Parti libéral du Québec - Où est le renouveau?

Le Parti libéral du Québec choisira le 17 mars prochain son nouveau chef. Il le fera à l’ancienne, selon les règles d’un autre temps. Chaque association de circonscription enverra ses 24 délégués, dont chaque candidat cherchera à obtenir les votes en bloc. Ce choix n’est pas anodin. Il est conforme à l’ADN de ce parti.

Les partis politiques, tant fédéraux que provinciaux, ont compris ces dernières années qu’en cette ère de démocratie directe où les citoyens peuvent se prononcer sur tout par l’entremise d’Internet, il leur fallait intégrer ce principe à leur fonctionnement, sans quoi ils risquaient d’être désertés. Le Parti québécois a ainsi choisi son chef au suffrage universel en 2005, ce qu’a fait le NPD il y a quelques mois et ce que fera bientôt le Parti libéral du Canada.


Le prétexte invoqué par la direction du PLQ pour rejeter le suffrage universel des membres est la constitution du parti. Il aurait fallu la modifier en congrès, ce qui aurait coûté beaucoup d’argent et retardé le choix d’un nouveau chef. Étonnant tout de même que les militants libéraux n’aient pas réfléchi préalablement à cette question des modalités d’une course au leadership. Ils auraient pu modifier la constitution du parti lors de leur dernier congrès. De deux choses l’une. Soit ils pensaient Jean Charest éternel, soit la formule traditionnelle leur convenait.


La bonne hypothèse est la deuxième, car elle correspond à ce qu’est le PLQ. Ce parti est dirigé du haut vers le bas, contrairement au NPD et au Parti québécois où c’est l’inverse. Pas question de changer cet ordre des choses où la direction du parti s’appuie sur une organisation forte tandis que les membres sont plus souvent réduits à un rôle de spectateurs. Ce sera tout particulièrement le cas dans cette course au leadership où leur rôle se réduira à donner un blanc-seing à des délégués pour voter pour le candidat de leur choix… pour autant qu’ils puissent exercer leur libre arbitre, car, ces cinq prochains mois, ils seront soumis à une intense pression des machines électorales des candidats.


La réalité dans ce type de congrès est que le message des candidats est ce qui a le moins d’importance. Ce qui en a le plus, c’est l’organisation dont dispose un candidat. Le premier mandat de celle-ci est d’aller dès maintenant dans les associations de comté faire élire une « slate » de délégués favorables à son candidat. Ce n’est pas sans raison que le premier geste fait par les candidats déclarés aura été de s’assurer l’appui du plus grand nombre de députés et de présidents de comté dans l’espoir que ceux-ci pourront leur « livrer » des délégués qui leur seront fidèles jusqu’au moment du vote. Fidèles au point de suivre si, durant le congrès, un candidat éliminé décidait de « traverser le plancher » pour aller appuyer l’adversaire d’hier.


Les militants libéraux ont tellement voulu ne rien changer à cette formule traditionnelle qu’ils ont autorisé les candidats à dépenser chacun 100 000 $ pour les dépenses de transport et d’hébergement de « leurs » délégués. Une autre façon de faire aurait été d’augmenter les droits exigés pour être candidat afin de permettre au parti de soutenir financièrement les délégués et les rendre moins dépendants des organisations des candidats.


Raymond Bachand, Pierre Moreau et Philippe Couillard ont tenté, depuis qu’ils ont annoncé leur candidature, de se présenter comme les candidats du changement. Chacun prend ses distances de politiques du gouvernement Charest. Ces cinq prochains mois, ils ne cesseront de parler de renouveau. Malheureusement, ils le feront dans un cadre qui fait douter de la volonté de ce parti de se renouveler. Dommage.

À voir en vidéo