Gouvernement Marois - Gare à l’activisme

La première ministre Pauline Marois a présenté ce mercredi la feuille de route de son gouvernement pour les 12 à 24 prochains mois. Le message contenu au Discours d’ouverture de la 40e législature est clair. Ce gouvernement ne se laissera pas arrêter par son statut minoritaire. Il est là pour gouverner.

C'est la deuxième fois que les électeurs québécois optent pour un gouvernement minoritaire. Le premier fut celui de Jean Charest en 2007. Le contenu du discours inaugural de la 38e législature qu’il présenta alors était d’un tout autre ordre que celui entendu hier. Le premier ministre libéral n’avait que huit mesures à annoncer, dont le retour des bulletins chiffrés et la fin de la malbouffe à l’école. Pauline Marois, tout au contraire, semble vouloir tout faire. La liste de ses projets est infinie et ambitieuse. Le pouvoir, même s’il lui est échu de façon minoritaire, reste un instrument puissant. Elle peut en tirer le meilleur parti.


Sans surprise, ce premier discours d’ouverture de Pauline Marois nous ramène à la continuité des gouvernements péquistes : intégrité, prospérité, solidarité et identité sont des thèmes péquistes récurrents. Autre caractéristique proprement péquiste, le rôle de l’État revient en force. La remobilisation de l’appareil qui sous-tend tout le discours de Madame Marois était attendue. Le pendule libéral était allé trop loin vers la privatisation.


Le programme qu’elle propose est toutefois beaucoup trop vaste pour l’horizon de survie de son gouvernement. Il ne devrait pas dépasser 24 mois; soit qu’elle aura été défaite par l’opposition, soit qu’elle se sera mise en situation de se faire défaire. Pour durer ce temps, elle aura toutefois besoin du concours de l’opposition. C’est là qu’on pourra mesurer sa capacité à faire preuve de sens politique pour trouver ce qu’elle appelle « les voies de passage qui permettront d’avancer ».


La première ministre a joué ses premières cartes à cet égard en écartant ses projets les plus litigieux. Ainsi, son projet d’adopter une charte de la laïcité est-il remis à plus tard. Avant toute chose, elle consultera. Quant à la réécriture de la Charte de la langue française, elle appelle l’opposition à débattre dans un « esprit constructif », une façon d’appeler à un dialogue.


Dans l’immédiat, le gouvernement Marois se consacrera aux urgences. La première consistera à tenter de briser la corruption installée dans tous les appareils publics en faisant adopter un bouquet de mesures sur l’intégrité en matière de contrats publics et de gouvernance. La pression publique sera forte sur les députés. Ils doivent agir rapidement sans se perdre dans les jeux partisans qu’on a connus ces dernières années.


L’autre urgence a trait aux finances publiques et à l’économie. L’affirmation de la volonté du gouvernement d’atteindre l’équilibre budgétaire, tout comme celle d’accélérer la croissance économique est dite sans détour. Comment y arriver ? Cela reste à préciser, mais le discours d’hier contenait des signes d’ouverture à l’exploitation des richesses naturelles, y compris pour le pétrole, attendus par les milieux économiques. Le discours économique de Madame Marois avait les accents de Bernard Landry sur la solidarité qui doit passer par la prospérité, qui lui avait manqué jusqu’ici.


Le volontarisme qu’on retrouve dans ce discours inaugural est de bon augure. On peut croire qu’il y a à Québec un gouvernement dont l’ambition est de gouverner et non pas d’être attentiste comme le fut le gouvernement Charest de 2007. Qu’il se garde toutefois de tomber dans un activisme inutile en voulant trop en faire pour nous convaincre de lui donner une majorité. Ce serait mal apprécier les attentes des Québécois, qui demandent d’abord un gouvernement et une opposition intègres qui agissent dans l’intérêt commun, pas dans celui des partis.

8 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 1 novembre 2012 07 h 03

    De quels québécois parlez-vous?

    Vous dites que: «Ce serait mal apprécier les attentes des Québécois, qui demandent d’abord un gouvernement et une opposition intègres qui agissent dans l’intérêt commun, pas dans celui des partis.»

    Mais de quels Québécois parlez-vous donc?

    A vous lire on a l'impression que tous les Québécois attendent la même chose du gouvernement.

    Vous dites aussi que :« C'est la deuxième fois que les électeurs québécois optent pour un gouvernement minoritaire.»

    A ce que je sache, les « Québécois» ne sont pas une personne et par conséquent ils ne peuvent opter pour un gouvernement minoritaire ou majoritaire.

    Il me semble que la réalité est tout autre. Il y a des gens qui ont voté pour le Parti québécois et d'autres pour d'autres partis. Ceux qui ont voté pour le PQ espéraient que le parti qu'ils ont appuyé serait majorité mais, malheureusement , ce ne fut pas le cas.

    Et ils le déplorent.

    Et s'ils ont voté pour le Parti québécois c'est bien sûr parce qu'ils veulent avoir un gouvernement intègre mais pour bien d'autres raisons.

    Ils veulent entre autres que leur gouvernment fasse avancer la cause de la souveraineté.

    Il me semble que c'est là quelque chose qui valait la peine d'être mentionné.

    On dirait que vous ne savez pas pourquoi le Parti québécois existe ou qu' il ne faut pas le dire.

    Je trouve cela très curieux.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 1 novembre 2012 10 h 00

      Moi, ce que j'ai compris de ce discours de Mme Marois, c'est que le PQ n'aspire qu'à faire un bon gouvernement provincial.

      La souveraineté? On verra, comme dirait l'autre!

      Si M. Descôteaux n'a rien mentionné sur la souverainté, c'est peut-être justement, qu'il n'y a avait rien à mentionner.

    • Kevin Charron - Inscrit 1 novembre 2012 13 h 49

      Tout à fait M. Lapointe.

      Il y a rien de plus ridicule de dire que «les Québécois ont choisi un gouvernement minoritaire».

      Les gens qui ont voté PQ espéraient un gouvernement majoritaire. Ils souhaitaient que le PQ appliquent l'ensemble de son programme.

      Tout comme ceux qui ont voté CAQ et PLQ souhaitaient que ceux-ci soient majoritaire et qu'ils appliquent l'ensemble de leurs programmes.

      Personne ne souhaite un gouvernement minoritaire lorsqu'il appose sa marque sur le bulletin de vote. Tous souhaitent que la majorité de la population fasse le même choix.

      Nous avons pas la liberté ou le choix entre un gouvernement minoritaire et un gouvernement majoritaire. Ce choix, il nous est tous imposé par la volonté générale qui hors de contrôle des volontés individuelles.

    • Daniel Bouchard - Inscrit 1 novembre 2012 14 h 13

      La souveraineté?? Il y en a qui sont tellement déconnectés! C'est comme si on se meurt de faim, qu'on a pas d'argent et qu'on parle de prendre des vacances dans le sud! C'est exactement la mentalité de ces gens là

    • Georges Washington - Inscrit 1 novembre 2012 20 h 26

      Sur la souveraineté, à ce jour ce gouvernement a plutôt fait reculer cette cause. Quand il manque plus de 10% des voix à exprimer lors d'un référendum pour gagner, ce n'est pas le temps de creuse davantage le fossé qui sépare les partis politiques. Parce que ce 10 ou 15% de voix, il faudra aller le chercher chez ceux qui ne sont pas les partisans du parti en question. Or, nous avons vu depuis le 4 septembre bien des actions d'éclat sur la place publique destinées à convertir les convertis et bien des prises de bec mesquines à l'égard des partis qui forment l'opposition par les partisan du PQ, mais aussi par ses députés et ministres. Cela ne fait que polariser les opinions et rendre encore plus difficile un dialogue avec ces gens qu'il faudrait espérer voir voter oui à un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec.

      Passer ses journées à faire des généralisations indues et des procès d'intention ou des condamnations par associations des opposants du parti, ce n'est pas exactement créer un climat propice pour cheminer vers la souveraineté. A plus forte raison que la position de gouvernement minoritaire ne permet certainement pas d'espérer déclencher un référendum durant ce mandat. Ce gouvernement est là de façon temporaire et la suite dépendra de sa façon de gouverner avec l'opposition pendant les quelques mois qui viennent. C'est mal engagé.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 1 novembre 2012 13 h 02

    Avant le grand jour

    On doit mettre la maison en ordre. C'est ce que fait le gouvernement Marois. On ne peut qu'admirer sa volonté de fer, sa détermination et son courage.

    • Daniel Bouchard - Inscrit 1 novembre 2012 14 h 15

      N'importe quel parti aurait fait la même chose! Dans le contexte ce serait un grand manque d'opportunisme de faire le contraire! Volonté de fer, détermination et courage!!! On repassera!

  • Thomas Sallé Phelippes de La Marnierre - Inscrit 5 novembre 2012 08 h 35

    On ne meurt pas de faim, c'est dans votre tête !

    Arrêtez de dire : la souveraineté, c'est un cadeau, et le Québec est tellement dans le trou qu'on peut pas se l'offrir. Que vous ayez d'autres priorités ? Soit, je peux comprendre tout à fait, je serais même peut-être d'accord avec vous étant donné la corruption. Mais il faut que vous sachiez que l'histoire de la dette est un épouvantail. Je ne dis pas que la dette n'existe pas, mais je dis qu'elle est artificielle, qu'elle n'est pas "notre" faute collective. La dette vient du fait que pour "avoir" de l'argent, les gouvernements empruntent à des banques privées. Autrefois, ils créaient leur argent ex-nihilo pour les besoins de la cause, et puis des abus de ce mécanisme auraient conduit l'argent à ne plus rien valoir, comem ce qui est arrivé aux mark allemand durant l'entre-deux-guerres. Maintenant, les banques privées créent l'argent ex-nihilo au moment où on leur emprunte de l'argent et elles le font disparaître au fur et à mesure que la dette est épongée... et les intérêts payés. Le problème, c'est que l'État ne perdra jamais sa dette, car à cause des intérêts, le gouvernement doit encore emprunter à ces mêmes banques pour les rembourser... mais ils le font à intérêt aussi, ce qui fait que la dette augmente inexorablement. Le seul moyen pour rétablir la situation, c'est de ne plus emprunter de l'argent pour en obtenir, bref, faire comme avant... mais en faisant attention, bien sûr. Quant à la Grève, eh ben la Grèce est dans le trou car le gouvernement grec avait fait une entente avec la banque Golden Sacks, qui a accepté d'aider la Grèce à trafiquer ses comptes, pour avoir une dette qui avait l'air moins grande, pour pouvoir emprunter à meilleur intérêt sur le marché international. La tricherie impliquait un emprunt à Golden Sacks, et ironiquement, c'est en voulant dimunuer sa dette que sa dette a augmenté, car il fallait bien rembourser Golden Sacks. Donc ne ocmparez pas le Québec à la Grèce, ce ne sont pas des cas comparables !