le mien) où ses sbires règnent encore.

    • Jean-Pierre Papineau - Abonné 1 décembre 2012 15 h 52

      Bravo France Labelle,

      Les sbires québécois d'Harper veulent régner en rois et maîtres dans les régions de Québec et de La Chaudière. Ils ont tout faux dans leur obstruction systématique à toute approche de négociation entre partis belligérants. Vite la guerre pour justifier l'achat des F-35.
      Jean-Pierre Papineau

  • Fabien Nadeau - Abonné 1 décembre 2012 08 h 28

    Pays souverain?

    En fait, face à la Palestine, le Canada se laisse dicter sa position par Israël, qui veut conserver sa position de force dans les négociations avec les Palestiniens.

    On peut comprendre Israël qui n'a à coeur que ses intérêts, mais dont la vision à courte vue est source de tensions. La colonisation des territoires occupés n'avance en rien les pourparlers de paix, et Israël le sait. La situation actuelle lui convient parfaitement, même si, pour les relations publiques, il aime bien déchirer sa chemise de temps à autre.

    Le ministre Baird devrait être plus clairvoyant. Mais il se laisse bander les yeux.

  • Raymond Chalifoux - Abonné 1 décembre 2012 08 h 35

    Dérangeante, à la fin, cette impression...

    L'impression persistante qu'en 10 ans seulement l'image du Canada sur la scène mondiale est passé de "bon père de famille" à quelque chose comme... "méchant bum"? Ou "caractériel imprévisible"? Ou "extrémiste et irréfléchi"?

    Ils savent où ils vont? Vraiment? Soit! Mais nous dans tout ça?

  • Zohra Joli - Inscrit 1 décembre 2012 09 h 12

    Bonne analyse

    Merci de ne pas nous servir des textes creux , mais une belle analyse