Droits de scolarité - Élever le débat

18h45 jeudi, le tout nouveau ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, a apposé sa signature sur son tout premier décret. Sur son blogue, à l’entrée « Ma première journée en tant que ministre », l’ex-journaliste évoque cet élément fort de sa journée. En paraphant le document, il entraînait l’annulation de la loi-matraque.

Le geste est lourd de sens et de symbole. Plus que la hausse des droits de scolarité, qui a scindé le Québec en deux camps boudeurs, c’est l’imposition de cette loi par des libéraux provocateurs qui a gonflé l’indignation des citoyens. Il est sage et heureux que la première ministre Pauline Marois n’ait pas tardé pour annuler la hausse des droits décrétée par le précédent gouvernement. L’aide financière est maintenue pour la première année, tout simplement parce que les sommes avaient déjà été versées en partie. Voilà pour les décisions, dont nous saluons la portée.


Les réactions maintenant. Les fédérations étudiantes ont crié victoire, se félicitant d’une persistance ayant « payé ». La CLASSE s’est montrée réservée : tant et aussi longtemps que le spectre d’une indexation ne sera pas écarté, le soulagement de ce groupe ne sera pas complet. Les détracteurs des étudiants grincent des dents : la jeunesse revendicatrice n’a pas étudié, n’a pas payé sa hausse et reçoit malgré tout une bonification des prêts ? La honte ! Toutes ces réactions à chaud restent superficielles en comparaison de cette lancinante question : quelle est l’importance de l’enseignement supérieur au Québec ?


Il est donc bien tôt pour sonner le clairon de la victoire. Notre société est encore meurtrie par un printemps trouble ; des étudiants sont grandis par la dernière bourrasque de solidarité, soit, mais leur parcours scolaire fut tronqué ; les universités sont inquiètes de leur essor futur ; et la collectivité n’en a même pas profité pour remonter au passage l’éducation dans la liste de ses valeurs phares…


Dans ce contexte fragile, Pierre Duchesne porte une responsabilité des plus lourdes : pas celle de trancher dans un débat gel-dégel, car cela serait glisser à nouveau en surface. Non. Avec le Sommet sur l’enseignement supérieur et son objectif de « forger un consensus », le ministre a le défi de sortir des ornières habituelles.


Les sentiers déjà empruntés sont autant de pièges. Il lui faut élever le débat, éviter un face-à-face étudiants-recteurs, voué à la stérilité. Voyons d’abord l’importance que vaut l’éducation collégiale et universitaire au Québec. Causons facture ensuite.

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