Infrastructures - Déraillement libéral

L'ex-gouvernement de Jean Charest vient de recevoir une gifle pour sa gestion des projets d’infrastructures de la part de SECOR, la firme de consultants longtemps associée aux libéraux et récemment acquise par le Groupe KPMG.

C’est à la demande d’Infrastructure Québec (et du gouvernement Marois…) que SECOR a produit un rapport sur le Plan québécois des infrastructures (PQI) mis en place par les libéraux en 2007. Ce qu’on y apprend est ahurissant : en additionnant les 207 projets inscrits à la dernière mouture du PQI, le chercheur en arrive à un dépassement global des coûts de 52 %, alors que, pour 18 projets importants, l’écart atteint 78 %.


Quelques exemples pris au hasard : l’échangeur Turcot devait coûter 1,5 milliard, on parle maintenant de 3,6 milliards ; Sainte-Justine : 929 millions au lieu de 258 millions ; l’autoroute 20 entre Cacouna et Mont-Joli : 1,025 milliard au lieu de 684 millions…


Alors que les libéraux avaient juré que l’on ne reverrait plus jamais de dérapage semblable à celui du métro de Laval, le rapport SECOR permet de dire que la situation n’a pas changé malgré les PPP, l’omniprésence des firmes de génie privées et l’adoption d’une politique-cadre de gestion des grands projets.


Comment expliquer ces dépassements ? Nulle part dans le rapport il n’est fait mention de corruption ou de collusion malgré l’évidence. En revanche, l’empressement des politiciens à faire l’annonce de projets sur la base de données préliminaires incomplètes est mis en cause. Tout comme l’imprécision chronique dans le calcul des risques financiers. Et le constat vaut pour tous les grands projets, sans exception.


Tout aussi troublant est le fait que le gouvernement lance des chantiers sans même se donner la peine de les inscrire à son Plan quinquennal dont le plafond est fixé par le budget. Ce qui gonfle le montant total des engagements par rapport aux données officielles.


Élections obligent, semble-t-il, cet automne il y avait ainsi pour 5 milliards de projets en cours ou en préparation qui n’apparaissaient même pas dans la mise à jour du PQI achevée en mars dernier. Et quand le total des projets dépasse le budget global, on en retire quelques-uns de cette liste secrète sans cesser pour autant d’y investir, ou sans en informer les citoyens qui attendent…


Depuis 2007, les dépenses d’infrastructures portées à la dette ont triplé de valeur au Québec. À raison de 8 milliards par année, ils alourdissent cette dette à la vitesse grand V. Cela justifie de revoir non seulement l’ensemble des processus de planification et d’exécution des projets, mais aussi les priorités afin d’investir d’abord dans la réfection des actifs existants. Une recommandation que le ministre des Finances aurait tort de négliger lors de la présentation du budget, mardi.

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8 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 novembre 2012 07 h 28

    «Parlons économie»

    «Parlons économie».
    Mais qui donc a dit ça?

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 novembre 2012 08 h 59

    Monsieur Fournier

    Dire que monsieur Fournier réclamait la démission de monsieur Breton pour de l'ingérence qui n'en était pas. Ce que le parti libéral a fait là mérite sa démission au complet!
    Que monsieur Bachand en prenne note, lui qui se targuait de défendre la démocratie lors du conflit étudiant. Le parti libéral avait déjà terni cette démocratie par ces infrastructures qui dépassent les coûts et par les gaz de schistes imposés secrètement.

  • Bernard Gervais - Inscrit 19 novembre 2012 09 h 20

    Mensonges libéraux

    Sous Jean Charest, les libéraux aimaient bien répéter qu'ils étaient meilleurs que les autres pour le développement économique, mais aussi pour gérer de manière responsable les finances et dépenses du de l'État québécois.

    Ce discours-là, on l'a entendu maintes fois lors de la récente campagne électorale et encore plus, selon moi, lors de celle tenue à l'autome 2008.

    Mais on voit bien, grâce au rapport de la firme SECOR, que tout cela n'était que de la poudre aux yeux. Ce qui est désolant, bien sûr, est que de nombreux électeurs ont cru ce que leur racontait notre ex-PM !

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 novembre 2012 10 h 37

    Ça fait du bien d'en parler

    Je trouve que ça fait du bien d'en parler... C'est un peu une sorte de thérapie de voir la prétention libérale ne se soutenait pas vraiment.

  • Pierre Brosseau - Abonné 19 novembre 2012 12 h 21

    LES DEUX MAINS SUR LE VOLANT ?

    Le gouvernement Charest n'avait pas les deux mains sur le volant, il les avait dans nos poches, les yeux fermés.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 novembre 2012 22 h 38

      Les deux mains sur le volant , ... et de la graisse plein les pattes ...