Furie de l’ancien ministre de la santé - «Les nerfs, Yves !»

Il est préférable, dit une règle non écrite, qu’un critique dans l’opposition, à l’Assemblée nationale, n’hérite pas de « son » dossier lorsqu’il passe au gouvernement. S’il devient ministre de l’Éducation, par exemple, après avoir été « porte-parole » en ce domaine, cela veut dire qu’il fut, pendant des années, le relais des griefs et doléances de multiples « clientèles » reliées à ce même domaine. Et comme ministre, il pourrait donc plus facilement se trouver inféodé à ses anciens alliés. (N’est-ce pas un risque que court Marie Malavoy ?)

Avec la sortie déchaînée et disgracieuse, mardi, du porte-parole libéral en santé, Yves Bolduc, contre le ministre péquiste Réjean Hébert, peut-être faudrait-il formuler une règle inverse : il est malsain qu’un ancien ministre conserve son dossier lorsqu’il traverse dans l’opposition officielle. Plusieurs ont été surpris de la véhémence avec laquelle M. Bolduc a attaqué en Chambre le ministre Hébert, violant toutes les règles de l’auguste enceinte : ne pas user du tutoiement ; ne pas s’adresser directement à l’élu concerné. « Là, tu viens de démontrer complètement que tu ne connais pas ton réseau de la santé et que tu ne connais pas du tout tes dossiers. Vas-y donc, à Alma ! », a hurlé M. Bolduc mardi. Plusieurs ont eu envie de lui dire : Les nerfs, Yves !


« Malsain » est le bon mot ici. M. Bolduc ne semble pas être en mesure de prendre la nécessaire distance avec « ses » dossiers afin de se montrer bon critique. « Ses » dossiers, c’est-à-dire, d’abord, l’hôpital d’Alma, où lui-même a pratiqué ; ensuite, l’agrandissement de l’urgence de ce même hôpital, travaux que M. Bolduc a personnellement inaugurés le 16 mai, en pleine fièvre pré-électorale.


Selon M. Hébert, M. Bolduc avait alors donné le coup d’envoi à une première phase de la rénovation, celle du stationnement, alors que la deuxième n’avait pas été prévue dans les crédits. Joint hier, M. Bolduc l’a reconnu, mais en soutenant que la phase 2 devait être entamée en avril 2013 seulement et ne nécessitait donc pas de figurer aux crédits dès 2012.


Si le gouvernement fait « quelque chose de bien », il n’hésitera pas à le souligner, a du reste certifié M. Bolduc. Mais quelle décision correcte pourrait donc émaner d’un homme qu’il a déjà traité d’« incompétent total » (M. Hébert est pourtant en poste depuis un mois seulement !). M. Bolduc a en plus reproché au ministre d’avoir pris « des notes comme un étudiant » lors d’une réunion, ce qui prouverait qu’il ne connaît « rien ». Il l’a qualifié de « théoricien » qui « n’a pas mis le pied dans un hôpital depuis 10 ans », ajoutant : « Quand vous écoutez ses réponses, là, c’est des réponses de livres. »


L’aigreur de la défaite doublée du sentiment d’avoir été délogé par un imposteur n’est certainement pas bonne conseillère pour un critique.


Le 12 septembre, le chef libéral par intérim Jean-Marc Fournier avait promis de faire de la politique « dans le respect » : « On a eu, […] de la part de l’opposition officielle, un ton et une méthode qui étaient plutôt durs. […] Je ne pense pas que ça a donné de la confiance au public à l’égard de leur parti. » M. Bolduc devrait méditer ces belles paroles. Sinon, il devrait penser à changer de dossier.

16 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 15 novembre 2012 05 h 52

    Frustration

    Il est étonnant de voir l'ex-ministre Bolduc s'animer tout à coup. Celui qui passait de la langue de bois à la communicaiton bouche molle devient soudain le pitbull dont le réseau de la santé aurait eu besoin lors de sa tenure.

    Mais une de ses phrases me suggère une explication. Quand il dit « Quand vous écoutez ses réponses, là, c’est des réponses de livres », je sens la frustration de l'illettré dépassé. Monsieur Bolduc n'a pas beaucoup de respect pour les livres.

    Il devrait pourtant s'y remettre. Non?

    • Stéphane Laporte - Abonné 15 novembre 2012 12 h 03

      Effectivement, cela frôle l'antiintellectualisme primaire.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 novembre 2012 06 h 08

    Réveille !

    Un autre qui ne se rend pas compte qu'il n'est plus au pouvoir ! L'arrogance de ce parti-là est incommensurable ! Une vraie religion ! «Sans le Libéral point de salut !» Ça va prendre une autre révolution peut-être pas si tranquille cette fois-ci, les temps ont changés. Ce serait une bonne idée de s'en rendre compte ! On arrive au bord là, ça pette de partout, faudrait se rendre compte que ce qui se passe dans le monde se passe dans un monde de plus en plus petit et qu'on est à l'abris de rien ! Arrêtez de jouer avec des allumettes, ça peut sauter n'importe où ! Le problème avec la mondialisation, c'est que c'est mondial ! La mêche n'a pas besoin d'être très longue. On est à la veille de la dernière guerre mondiale. On verra si j'exagère dans quelques temps. Ne faites qu'imaginer des députés ou ministres aussi arrogants que nos Libéraux en Grèce. La Grèce n'est pas si loin maintenant, elle est à nos portes. Avec un voisin au sud possédant les plus gros guns au monde au bord de la faillite et la gachette facile, je ne pense pas que ce soit la meilleure idée que d'attiser les esprits par opportunisme, n'importe où ! Il sera trop tard pour le regretter bientôt. Vous êtes avertis !

    • Marc Rainville - Inscrit 15 novembre 2012 11 h 27

      L'étau de la Commission Charbonneau va se resserrer bientôt autour des Libéraux. Soyons indulgents devant ces manifestations d'angoisse (légale) bien compréhensibles.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 15 novembre 2012 07 h 22

    Poutine

    Pas fou, le docteur Bolduc. Son restaurant lui crée des clients.

    Desrosiers
    Val David

  • Normand Carrier - Abonné 15 novembre 2012 07 h 25

    Les libéraux sont de très mauvais perdants ...

    Il est manifeste que les libéraux sont aigris de leur défaite et sont devenu hargneux .... A voir Yves Bolduc , Hamad et Thériault insulter les ministes du gouvernement , ils sont proches de la crise de nerfs ...
    Pauvres eux , lorsque la commission Charbonneau sera au coeur des scandales gouvernementaux , ils vont capoter et ce sera pas beau a voir ......

  • Jean Lapointe - Abonné 15 novembre 2012 08 h 27

    La stratégie adoptée par le PLQ


    On dirait que le PLQ a adopté comme stratégie de tenter de faire croire que les ministres du gouvernement, y compris madame Marois, seraient tous des incompétents.

    Ils essaient de manipuler l'opinion. Il est fort probable qu'ils se sont dits qu'à force de répéter qu'ils sont incompétents les gens vont finir par les croire étant donné que les médias vont évidemment prendre la relève en proclamant en choeur la même chose.

    ILs font pareil depuis longtemps en répétant sans cesse que les gens ne veulent pas de référendum sur la souveraineté et en répétant également sans cesse que la souveraineté c'est dépassé.

    Le pire c'est qu'une telle tentative de conditionnement ça peut marcher.

    Il ne faut donc pas les croire.

    Il faut quand même attendre de voir ce que le gouvernement va faire avant d'émettre une opinion à ce sujet.

    Ça fait un peu plus de deux mois qu'ils sont au pouvoir. Il faut leur laisser le temps de faire leurs preuves.

    Il faut vraiment que les Libéraux soient à court d'arguments pour utiliser de tels procédés.

    J'ai du mal à croire qu'il puisse y avoir des gens qui vont les croire sur paroles.

    • Louis Palardy - Inscrit 15 novembre 2012 12 h 28

      C'est pour cela qu'après 2 mois de pouvoir du PQ 60% de la population est insatisfaite de ce gouvernement.

      Qui représente 33% de la population, ne l'oublions pas...

      Ah j'oubliais, les PQiste se demandent pourquoi ils n'ont pas été capable d'aller chercher une Majorité devant un Jean Charest détesté par plus de 70% de la population. Bien le problème ne se serait pas posé avec un Gilles Duceppe comme chef. Mme Marois a fait ses preuves comme ministre de la réforme de l'éducation, tout croche et de la mise à la retraite tout croche des médecins et infirmières. Puis avec son trou de 1.5M des libéraux, elle va nous pondre des hausses d'impots et "investir" les sous qu'elle n'a pas dans l'éducation gratuite et les Garderies. Pas d,argent c'est pas grave, on va en trouver dans les poches des contribuables.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 15 novembre 2012 19 h 16

      Le PLQ, le gouvernement déchu le plus corrompu depuis Duplessi, ne fait que crier, insulter et déchirer sa chemise à chaque décision du Parti québécois. Il se garde à peine une petite geine sur les questions d'éthique et de lutte à la corruption.

      Les ministres du PQ sont plus compétents et largement plus intègres que les ex-ministres du PLQ.

      Bolduc tombe même dans la promotion de la connerie, arguant que de prendre des notes et de donner des «réponses de livre» relève de l'incompétence. Un ancien ministre qui fait dans l'anti-intellectualisme primaire, c'est déplorable.

      Bolduc se sert du qualificatif d'étudiant comme d'une insulte, ça en dit long sur sa mentalité. Un ministre ne doit pas avoir honte de continuer d'apprendre. Concept hautement frustrant pour l'irréformable Parti libéral, incapable d'apprendre de ses erreurs.

      Monsieur Bolduc, vous devriez vous-même prendre des notes. Notez que vous n'êtes plus au pouvoir et que le Québec s'en porte mieux. On fait le ménage.

      Notez aussi qu'après l'attentat politique du 4 septembre contre la nouvelle première ministre du Québec, on s'attend à ce que vous changiez de ton. Le PLQ doit cesser d'allumer d'attiser la haine.

    • Marc Blanchard - Inscrit 15 novembre 2012 21 h 14

      Bon, les libéraux sont toujours là pour commenter sur les blogues.