Adoption de la taxe Tobin en Europe - La divine surprise

Quinze ans durant, la taxe sur les transactions financières, dite taxe Tobin, fut le serpent de mer de l’économie avant qu’un nombre imposant de pays européens décident, tout récemment, de la transformer en une réalité. Au cours des prochaines semaines la mécanique inhérente à ce projet sera arrêtée avant que d’autres balises soient imposées au secteur bancaire. L’objectif ? Éviter une crise financière à l’image de celle de 2008.


Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et son homologue français, Pierre Moscovici, ont eu droit ces jours-ci à la divine surprise. De quoi s’agit-il ? Davantage de gouvernements que prévu - onze en tout - ont donné leur accord à l’adoption de la taxe sur les transactions financières. En effet, dans les heures antérieures à un sommet des grands argentiers, l’Italie et l’Espagne ont indiqué s’être converties à la proposition formulée il y a plus d’un an - Nicolas Sarkozy était alors président - par le couple franco-allemand. Ici, il faut préciser que l’adoption de la taxe est en réalité le fruit d’un troc politique : si la France votait la discipline budgétaire, l’Allemagne se rangerait à l’idée de la taxe.


Bien évidemment, l’accord intervenu entre les onze nations a fait grincer des dents et surtout suscité un lot de commentaires logeant à l’enseigne de la mauvaise foi. À entendre les Cassandre du projet, celui-ci peut se résumer en une expression et une seule : sainte horreur ! Pourtant, lorsqu’on s’attarde aux pourcentages fixés par les auteurs de la proposition, on réalise qu’il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat. Qu’on y pense : 0,1 % sera prélevé sur les transactions d’actions et obligations et seulement 0,01 % sur les produits dérivés. Les pourcentages sont si timides qu’on est loin, selon Jacques Cossart d’Attac qui milite pour cette taxe depuis des lunes, « d’une taxe, a-t-il confié au quotidien Libération, qui mettra à genoux la spéculation financière. Chaque jour, ce sont plus de 6000 milliards d’euros qui s’échangent sur les marchés financiers au niveau mondial. Or, plus de la moitié de cette somme concerne les produits dérivés, dont le niveau de taxation sera si faible qu’il ne dissuadera pas les spéculateurs ».


Toujours est-il que Londres, figure de proue en Europe de ceux qui partout dans le monde s’opposent à l’introduction d’une telle taxe, entend examiner les conséquences de celle-ci sur la City avant de peaufiner une éventuelle contre-offensive, avec l’espoir que certains pays changeront d’avis. En clair, le gouvernement du premier ministre David Cameron espère que les Pays-Bas, le Luxembourg et la Suède, qui n’adoptent pas la taxe mais ne la combattent pas, changeront d’avis. Ses intérêts bien compris, la City voit poindre à l’horizon, derrière l’épisode Tobin, un train de réglementations susceptibles d’amoindrir effectivement sa force de frappe.


Cette crainte explique probablement l’intervention de Cameron qui, la semaine dernière, se demandait s’il ne serait pas dans l’intérêt du Royaume-Uni de faire une série de gestes qui réduiraient son rôle au sein de l’Union européenne à quelque chose de plus effacé (backseat). À l’évidence, les positions de chacun sur ces sujets et bien d’autres - on pense à l’échec de la fusion envisagée entre le groupe franco-allemand EADS et le britannique BEA - laissent entrevoir des mois de discussions quelque peu embrumés par les égoïsmes nationaux.


Entre Merkel qui articule sa politique en fonction des élections de 2013, Cameron qui jongle avec l’idée d’un référendum sur le maintien dans l’UE et les séquelles de la crise de l’euro, le moins que l’on puisse dire est que l’Europe est actuellement peu lisible.

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