Parti républicain - La guerre sourde

C’est confirmé, calculé et d’ores et déjà médité : Mitt Romney et bien des candidats républicains au Sénat ont mordu la poussière parce qu’ils se sont aliénés, dans l’ordre d’importance numérique, les Hispaniques, les femmes et les jeunes. Ces faits constatés, des mandarins du parti souhaitent en découdre le plus vite possible avec le Tea Party, les ultras de la religion et autres illuminés.

Le tableau des données sociologiques inhérentes à la grande finale présidentielle est au fond sans appel : le Parti républicain a été transformé en une formation régionale qui séduit d’abord et avant tout les hommes blancs d’âge moyen, les vieux et les ruraux concentrés dans les États du Midwest, du sud et d’une partie du nord-ouest. Cette allusion au régionalisme, qui mine cette formation, appartient, c’est à souligner, à John Weaver, un notable républicain qui fut le stratège de John McCain et Jon Huntsman.


Un autre bonze républicain, et non des moindres puisqu’il s’agit de Matthew Dowd, conseiller senior de George W. Bush lors de la campagne de 2004, est allé jusqu’à définir la formation comme suit : « C’est le parti des Mad Men dans l’Amérique d’aujourd’hui. » Il en est ainsi, selon lui, Weaver et d’autres, parce que le parti n’est pas assez tolérant, pas assez diversifié et n’a pas une bonne appréciation des attentes de la classe moyenne.


Dans le cas du vote hispanique, les données ont ceci de sidérant et d’inquiétant qu’elles confirment la montée en puissance du racisme : alors que 44 % des Latinos avaient choisi Bush en 2004, ils n’ont été que 24 % cette année. Cette désaffection est essentiellement attribuable à l’adoption par Romney de bien des chapitres de la Loi sur l’immigration de l’Arizona. Pour faire court, le champion des républicains s’est fait le champion de la déportation.


À l’endroit des femmes, l’état-major du parti a commis l’odieux du nauséabond. Mais encore ? Jamais on ne viendra nous faire croire que dans les règlements il n’y pas présence d’un article qui interdit la candidature d’individus défendant l’indéfendable. On pense évidemment à ces bonshommes qui, là, ont excusé le viol et, ici, milité pour que la place des femmes dans la société soit celle avancée, sans exagération aucune, par les salafistes. Quand on nous ressort la ritournelle de la fierté qu’il y a à être républicain parce que Lincoln, Teddy Roosevelt et quelques autres l’étaient, et quand on confronte les idées ou positions politiques de ces derniers à celles de Karl Rove, Rush Limbaugh et autres canailles du fanatisme, il y a matière à se pincer le nez.


Cela étant, la défaite de Romney et de bien des prétendants au Sénat révèle que ces derniers ont fait une très mauvaise lecture des évolutions sociales. Par exemple, une solide majorité d’Américains est favorable au droit à l’avortement et au mariage entre personnes du même sexe. Quoi d’autre ? Seulement le tiers des citoyens défend le principe de la déportation des illégaux.


On l’aura deviné, le parti est à la croisée des chemins. Il a beau avoir dépensé beaucoup plus d’un milliard, cette valse financière n’aura servi à rien puisqu’ils sont aujourd’hui là où ils étaient ailleurs. Soit hors de la Maison-Blanche, minoritaires au Sénat et majoritaires à la Chambre des représentants. Mais bon… pour certains pontes du Parti, ces défaites ont un certain parfum de la divine surprise. Pour eux, en effet, c’est l’occasion de se débarrasser de l’héritage Karl Rove-Grover Nordquist, soit ces deux stratèges qui ont théorisé dans les années 90, et au bénéfice de Bush, la campagne du salissage agrémenté de mensonges, la fin justifiant les moyens. Vivement la suite.

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6 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 8 novembre 2012 05 h 21

    Prendre nos désirs pour des réalités?

    On espère en effet que cette défaite du GOP va l'amener à revoir ses positions intégristes. Mais peut-être prenons-nous un peu nos désirs pour des réalités?

    Malgré un candidat plutôt décevant, Romney, qui a mené une campagne somme toute d'assez bas niveau, les républicains ont quand même remporté 48% du vote populaire. Les USA nous réservent encore de mauvaises surprises. À suivre dans 4 ans.

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Catherine Paquet - Abonnée 8 novembre 2012 07 h 23

    Les Canadiens l'ont échappé belle...

    ...imaginez tout le réconfort qu'auraient obtenu Stephen Harper et ses ultra-conservateurs, dans leurs penchants anti-démocratiques et anti-écologiques et si peu portés vers la culture et les droits des femmes, si ces canailles de Républicains avaient accédé au pouvoir à Washington. Et dire malheureusement qu'ils sont assez nombreux nos concitoyens qui auraient applaudi.

  • François Dugal - Inscrit 8 novembre 2012 08 h 20

    Respirer

    Le Canada, «plusse meilleur™» pays du monde, peut respirer!

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 8 novembre 2012 08 h 53

    Le clientélisme

    Avant les leaders politiques essayaient de rallier et convaincre la plus grande partie de la population à leurs vues.

    Sous l'influence des brillants stratèges républicains à la Karl Rove ils se sont plutôut mis à faire du clientélisme la fameuse "wedge politic" si chère à Stephen Harper.

    Dans un premier temps Ils visent avec leurs politiques ciblées des segments populations qui leur permettront de prendre le pouvoir même si la majorité de la population est contre l'ensemble de leur oeuvre, tout en décourageant le citoyen d'exercer son droit de vote par les tactiques déloyales de style "robocall" et des campagnes électorales ordurières de dénigrement de leurs adversaires, qui convainquent tout citoyen censé de se tenir loins de ces égouts purulents que sont devenues les campagnes électorales.

    Cette astuce permet de gouverner contre les volontés de la majorité des citoyens comme le fait le gouvernement Harper avec avec ses positions militaristes, monarchistes, anti-environnementalistes et ultra-capitalistes .

    Les républicains viennent de se prendre en pleine face le retour de manivelle et ils auront toute une côte à remonter avec leur électorat vieillissant qui s'élimine tranquillement de lui-même.

    On a bien hâte que le même phénomène se reproduise au Canada!

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 novembre 2012 12 h 05

      De quelle gifle parlez-vous. Celle d'obtenir 48% des voix? Alors que les Conservateurs n'ont eu en 2011 que 39,6%?

  • GERARD LAMONTAGNE - Inscrit 8 novembre 2012 22 h 51

    Aux conservateurs du canada

    Ce qui est arrivé aux élections américaines nous donne une idée de ce qui arrivera au gouvernement Harper à la prochaine élection.
    Comme chez nos voisins du sud, nous recommencerons à avancer au lieu de reculer.