Budget du Québec - Ça change quoi?

En entrevue au Devoir il y a quelque vingt ans, Yves Séguin, qui fut ministre du Revenu comme des Finances, avait eu cette jolie phrase : le discours du budget, « c’est le moment par excellence où un gouvernement parle à son peuple ». Le gouvernement de Pauline Marois ayant plutôt eu le souci de parler aux marchés pour les rassurer, faut-il s’étonner que le peuple s’en trouve un peu mêlé ?

Passe encore que, par réalisme économique, le budget péquiste de mardi ait laissé de côté une hausse des redevances minières, promesse pourtant dûment faite et répétée en campagne électorale. On consultera, dit-on maintenant, comme le souhaitait l’industrie minière. Entre l’étiquette de gouvernement écologique et la nécessité de ménager l’industrie, le choix a été fait.


Mais il n’y a pas de raison économique à plaider pour expliquer qu’en matière d’éducation, le gouvernement du Parti québécois ait décidé, apprend-on dans les documents budgétaires, de maintenir deux idées libérales que les péquistes avaient sévèrement critiquées quand ils étaient dans l’opposition : l’anglais intensif en 6e année et l’achat de tableaux blancs interactifs. Des mesures improvisées, qui auraient bien mérité qu’on les range dans la catégorie : à stopper !


Interrogée mardi, la ministre de l’Éducation Marie Malavoy s’est retranchée derrière une panoplie d’arguments : on ne va pas abolir ce qui se fait déjà, il n’y a pas d’économies à faire là, nous ferons un bilan et réfléchirons avant de bouger.


Quel curieux raisonnement ! Prenons d’abord le programme des tableaux interactifs. Il a été lancé sans avertissement et sans consultation par les libéraux l’an dernier. Au total, 240 millions lui sont réservés sur cinq ans, et la mise en place de ces tableaux est toujours loin de faire l’unanimité dans le milieu de l’enseignement. Les arguments ne manquent pas pour bloquer les dépenses à venir, quitte à redessiner un autre programme de développements technologiques dans les écoles.


Des économies de bouts de chandelle ? L’achat de 5000 tableaux actuellement en appel d’offres (au total, il s’agit d’en acquérir 40 000) représente 30 millions de dollars - autant, pour ne donner qu’un exemple, que la construction de 390 logements sociaux qui auraient pu s’ajouter aux 3000 unités annoncées dans le budget, soit en deçà des besoins.


Quant à l’anglais intensif en 6e année, entre l’engouement des parents qu’on affole parce que leur enfant n’est pas bilingue à 10 ans et le réalisme de la mesure, la ministre a choisi de ne pas trancher, même si là aussi, les libéraux avaient lancé l’idée sans mesurer ce qu’ils faisaient.


Les obstacles sont nombreux. Citons simplement le manque d’enseignants en anglais. Ou le sort des élèves en difficulté. Ou le cas de Montréal, où les enfants d’immigrants occupent une place dominante dans les écoles et où passer la moitié de l’année scolaire en anglais contredit parfaitement le message d’une société qui dit que s’intégrer doit se faire en français. Trouver des solutions à tant d’écueils, on s’en doute, coûtera cher. Et la pertinence même du programme peut être rediscutée.


Au lieu de quoi, en dépit de déclarations antérieures, la ministre continue d’avancer au prétexte que l’application intégrale du programme n’est prévue que pour 2015 et que les expériences actuelles n’ont pas d’incidence dans le budget. De toute manière, « on n’a jamais pensé l’abolir », a-t-elle indiqué à notre journaliste.


Mais alors, au rythme des promesses oubliées et de tout ce qui ne change pas, même quand il s’agit de dossiers mal ficelés, peut-on poser la question : ça sert à quoi un nouveau gouvernement ?

26 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 22 novembre 2012 06 h 42

    Les leçons retenues de l'Opposition

    Coudon,
    C'est qui et c'est quel parti qui disait n'importe quoi durant son séjour dans l'Opposition?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 novembre 2012 08 h 40

      Maintenant ,quels sont ceux et de quel parti disent n importe quoi,sans aucune gene,a peine assis a l assemblee nationale...

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 novembre 2012 09 h 17

      Qu'est-ce que vous voulez? Il devait se fier aux données financières des libéraux.

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 novembre 2012 08 h 15

    Un des problèmes du PQ....

    c'est qu'il semble plus sensible aux opinions de ses adversaires qu'à celles de ses supporters. Tout le contraire du PLQ, qui ne lâche jamais son os.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 novembre 2012 18 h 30

      J'ai exactement le même sentiment que vous monsieur Auclair, et je commence à m'interroger sérieusement.

      Je veux bien militer, mais à un moment donné, il faut que les politiques du gouvernement que je contribue à faire élire finissent par rejoindre mes aspirations.

      Autrement comme on disait autrefois, notre foi est vaine...

  • Catherine Paquet - Abonnée 22 novembre 2012 08 h 23

    Le cadeau...

    Et en plus, voila le cadeau empoisonné du Globe and Mail qui remarque en éditorial que le PQ est devenu plus sage.

  • Jean Lapointe - Abonné 22 novembre 2012 08 h 34

    A ne pas oublier


    Il ne faut pas oublier que le gouvernement de madame Marois est constitué d' hommes et de femmes qui se disent souverainistes et dont le but visé est plus particulièrement la souveraineté politique du Québec.

    Ils espéraient pouvoir former un gouvernement majoritaire mais, malheureusement, ce ne fut pas le cas. Si cela avait été le cas, le gouvernement aurait une plus grande marge de manoeuvre. Comme il est minoritaire il est évident que ça limite ses possibilités d'agir.

    Il faut donc qu' il agisse de telle sorte que, lors des prochaines élections, il puisse obtenir une majorité, ce qui serait une première étape avant de procéder plus avant vers la souveraineté.

    Si le gouvernement actuel veut la souveraineté pour le Québec c'est parce qu' il pense que ce serait mieux pour nous tous Québécois.

    Mais, pour lui, il y a bien des choses qui peuvent être faites pour notre bien d'ici là. C'est ce qu' il essaye de faire, comme le montre le budget qu'il a présenté.

    Toutefois, il est bien connu que l' état actuel de l'économie est loin de lui être favorable et il est manifeste aussi qu' il y a bien des gens au Québec qui n'ont pas encore vu combien il serait péférable pour nous tous que notre pays soit un pays indépendant disposant de tous les pouvoirs qui reviennent habituellement aux pays indépendants.

    Conséquemment il doit faire preuve d' une extrême prudence. Il doit éviter le plus possible de heurter les gens sans pour autant oublier le but qu'il poursuit. D'où le budget que l'on connaît je pense.

    Il faut éviter à tout pris que trop de gens se sentent bousculés.

    C'est tellement exigeant qu' on peut se demander si ce sera possible. Pourtant ce ne le serait jamais si ce n'était pas tenté.

    C'est beaucoup comme changement vous ne trouvez pas madame Boileau?

    Il faut voir les choses à long terme vous ne pensez pas ?

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 22 novembre 2012 11 h 00

      Bien dit M. Lapointe sur le budget Marceau. Oui, il faut voir les choses à long terme, mais parfois à court terme lorsque le temps nous est compté. Si ce qui est rapporté dans l'éditorial à propos de l'anglais intensif en 6e année qui serait maintenu est confirmé par le gouvernement, je ne partage pas votre argument sur la prudence qu'il faut avoir pour éviter trop de changement. Bien au contraire, c'est exactement une mesure que le PQ doit appliquer et annuler au plus vite l'anglais intensif en 6e année et l'enseignement de l'anglais dès la 1ere année. C'est une décision qui relève uniquement du gouvernement, pas besoin d'avoir l'appui des partis de l'opposition, ni du gouvernement fédéral. Quand le PQ parlait de gouvernance souverainiste, voilà justement un dossier où il pourrait agir dans ce sens.

    • Raymond Labelle - Abonné 23 novembre 2012 06 h 28

      Et de plus, ne pas introduire ce programme en anglais permettrait d'économiser!

      Aussi, les tableaux électroniques - des bébelles qui ne remplacent pas l'apprentissage de fond - on ne va pas à l'école pour apprendre à pitonner. Cet argent servirait mieux peut-être à avoir plus de profs ou d'orthophonistes par exemple. Et éliminer ce programme permettrait d'économiser.

      Au moins dans ces deux cas, l'excuse économique ne tient pas.

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 22 novembre 2012 09 h 17

    Un gouvernement minoritaire a toujours les mains liées par l’opposition


    Ce budget est fort acceptable si on considère que le présent gouvernement est en statut minoritaire.

    Lorsque le gouvernement sera majoritaire, plaise au grand manitou, il pourra agir sans continuellement se faire menacer de renversement.

    • André Le Belge - Inscrit 22 novembre 2012 11 h 44

      Le problème, à ce train là, c'est que ceux qui ont voté pour eux ne retournent au PLQ et alors adieu les propositions futures de la commission Charbonneau et bonjour le retour des magouilles pour les p'tits zamis...