Contentieux entre la Chine et le Japon - La mer des dangers

Des semaines durant, la Chine et le Japon ont poursuivi des rapports de force à ranger dans la catégorie du fleuret moucheté. Au cours des derniers jours, les rapports en question se sont musclés à un point tel qu’ici et là on appréhende un bouleversement violent des relations entre ces deux pays. En fait, entre la Chine et toutes les nations d’Asie.

Le déchaînement de violences à l’endroit d’intérêts japonais situés en Chine, tant l’ambassade que les entreprises, découle d’un épisode tout ce qu’il y a de terrien. Au début du mois, les autorités japonaises ont annoncé avoir acheté trois îles perdues en mer de Chine et qui étaient la propriété d’une personne. Cet échange ayant aiguisé la colère de dirigeants chinois réputés pour être très ombrageux envers tout ce qui a trait aux territoires, ceux-ci ont « couvert », pour ne pas dire « organisé », des manifestations, parfois monstres, dans une quarantaine de villes. À Pékin comme dans les environs, l’organisation d’une manifestation doit recevoir l’aval des autorités.
 

Toujours est-il qu’aux manifestations rythmées fréquemment par des pillages, Pékin a greffé hier un acte lourd de conséquences : trois bateaux, appartenant il est vrai à des ministères autres que celui de la défense, ont violé l’espace territorial japonais pendant que six autres naviguaient à sa périphérie. On s’en doute, les éructations populaires comme l’envoi de la flottille se sont accompagnés de mots, les gros, les pesants, les menaçants, formulés par les mandarins de ce Parti communiste qui a transformé le pays en royaume du capitalisme sauvage.


On évoque cela, cette transformation, parce qu’ici et là il se dit que l’épisode composé avec le Japon dans le rôle du grand méchant est en fait un paravent érigé afin de détourner quelque peu les regards des maux qui affligent les Chinois. Un, le rééquilibrage de l’économie a été un échec. Deux, les inégalités entre les riches et les pauvres sont parmi les plus élevées au monde, etc. Pour reprendre les mots de Valérie Niquet, spécialiste de l’Asie au sein de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, que cite le journal Le Monde, on assiste « au développement d’un sentiment paradoxal de fragilité du régime chinois confronté à des tensions économiques, sociales et politiques. Ce sentiment de fragilité est encore accru par les incertitudes de la transition politique que le 18e congrès du Parti communiste devrait entériner au mois d’octobre ».


Cela souligné, l’épisode en question est également le miroir de la volonté plus que jamais affirmée de la Chine d’asseoir son autorité sur toute la région. À preuve, les provocations martiales que ce pays a multipliées en direction du Vietnam, des Philippines, de l’Indonésie et même des États-Unis au cours des derniers mois. Ces gesticulations, pour rester pondéré, sont le reflet d’un geste qualifié de « dangereux » par l’International Crisis Group (ICG). De quoi s’agit-il ? « L’adoption par la Chine, rapporte l’ICG, d’un cadre légal qui lui permet d’expulser des navires étrangers dans les eaux disputées de la mer de Chine orientale. »


On l’aura compris, la Chine fait peur. À un degré tel que les pays des environs ont fait du pied, au cours des récentes années, à l’autre grande puissance du Pacifique : les États-Unis. À cet égard, il est très important de souligner que la secrétaire d’État, Hillary Clinton, a assuré au Japon, en 2010, que l’archipel qui est au coeur du contentieux avec la Chine était couvert par le traité de défense liant Tokyo à Washington. Il est important également de souligner que, plus tôt cette année, les États-Unis ont signé un accord de coopération militaire avec le… Vietnam. Afin de ne pas être en reste, au début du présent mois, l’Inde et la Chine les ont imités. En un mot, pour reprendre une expression chère aux experts en géopolitique, on observe la confection d’un mille-feuille. Et un énorme.

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3 commentaires
  • Jonathan Vézina - Inscrit 25 septembre 2012 12 h 11

    Cela augure mal

    La Chine et les Indes commencent à coopérer militairement? Si cette coopération devait déboucher sur une alliance, ce serait catastrophique pour le reste du monde, tout comme le pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne-Nazie l'avait été en 1939. Une telle alliance compterait le tier de la population mondiale, et probablement plus de la moitier de production industrielle et de son avoir bancaire. La Chine aurait alors les mains libres pour annexer tous les pays de la région quelle voudrait.

    • Jean-Philippe Lachance - Inscrit 26 septembre 2012 15 h 23

      Et comment, il faut ajouter que la Russie voisine ne marchera pas avec les États-Unis à moins qu'une révolution "colorée" ne survienne. Aussi, l'Inde, la Chine et la Russie sont ce que l'Irak et l'Afghanistant n'étaient pas : des puissances nucléaires et économiques. Ce qui obligerait les États-Unis à choisir entre un conflit direct à l'issue incertaine ou une nouvelle Guerre froide...

  • Jean Boucher - Inscrit 26 septembre 2012 10 h 57

    Une raison du contentieux

    «...c'est toute l'Asie de l'Est et du Sud-Est (Japon, Taiwan, Philippines, Corée du Sud,…) qui, à travers les conflits autour de multiples îlots, est en train de tester la capacité américaine à rester, face à la Chine, une puissance asiatique. »

    http://www.leap2020.eu/GEAB-N-67-est-disponible-Cr