Commission Charbonneau - On s’ajuste!

Y aura-t-il un jour essoufflement dans le rythme des rebondissements qui ont cours à la commission Charbonneau, et autour de celle-ci ? Ce n’est plus un ménage qui est en cours, c’est un grand coup de vent qui balaie des pratiques, des individus et des mentalités. Enfin !

Dès le moment où l’Unité permanente anticorruption est entrée mardi dans l’entreprise Asphalte Desjardins pour y mener une perquisition, le procureur-chef de la commission Charbonneau n’avait plus d’autre choix. Il devait démissionner.


La Presse nous avait appris au début août que Sylvain Lussier avait déjà été l’avocat de l’entreprise dans un dossier qui l’opposait à Tony Accurso en 2008. Peu importe son professionnalisme, la position de Me Lussier en était fragilisée, d’autant que s’y ajoutait sa participation à l’équipe pro-développement du Plan Nord (donc dossiers de construction) de son cabinet d’avocats, et le fait qu’il avait eu la Ville de Montréal (visée par la commission) pour cliente dans son litige contre le vérificateur général.


Dans ces deux cas, Me Lussier s’était retiré des dossiers, non parce que cela allait de soi, mais parce que son implication était rendue publique. Et la commission lui avait gardé sa confiance, réitérée en dépit de la nouvelle du mois d’août.


Sauf que maintenant, l’opération Marteau avance main dans la main avec la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Les perquisitions se multiplient, on n’est plus dans les rumeurs. L’exigence de la patte blanche vient de monter d’un cran. Sylvain Lussier n’avait plus la distance requise quand un de ses anciens clients est aussi montré du doigt.


Curieusement, sa lettre de démission témoigne encore d’un déni de l’évidence. Il y regrette les doutes à son endroit liés « à de possibles apparences de conflits d’intérêts dus à d’anciens dossiers n’ayant aucun rapport avec le mandat de la commission ». Quelle manière étroite d’envisager le problème ! Les dossiers n’ont pas rapport ? Peut-être. Mais les acteurs ? Allons !


C’est bien ce que Lino Zambito nous aura démontré depuis qu’il témoigne : le détricotage d’un bien petit monde, qu’on retrouve partout. Comme il le dit lui-même, les structures changent, les noms de compagnie aussi, et les actionnaires. Mais les acteurs restent, prêts à tirer profit de tout, particulièrement des lacunes du système, et à s’associer aux pires bandits si c’est ainsi que les contrats s’obtiennent.


Le Québécois est donc méfiant, et à bon droit. Que dire du cas de Me Lussier : qu’il n’y a pas assez d’avocats au Québec pour que même le procureur-chef de la commission chargée d’explorer les magouilles ait eu affaire avec une entreprise perquisitionnée ? Que Tony Accurso est à ce point impliqué partout que même un procureur qui a pour mandat de tout démasquer n’a pu éviter de lui être un jour confronté ?


C’est tout ce doute qu’il faut arrêter de nourrir. On commence à prendre la mesure de tout ce qui couvait de malsain au Québec, mais avec une note de retard. Il est temps de s’ajuster.


La commissaire Charbonneau, si rigoureuse, aurait dû avant inviter son procureur-chef à quitter ses fonctions. Tony Accurso, faisant l’objet d’enquête et dénoncé de toutes parts, aurait dû avant se retirer des affaires si le sort de ses milliers d’employés lui tenait autant à coeur que ce qu’il l’affirme dans son communiqué. Le Parti libéral du Québec aurait dû avant manifester son intérêt envers la commission plutôt que de réclamer à retardement un statut de participant, comme s’il avait cru être épargné.


Mais peut-être n’a-t-on pas cru que la commission irait si loin. Et, heureusement, qu’elle n’a pas fini de s’y rendre.

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