Nomination des «vice-rois» - Vices monarchiques

Les « vice-mensonges », voilà comment on pourrait qualifier deux affirmations du ministre Alexandre Cloutier, faites la semaine dernière, au sujet du processus de nomination du lieutenant-gouverneur (LG). Le gouvernement Harper a bel et bien créé un Comité permanent « sur les nominations vice-royales », mais, contrairement à ce qu’a soutenu M. Cloutier, celui-ci demeure « consultatif ».

Pas de changement constitutionnel ici dans la manière de nommer les chefs d’État provinciaux. Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes a aussi prétendu que la dénomination allait être changée : il faudrait désormais parler du « vice-roi » et non plus du « lieutenant-gouverneur ». Faux encore. Il suffit de lire le communiqué fédéral pour le constater, on fait mention « des gouverneurs généraux, des lieutenants-gouverneurs et des commissaires territoriaux ». Tous effectivement des « vice-rois », un synonyme utilisé depuis des lunes pour parler de ces représentants du souverain britannique. Ce qui nous rappelle un fait que nous voudrions oblitérer : nous vivons en monarchie. Il n’était pas nécessaire que le ministre péquiste torde ainsi les faits pour mettre en relief une autre innovation du gouvernement Harper visant à revaloriser cet aspect royal de l’ADN du régime politique canadien.


Le Parti québécois, on le sait, y voit un vice monarchique et réclame depuis des décennies l’abolition du poste du lieutenant-gouverneur, auquel les Québécois ne sont pas attachés, surtout depuis les frasques de l’inénarrable Lise Thibault. Dire qu’avant le verrou constitutionnel imposé en 1982, le Québec aurait pu - feu le juriste André Patry l’avait suggéré - se donner un président honoraire (Marc Chevrier le rappelle dans son essai La République québécoise, Boréal). L’occasion fut ratée. Difficile désormais de faire évoluer le régime. C’est un thème dont les libéraux ne veulent plus parler et à propos duquel la CAQ préfère « se mettre la tête dans l’autruche ».


Le PQ propose que ce soit l’Assemblée nationale qui désigne le LG. L’idée a quelque chose de quasi subversif. Elle contrecarrerait un des traits monarchiques de notre régime : cette capacité des premiers ministres - héritée du souverain - de nommer toutes les personnes-clés de l’État. Pour désigner le chef d’État du Québec, l’Assemblée nationale constitue assurément un « comité consultatif » plus légitime que celui forgé par le gouvernement Harper et présidé par le « secrétaire canadien de Sa Majesté la Reine ». Québec ne devrait toutefois pas s’arrêter là et accepter de renoncer à certains des vices monarchiques qu’il aime bien. C’est l’Assemblée nationale qui devrait désigner des personnages autrement moins symboliques et plus déterminants que le LG : le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le Directeur général de la Sûreté du Québec. Entre autres.

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4 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 12 novembre 2012 08 h 14

    Appel à la reine d'Angleterre

    Depuis longtemps, je demande à la Reine d'Angleterre de choisir de retirer sa monarchie de sur le Canada. Et que ce retrait prenne vie avec la fin de sa vie.

    Ce changement se doit de provenir de l'Angleterre même. Pas du Canada.

  • Jean Lapointe - Abonné 12 novembre 2012 08 h 42

    Pourquoi?

    Vous affirmez que: «C’est l’Assemblée nationale qui devrait désigner des personnages autrement moins symboliques et plus déterminants que le LG : le Directeur des poursuites criminelles et pénales et le Directeur général de la Sûreté du Québec. Entre autres.»

    Pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il que vous nous en donniez les avantages.

    Pour ce qui est de la désignation du lieutenant-gouverneur par l' Assemblée nationale, c'est vrai que cela aurait surtout une valeur symbolique.

    Mais il ne faut pas oublier il me semble que c'est important les symboles. C'est loin d'être aussi négligeable que vous semblez le penser.

    Pourquoi c'est important ? C'est parce que c'est le langage des valeurs. Ça dit ce à quoi on accorde de l'importance.

    Le drapeau national par exemple ce n'est qu'un morceau de tissu et pourtant on sait quelle importance il a, heureusement, chez bien des gens.

    Ce n'est évidemment pas le morceau de tissu qui compte mais ce qu'il représente.

    Il faut aussi ne pas oublier que le débat qu'il y aurait sur le sujet serait une occasion de plus de susciter diverses prises de conscience chez bien des gens, la prise de conscience par exemple du fait que le Québec est une monarchie et que ce n'est pas que symbolique.

    On a peut-être tendance à penser que c'est sans conséquence mais c'est loin de l'être il me semble.

    Je trouve qu'il serait de loin préférable pour la démocratie que les Québécois fassent de leur pays une république et qu'ils y tiennent à cette république.

    Nous nous sentirions alors beaucoup plus responsables de notre avenir je pense.

    Pour le moment nous ne nous appartenons pas. La conséquence en est que nous ne nous sentons pas tellement responsables.

    Est-ce qu'on ne se soucie pas davantage de quelque chose quand on la possède cette chose?

    • Chantale Boutin - Abonnée 12 novembre 2012 18 h 35

      Posséder son pays Québec souverain en république est l'enjeu de base
      Tout le reste n est que probant inaction parvenue le bon peuple à peur de ses responsabilités
      Vive la reine elle nous préserve que notre $20 soit beau!!!!

  • Sylvain Auclair - Abonné 12 novembre 2012 10 h 04

    Désignation par l'Assemblée nationale

    En fait, la désignation du lieutenant-gouverneur par l'Assemblée nationale serait un bon exercice républicain. Dans la plupart des républiques parlementaires, c'est une assemblée qui nomme le président.