Budget - Le risque du réalisme

Est-ce parce qu’il est minoritaire ou parce qu’il avait tourné les coins ronds en campagne électorale ? Toujours est-il que le premier budget du gouvernement du Parti québécois fait preuve d’un réalisme rassurant. Cela devrait lui éviter d’être renversé rapidement, mais au prix d’un exercice de contorsion pédagogique dont l’opposition ne manquera pas de faire ses choux gras d’ici le prochain rendez-vous électoral.


Même si le budget présenté hier par le ministre Nicolas Marceau a été conçu dans l’urgence, il n’en est pas moins consistant et équilibré. Contrairement à tous les ministres des Finances qui l’ont précédé, M. Marceau a accouché d’un document simple, clair et précis, en évitant l’épais catalogue Sears des mille mesures à cinq sous auquel les gouvernements québécois nous ont habitués.


Le gouvernement a cependant dû mettre de côté plusieurs promesses électorales très importantes qui le plaçaient à gauche sur l’échiquier politique, une position plus facile à tenir dans l’opposition qu’au pouvoir quand les finances publiques sont mal en point.


Depuis septembre, le PQ a donc dû renier sa promesse d’abolir la taxe santé et le Fonds des générations, reporter la réforme du régime des redevances minières, ajouter un seul palier d’imposition supplémentaire pour les plus fortunés au lieu de deux et introduire l’indexation du tarif de l’électricité patrimoniale à partir de 2014 au lieu d’annuler les hausses importantes adoptées par le précédent gouvernement.


Cela fait beaucoup pour un gouvernement qui n’a même pas trois mois d’existence !


Comme prévu, malgré la faiblesse de la croissance économique, le gouvernement entend respecter l’échéance de 2013-2014 pour le retour à l’équilibre budgétaire, si la performance de l’économie l’y autorise, évidemment. Pour y parvenir, il a choisi de s’attaquer d’abord à la colonne des dépenses, ce qui devrait plaire à au moins un des deux partis d’opposition.


Toutes les missions à l’exception de la santé, de l’éducation, de l’environnement, de la famille et de la culture seront soumises à d’énormes contraintes. D’ailleurs, il faudra faire des miracles même en santé puisque la rémunération des médecins grimpera à elle seule de 10 % par année, à cause de l’incapacité des libéraux à résister aux pressions indues des syndicats.


De même chez Hydro-Québec, à qui on demande d’éliminer 2000postes, les compressions sont devenues incontournables à cause de la nonchalance et de la complicité patronale-syndicale lors des dernières rondes de négociations.


Tout en cédant à certaines pressions des milieux d’affaires qui auraient pu forcer les partis d’opposition à le renverser rapidement, le gouvernement a quand même donné suite à des engagements en faveur des classes moyennes et modestes, tels l’ajout de milliers de places en garderie, l’annulation de la hausse des droits de scolarité et la construction de logements sociaux.


C’est évidemment trop peu pour une certaine gauche, mais la majorité des Québécois sait que ce budget survient dans un contexte de quasi-stagnation, où la réfection des infrastructures alourdit à elle seule la dette publique de quelque dix milliards par année.


En augmentant les impôts des sociétés financières et ceux des particuliers à hauts revenus, on aurait tort d’accuser le gouvernement Marois d’avoir complètement trahi son électorat traditionnel. En effet, contrairement aux engagements électoraux parfois frivoles, ce premier budget Marceau correspond même davantage à ce qu’on attend d’un parti social-démocrate responsable à la tête d’un État aussi endetté que le nôtre.

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