Gouvernement Marois - La manière Marois

Voilà seulement quatre jours que Pauline Marois est entrée en fonction comme première ministre du Québec, et déjà nous découvrons une autre Pauline Marois. Une Pauline Marois métamorphosée par les nouveaux habits qu’elle a endossés mercredi.

Il y a tellement longtemps que Pauline Marois fait partie de notre paysage politique que l’on ne peut qu’être surpris par le changement de personnalité qui s’est opéré chez elle. À la place du ton doux et conciliant qui était le sien — « je suis une rassembleuse », disait-elle souvent —, la voici devenue femme de décision et d’action, sûre d’elle-même et assumant sans réserve toute l’autorité qui lui vient de sa fonction.


Parfois, l’habit fait le moine. Dans le cas présent, l’énorme pouvoir qui est attaché au titre de premier ministre fait la différence. Quand elle était chef de l’opposition, tout un chacun pouvait contester son autorité, ce dont personne ne s’est privé. Aujourd’hui, elle a le pouvoir de nommer et de dénommer ministres et hauts fonctionnaires. Aucune décision ne sera prise sans son accord. Cela donne de l’assurance.


La métamorphose de sa personnalité politique n’a pas commencé le 4 septembre. En janvier, elle émergeait d’une longue crise interne dont le Parti québécois a le secret. Sa résilience lui avait valu le qualificatif de « dame de béton ». Elle peut prétendre à raison que la victoire du 4 septembre est la sienne. Si cette victoire est incomplète, faute d’avoir obtenu la majorité souhaitée, elle a par contre maintenant les moyens, ceux que lui donne le pouvoir, pour y parvenir.


Dès son discours de victoire le soir du 4 septembre, les Québécois auront trouvé chez la chef péquiste une assurance qu’ils n’avaient pas vue chez elle auparavant. Disparus, les moments d’hésitations et d’incertitude de la campagne électorale. Elle était devenue une femme d’État. Mercredi, ce n’était plus Pauline, comme l’appellent familièrement bien des gens, qui présentait son cabinet, mais madame la première ministre, tout comme lors de sa première conférence de presse jeudi. Rarement aura-t-on vu un nouveau premier ministre passer aussi rapidement à l’action. Si on prévoyait l’annulation rapide de la hausse des droits de scolarité, on ne s’attendait pas à la confirmation de la fermeture de la centrale Gentilly-2. Et vendredi, elle nous montrait qu’elle savait réagir en corrigeant l’erreur de ne pas avoir confié la responsabilité de la région du Centre-du-Québec et Mauricie à un élu de cette région.


Le sous-texte derrière la détermination ainsi affichée de Mme Marois est limpide. L’opposition sait qu’elle est solidement aux commandes et décidée à agir en dépit de son statut minoritaire. Quant aux Québécois, ils savent qu’elle entend tenir ses promesses, y compris les plus exigeantes telle l’atteinte de l’équilibre budgétaire. La contrepartie des annonces de cette semaine est l’impression de précipitation. Les employés de Gentilly-2 le ressentent ainsi. De la même manière, plusieurs se demandent pourquoi avoir annoncé l’annulation immédiate de la taxe santé sans attendre de mieux connaître la situation financière du gouvernement.


« Souples dans les moyens, fermes sur les objectifs », a dit Mme Marois. Bien ! Si en quatre jours, elle nous a convaincus de sa volonté d’atteindre ses objectifs, reste à voir ce qu’il en sera de la souplesse. Ici, l’opposition aura le gros bout du bâton. Déjà elle sait que plusieurs de ses objectifs ne pourront être atteints, dont l’adoption de sa charte de la laïcité ou le cégep en français pour tous, exception faite des anglophones. Elle aura aussi les mêmes difficultés avec le gouvernement Harper, qui déjà a écarté le transfert de l’assurance-emploi au Québec. Imaginons que nous reverrons bientôt se manifester la politicienne conciliante et rassembleuse que Pauline Marois a déjà été.

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25 commentaires
  • Roch Langlois - Abonné 22 septembre 2012 00 h 40

    La fable de Lafontaine...

    Le lièvre et la tortue... On verra, comme dit Legault, si le lièvre (PQ) pourra maintenir la cadence, sa majorité (avance) est bien mince et j'ai bien peur que la tortue, traverse bon premier la ligne d'arrivée. Selon le ton démontré (le programme électoral (PQ) et son bing bang), nous aurons des élections dans un avenir, très, très rapprochés.
    Encore des dépenses exhorbitantes, pour l'État, et surtout pour le compte en banque du contribuable, toujours le dindon de la farce !
    Pôvre... Nous !

    • Yves Corbeil - Inscrit 22 septembre 2012 10 h 20

      Quel beau défaitisme vous nous présentez ce matin, la chance au coureur vous connaissez. Les Libéraux ont eu 9 ans pour nous prouvez qu'ils étaient incapable de gouverner responsablement. Ce sera avec l'accord de gens fermés comme vous que des élections précipités surviendront. J'èspere que vous etes minoritaires les défaitistes.

    • Louka Paradis - Inscrit 22 septembre 2012 10 h 41

      Une relecture de la fable s'impose... En voici la morale : "Rien ne sert de courir ; il faut partir à point..." C'est exactement ce qu'a fait Mme Marois cette semaine. Dans la fable, le lièvre ne commence pas à courir dès le départ, sûr qu'il est de pouvoir l'emporter. Il batifole en chemin, prenant de haut son adversaire la tortue. Mme Marois, au contraire, ne flâne pas avant de se mettre en action. Une fois cela dit, donnons-lui la chance de gouverner avant de juger à l'avance...
      Louka Paradis, Gatineau

  • Carl Bilodeau - Inscrit 22 septembre 2012 00 h 55

    Pas si vite

    Le cégep en français pour tous, exception faite des anglophones? Pas certain que la CAQ ne laissera pas passer cette mesure, quitte à s'abstenir de voter. En effet, cette mesure contenterait plusieurs souverainistes inquiest. Ainsi ces derniers seraient plus enclins à voter CAQ s'ils sentent que le français n'est plus menacé sur le long terme.

  • Jules Roy - Inscrit 22 septembre 2012 06 h 05

    Gentilly 2

    On peut bien croire que les gens sont frustrés à cause surtout des pertes d'emplois engendrés par la fermeture de la centrale.Mais il me semble que la santé des gens a priorité.En tant que payeur de taxes je suis tanné de payer pour faire travailler le monde.Vous ferez comme nous au saguenay quand certaines usines ont fermées, vous vous recyclerez dans d'autres choses.Si dans X années une catastrophe se produit vous allez dire que c'est la faute à Pauline Marois qui n'a pas fermée la centrale!

    • Marie-M Vallée - Inscrite 24 septembre 2012 09 h 04

      En effet, qui s'est préoccupé des fermetures d'usines au Saguenay, il y a quelques années. À ma connaissance bien peu de personnes.

      Et voilà que ce matin on fait tout un plat avec cette fermeture de Gentilly qui, à ma connaissance, faisait consensus au Québec.

      Que se passe-t-il ? Qui tire les ficelles ?

    • Joey Hardy - Inscrit 24 septembre 2012 15 h 59

      Un détail échappe à beaucoup de gens. Nous avons ici une chance inouïe de devenir une sommité internationale dans le démantèlement de Gentilly-1 et Gentilly-2. Les travailleurs et leurs syndicats n'ont qu'à se recycler dans cette nouvelle avenue.

      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

  • Sylvain Lévesque - Abonné 22 septembre 2012 07 h 19

    la différence

    La surprise est dûe au fait qu'on a été habitués pendant presque dix ans à un premier ministre expert de la petite politique, donc au final qui ne faisait jamais grand'chose. Maintenant on a aux commandes un leader politique digne de ce nom, avec des idées et une vision, qui sont incommensurablement plus inspirants.

    • Yves Corbeil - Inscrit 22 septembre 2012 11 h 04

      100% daccord avec vous.

      Aujourdhui nous avons une chef d'état près du peuple et non un petit chef à la solde du patronat.

      Les tergivisations de Madame avant d'etre au pouvoir était normale et stratégique.

      Tu ne dois surtout pas t'enfargé dans les fleurs du tapis avant d'etre au pouvoir (regarder Mitt Romney) et avec tout ce quelle a pu traversé comme épreuve à l'intérieure meme de son parti avant de prendre ce pouvoir qui meme minoritaire lui permettra de nous présenté ses idées et sa vision des choses pour SON peuple.

      Donc tout ceux qui crache sur le parti Québecois, attendez un peu avant de crucifier Mme Marois et pour les patroneux et la capitaleux, bien prenez votre mal en patience car vous n'avez plus le pouvoir et inquiètez vous car il se pourrait que Mme Marois face tellement une bonne job pour le peuple que votre retour au pouvoir soit reporté au calandres grecques.

      Go Mme Marois on est avec vous.

  • France Marcotte - Abonnée 22 septembre 2012 07 h 31

    Un discret parfum de machisme

    Oui, les temps sont durs pour...
    On ne ravale pas des années de...en quelques jours.

    La personnalité de madame aurait «changé» avec la fonction ou même l'habit...

    Une personnalité «ne change pas», chez les femmes non plus.
    Elle s'épanouit, elle se révèle, elle se contient, elle peut être réprimée, mais elle n'est pas interchangeable, comme on ne le dit pas de Lucien Bouchard, par exemple, qui a pourtant viré son capot plus d'une fois au fil des habits endossés.
    On sait bien qu'il est toujours le même.

    Mais on pourrait très bien suggérer qu'avec le pouvoir, les femmes révèlent des aspects méconnus de la féminité. Manquait seulement l'occasion de le faire.

    Les préjugés en prennent un coup, c'est vrai. Mais je crois pouvoir dire que les femmes ne sont nullement surprises, elles, de voir aller madame Marois.
    Au fond, vous non plus sans doute.

    • Louka Paradis - Inscrit 22 septembre 2012 10 h 43

      Très bien observé et très juste. Merci !
      Louka Paradis, Gatineau

    • Ginette Bertrand - Inscrite 22 septembre 2012 21 h 48

      Vous m'enlevez les mots de la bouche, mesdames Marcotte et Paradis.

    • Isabelle Gélinas - Inscrite 24 septembre 2012 18 h 49

      Très juste!