Ambassades partagées - Le drapeau de la reine

Retournons en arrière, et bien loin, puisque c’est le chemin que nous invite à emprunter le gouvernement de Stephen Harper. Il y a plus de cent ans, Henri Bourassa, qui n’était pas encore le fondateur de ce journal mais un fougueux politicien, se bat farouchement pour l’autonomie du Canada face à l’impérialisme britannique. Il déploie son argumentaire sur plusieurs fronts. Le droit à une représentation internationale directe est du nombre.

Il faudra pourtant attendre 1931, avec le Statut de Westminster, pour que le Canada ait enfin le droit à ses propres relations diplomatiques. Jusque-là, même nos liens avec un pays comme la France, privilégiés par l’histoire, étaient sous la tutelle de l’ambassadeur britannique.


Il faudra encore une volonté politique ferme, et sur le long terme, pour que le législatif prenne vie et que le Canada démontre sa capacité de se détacher de l’influence coloniale britannique et de celle, économique, de notre puissant voisin américain. Les Pearson, Trudeau, Mulroney, Chrétien, Martin trouveront tous la manière d’en faire la démonstration.


Lundi, on est tombés dans l’exact contraire. En annonçant le partage avec la Grande-Bretagne de locaux diplomatiques en Birmanie et en Haïti - sans plus, sans façon, juste pour économiser, et c’est tellement plus pratique, etc. -, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a pourtant minimisé ce « petit arrangement ». L’autonomie politique et commerciale de l’un et de l’autre est préservée, nous a-t-il assuré.


Des gouvernements qui se rendent service n’ont en effet rien de nouveau - le Canada vient de confier à l’Italie le soin d’assister les Canadiens présents en Iran, où il a fermé son ambassade. Mais depuis quand en fait-on des conférences de presse ?


Et l’arrangement canado-britannique prévoit bel et bien des drapeaux qui flotteront côte à côte, ce qui est lourd de sens dans le monde diplomatique où chaque détail a valeur de symbole.


D’autant que les conservateurs ne cessent de brûler les ponts sur la scène internationale : incapables d’obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, jouant les trouble-fête dans les rencontres sur l’environnement, convoquant l’ambassadeur de France - un geste fort - pour tenter d’empêcher que les ressortissants d’ici puissent élire leur représentant aux législatives françaises, appuyant sans réserves ni nuance Israël… S’ajoute la reine, qui s’affiche dorénavant dans toutes nos ambassades et dans l’appellation de notre armée, lien politique de papier que les conservateurs ont transformé en marqueur identitaire.


Et où donc logerons-nous maintenant dans le monde ? À deux pas d’un drapeau britannique. Appelons les choses par leur nom : c’est une indépendance politique qui est rognée.


 
11 commentaires
  • Claude Paradis - Abonné 25 septembre 2012 06 h 40

    Gouvernés par des vendus

    N'ayons pas peur des mots, nous sommes gouvernés, à Ottawa, par des vendus, par des traîtres. Il ne nous reste qu'à espérer que, si le Canada marchande ainsi son indépendance, le Québec saura déclarer haut et fort la sienne sans plus tarder!

  • Marie-M Vallée - Inscrite 25 septembre 2012 07 h 50

    Silence radio ????

    Qu'ont à dire ou ne pas dire tous les députés NPD fédéralistes élus ce fameux 2 mai ?

  • Marie-M Vallée - Inscrite 25 septembre 2012 08 h 05

    Lee passeport britannique


    L'indépendance du Canada n'aura été qu'une illusion créée de toute pièce par PET.

    M. Harper ne fait que respecter la constitution canadienne. Il a tout compris.

    Ce sont les Britanniques qui doivent se bidonner et se moquer des Canadiens naïfs qui ont cru à l'indépendance du Canada. D'ailleurs, la monnaie canadienne parle d'elle-même.

    Et si les Canadiens d'origine britannique demandaient leur passeport britannique, afin d'avoir accès à l'Union européenne ?

  • François Dugal - Inscrit 25 septembre 2012 08 h 17

    Avancez en arrière

    Retour vers le passé, le bon vieux temps du «British Empire over wich the sun never sets».
    Ou est rendu l'héritage de Lester B. Pearson?
    Ou s'en va le «plusse meilleur» pays du monde?

  • Rafik Boualam - Inscrit 25 septembre 2012 08 h 51

    une de plus

    Chaque décision que prend le gouvernement du Québec transforme le Canada en un pays que je reconnais de moins en moins. Certes, les questions portant sur les ambassades constituent quelque chose de loin pour le commun des mortels, mais ne vous trompez pas, tout celà fait partie d'un vaste plan conservateur pour transformer l'image même du Canada dans le monde. Vous vous réveillerez un jour, et vous vous poserez la même question que se posent les américains, pourquoi le monde nous déteste tant.
    Bref, chaque décision que prend le gouvernement conservateur rend crédible et acceptable le projet souverainiste.