Santé - La poudre aux yeux?

Le ministre de la Santé, M. Réjean Hébert, a pris la peine de convoquer une conférence de presse dimanche pour annoncer un investissement de 70 millions de dollars supplémentaires afin de favoriser l’accès à un médecin de famille. Pourtant, l’essentiel de cet argent ira à l’informatisation des cabinets privés. Tant mieux pour le docteur, mais le patient, il est où ?

La conférence de presse avait pour but de souligner la création de neuf nouveaux Groupes de médecine de famille (GMF) et l’ajout de ressources professionnelles, infirmières, nutritionnistes, travailleurs sociaux dans les GMF du Québec. Or, 60 des 70 millions de cette annonce serviront plutôt à payer les médecins pour les aider à parachever l’informatisation de leurs dossiers.


Attention : on ne parle pas ici du fameux dossier santé national qui tarde à venir, mais qui devrait permettre au personnel médical de suivre les patients dans les dédales du système. Il est plutôt question du dossier traditionnel des patients que tout professionnel, médecin, psychologue ou autres, doit mettre à jour dans le secret de son bureau. Comme si cet aspect du travail administratif du médecin ne faisait pas déjà partie de sa rémunération brute !


En somme, il s’agit d’une nouvelle prime consentie aux médecins de pratique privée, mais pas aux autres professionnels de la santé, et qui s’ajoute aux nombreux incitatifs financiers négociés par le précédent gouvernement.


Dans Santé : l’heure des choix, ouvrage publié cette semaine chez Boréal par le « père » du régime d’assurance maladie québécois, l’ex-ministre Claude Castonguay consacre un chapitre entier à la rémunération des médecins dans le cadre plus large d’une remise en cause de l’organisation actuelle du réseau de santé.


Nous le savions, depuis 2005, la rémunération globale des 18 500 médecins est passée de 3 à 5 milliards. De ce fait, elle accapare maintenant 8,2 % de l’ensemble des dépenses de programme du gouvernement, toutes missions confondues, et le rythme d’augmentation qui frôle 9 % par année ne semble pas près de ralentir. « Une telle perspective est incompréhensible et nettement insoutenable », écrit M. Castonguay.


Pour l’ex-ministre, il faut mettre fin au paiement à l’acte exclusif au profit d’une rémunération mixte axée sur la qualité des soins et la productivité. Car malgré l’importante augmentation salariale, « le constat est clair : non seulement leur productivité est-elle peu élevée dans leurs activités de première ligne, mais elle baisse d’année en année ».


Ce qui prouve que la rémunération à l’acte assortie d’incitatifs financiers de toutes sortes ajoutés à chaque série de négociations n’a pas contribué à une plus grande accessibilité, ni à la prise en charge des patients à laquelle nous sommes en droit de nous attendre.


Les médecins du Québec sont des professionnels compétents, mais la façon dont ils sont rémunérés ne les incite pas à recevoir plus de patients, encore moins à faire de la prévention. Même les GMF, dont l’implantation et le fonctionnement coûtent très cher à l’État qui finance les salaires de plusieurs employés et certaines dépenses connexes, n’ont pas eu l’effet escompté. Pour le moment, ceux qui profitent vraiment de cet ajout important de ressources financières sont les médecins propriétaires eux-mêmes.


Dans un tel contexte, on s’étonne de voir le nouveau ministre de la Santé se satisfaire de suivre les pas de son prédécesseur libéral.

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7 commentaires
  • Claudette Ménard - Abonné 6 novembre 2012 00 h 53

    Santé- la poudre aux yeux

    Décevant ce nouveau ministre de la santé....Il apprend vite à se conformer aux dictats médicaux...(il est des nôtres ) comme dit la chanson...! J'ose espérer qu'il nous ofrira autre chose que des coquilles vides. Nous l'avons à l'oeil.

    Claudette Ménard

  • Marie-M Vallée - Inscrite 6 novembre 2012 08 h 43

    Les 50 000 immigrants/année

    Et personne ne soulève la question des 50 000 immigrants qui débarquent au Québec à tous les ans. Ces personnes auront besoin d'un médecin de famille. Ont-ils été calculés dans les prévisions du Ministre ?

    Il est vrai que nous ne pouvons soulever cette question sans se faire accuser de racisme et de xénophobie.

  • Raymond Vaillancourt - Abonné 6 novembre 2012 08 h 44

    Évident

    La présence du représentant des omnipraticiens, aux côtés du ministre, indiquait clairement qui tirait profit de l'annonce ! Le reste est un effet de scène.

  • François Dorion - Inscrit 6 novembre 2012 10 h 21

    Santé

    Dans le reste du monde, on n'assure pas la maladie, mais la santé.
    Ensuite, j'ai lu qu'en Chine, on ne paye le médecin que si le patient se porte bien ou guérit. c'est un bon moyen d'assurer la prévention et la santé.
    Enfin, le monople du collège des médecins sur la profession empêche que soit rémunérés avec justice tous les autres intervenants dans le réseauy de la santé aisni que les médecines parallèles, qui apportent bien des résultats.
    Et il reste aussi que ce monopole sur la régie d'assurance "maladie"(sic) crée un cartel qui écarte les médecines parallèles de la rémunération assurée, empêchant aisni le libre choix du médecin.
    Toutes ces choses doivent être prises en considération dans l'évaluation du problème du système public de santé.

    François Dorion LLM

  • Jacques Gagnon - Abonné 6 novembre 2012 11 h 27

    Dans quel siècle vivons-nous ?

    Où est le patient ? Dites-vous monsieur Sansfaçon. On informatise les cliniques et pour vous cela n'aura aucun impact sur les patients. Depuis quand l'informatique bien conçue n'améliore aucun processus ? Il faudrait le dire à la majorité des entreprises qui ont fait des gains de productivité incroyable ces derniers 40 ans. Vous réfléchissez comme les politiciens pour qui l'administration et la gestion sont toujours à couper. Mieux vaut ne rien gérer, ça coûte moins cher, se disent-ils sans doute.

    Les médecins sont embourbés dans leur paperasse et il est plus qu'évident que l'informatisation y changera quelque chose. Cela n'a rien à voir avec le fiasco du dossier santé électronique national.

    Les ayant libérés de la paperasse et permis un meilleur suivi, le médecin pourra s'occuper mieux et de plus de patients, cela est une évidence qu'aucune entreprise privée ne conteste.

    Claude Castonguay est sur la même longueur d'onde quand il dit qu'il faut améliorer la productivité au lieu de jeter de l'argent dans le feu constamment, de l'argent non gérée. La productivité, c'est notre problème collectif en raison du sous-investissement dans les technolgies de l'information.