Sommet sur l’enseignement supérieur - Le choix du ministre

Flanquée de son nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, et de l’ex-leader étudiant devenu député-vedette, Léo Bureau-Blouin, la première ministre Pauline Marois était on ne peut plus positive. Le sommet tant attendu sur l’enseignement supérieur sera l’occasion, a-t-elle dit, d’un « nouvel élan », d’un « débat constructif » où « toutes les possibilités seront ouvertes ». Dont celle du gouvernement, qui prône l’indexation des droits.
 
Mais si ce sommet s’annonce comme celui du dialogue et de la transparence, misant sur Internet qui permet de faire circuler l’information comme jamais, n’allons pas croire que la démarche fera foi de tout. L’enthousiasme ne permettra pas d’éviter les écueils. Déjà, les mots mêmes que choisit le gouvernement vont colorer les débats.
 
Ainsi du premier document d’information préparatoire au sommet qui a été distribué jeudi. On y fait littéralement ressortir que « nous investissons plus [dans les universités] que la majorité des pays de l’OCDE » et que, « malgré le fait que le coût de la vie est moins élevé, nous [y] investissons plus » que les autres provinces canadiennes.
 
Ces mots n’ont rien de neutre : on est ici au cœur du débat sur le sous-financement des universités, se référant à des données qui sont présentement âprement disputées. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec fait valoir avec force qu’on ne peut tenir compte des fonds de recherche obtenus personnellement par les chercheurs dans le calcul des budgets attribués aux établissements universitaires. C’est pourtant en faisant cet amalgame que le gouvernement (bien au fait du plaidoyer de la CREPUQ) arrive à souligner le bon financement que les universités québécoises reçoivent.
 
Cela réjouira les associations étudiantes qui estiment, calculs à l’appui, que les universités ne sont pas sous-financées mais mal gérées. Le ministre Duchesne, qui avait déjà fait part en entrevue de son scepticisme par rapport au sous-financement des universités, vient donc de prendre position dans une guerre comptable. Difficile de croire dans ce cas précis que « toutes les possibilités » sont sur la table !
 
Dans la même veine, la décision gouvernementale de geler pour les deux prochaines années les droits de scolarité (ce que les libéraux nous ont appris à la faveur d’une lettre destinée au Conseil supérieur de l’éducation et non au grand public) ne peut sourire ni aux recteurs, qui veulent une hausse, ni à l’ASSE, qui revendique la gratuité scolaire.
 
Ces deux exemples ne sont pas en soi problématiques : le travail du ministre est de faire des choix. Le problème, c’est quand on tente de masquer ce rôle d’arbitre suprême.
 
Le Sommet sur l’enseignement supérieur ne sera pas pour autant inutile. Il entend embrasser toute la culture du monde universitaire et le débat se déclinera sur plusieurs tribunes, pendant plusieurs semaines : manifestement, on ne peut mobiliser autant de gens pour se contenter de finir en un « Sommet des illusions », comme l’appelle déjà le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.
 
Mais que le gouvernement Marois joue franc jeu : il a des options déjà en marche. Ce qu’il attendra de ses interlocuteurs, c’est qu’ils soient convaincants s’ils veulent le faire changer d’avis ou l’amener à moduler plus finement ses interventions. Et qu’il assume donc que ce sera à lui de trancher.

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