Attentat au métropolis - L’huile sur le feu

Le nez encore trop collé sur la vitre du 4 septembre dernier, nous voilà occupés à chercher un sens à la tragédie du Métropolis. Deux malheureuses phrases lancées par le suspect Richard Henry Bain, alors que les policiers venaient de l’arrêter, colorent tant le questionnement que les réponses. « It’s f… payback time ! » Puis : « Les Anglais se réveillent ! Les Anglais se réveillent ! »

Et nous voilà collectivement de nouveau étendus sur le divan, à nous tâtonner le bobo linguistique. Si compréhensibles soient-ils - la nature ayant horreur du vide -, ce réflexe et les maladresses qu’il entraîne risquent d’attiser une braise que l’on devrait plutôt s’employer à éteindre. Dans la réflexion, la modération a (aussi) meilleur goût.


L’ironie, cette diablesse s’amusant avec les fils du destin, a voulu que Mme Pauline Marois ait été retirée de manière soudaine de la scène du Métropolis par sa garde rapprochée alors qu’elle venait de tendre la main à la communauté anglophone : « Je voudrais dire ceci à nos compatriotes québécois de la communauté anglophone. Et je voudrais que vous m’entendiez bien. To my fellow Anglo-Quebecers, I say : “Don’t worry. Your rights will be fully protected. We share the same history and I want us to shape together our common future.” »


Dans l’analyse, les dérapages se multiplient depuis, d’un côté comme de l’autre d’ailleurs. Le spectre du « racisme » est brandi pour résumer le PQ. On peint les « Anglos » comme un bloc monolithique prêt à déserter le Québec - lire en page Idées une voix anglophone qui offre un rafraîchissant contraste, et il y en a d’autres ! L’écho médiatique contribue à créer une enflure s’éloignant des positions plus modérées du terrain. On s’accroche aux réseaux sociaux comme s’ils constituaient un véridique pouls social, alors qu’ils véhiculent mieux les coups de gueule que les analyses posées.


Ne nous extirpions-nous pas pourtant tout juste d’un printemps chaotique où les dérapages ont été dénoncés ? Et cela, tant dans le choix des mots qui ne cadraient pas avec la réalité - la « violence » et l’« intimidation » serinées pour parler d’un mouvement entier - que dans la propension des médias, traditionnels et sociaux, à montrer le spectaculaire, si anecdotique soit-il ?


Le rapport Bouchard-Taylor avait noté dans la saga des accommodements raisonnables cette tendance des médias à transformer parfois jusqu’à la caricature des situations d’accommodement qui n’en étaient pas, contribuant à nourrir le dérapage et à forger les préjugés. Au feu linguistique, qui a déjà brûlé trop fort au Québec, n’ajoutons aucune huile.

27 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 11 septembre 2012 05 h 44

    Veuillez vous étendre...

    «Et nous voilà collectivement de nouveau étendus sur le divan...»

    J'aimerais vous faire remarquer que, sur le divan, ce n'est pas nous qui avons tenus à nous y voir étendre.

    C'est vrais que, étendus, nous serions plus dociles que debout.

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 septembre 2012 11 h 41

      Quand une personne s'étend sur le "divan" c'est qu'elle est disposée à comprendre quelque chose sur elle-même dans son rapport avec l'Autre.

      Elle demeure donc "debout" mais étendue, ce qui est loin d'être une forme de docilité !

    • France Marcotte - Abonnée 11 septembre 2012 20 h 03

      Désolée, j'étais mal réveillée en écrivant.

      Reprenons:
      J'aimerais vous faire remarquer que, sur le divan (du psy), ce n'est pas nous qui avons tenu à s'y faire étendre.

      C'est vrai que, étendus, nous serions plus dociles que debout.


      Là dessus, bonne nuit.

  • Pierre Laliberte - Abonné 11 septembre 2012 07 h 29

    De quoi avons-nous peur?

    À voir la pléiade de commenteurs/trices nous seriner que l'attentat de Bain n'est qu'un geste isolé dont il ne faudrait surtout pas déduire quoi que ce soit, je trouve qu'il y a là une une forme de déni.

    La mentalité d'assiégé d'une trop grande partie de la communauté anglophone du Québec et son incompréhension de la réalité québécoise francophone n'est rien de moins que stupéfiante quarante-cinq ans après le choc de la loi 101. Que des énormités haineuses puissent être dites à propos de Pauline Marois et de son parti (après plus de quatre mandats au pouvoir depuis 1976) en dit long non seulement sur le pouvoir de "distortion" des débats par les médias, mais aussi sur les préjugés tenaces qui demeurent. Les "loups solitaires" n'opèrent pas dans un vacuum social, et Bain a trouvé tout ce dont il avait besoin pour se sentir justifier dans son délire.

    Ce qui désole, c'est le constat que fait Erin Moores dans sa lettre au Devoir quand elle déplore qu'aucune voix modérée ne se soit fait entendre dans la communauté anglophone depuis l'attentat du 4 septembre. Symptôme de quoi au juste? Je laisse le soin à nos grands analystes de nous donner des éléments de réponse...

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 septembre 2012 11 h 45

      Je crois qu'il y a du vrai dans ceci "Les "loups solitaires" n'opèrent pas dans un vacuum social, et Bain a trouvé tout ce dont il avait besoin pour se sentir justifier dans son délire." mais je crois que c'est encore trop complexe pour y trouver une seule vraie réponse (?).

  • Bernard Gervais - Inscrit 11 septembre 2012 07 h 53

    Rafraîchissant, mais...

    Je viens de lire le texte de la section Idée auquel vous référez dans votre éditorial.

    Rafraîchissant en effet, mais on dirait une exception, la voix d'un homme qui parle seul dans le désert, surtout quand on lit les nombreux commentaires - souvent haineux - à l'égard du Québec et des souverainistes qu'on retrouve sur les sites Web de plusieurs journaux du ROC !

    • Jean Boucher - Inscrit 11 septembre 2012 10 h 45

      Regardons dans notre cour.

      Depuis février les nombreux propos de plusieurs commentateurs de la SRC, TVA et radios poubelles envers Mme Marois ont été aussi pire sinon davantage. La couverture de la grève
      des étudiants et des élections générales par "nos" médias a été...Je n'ose écrire le mot. :-(]

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 septembre 2012 11 h 51

      Il faut attribuer en partie cette haine plus qu'apprivoisée, en partie à Charest, mais aussi au reste du Canada (avec Charest, refusant d'envisager la séparation du Québec du Canada, ou de la légitimer ! Ils paniquent devant cette éventualité, ce qui se manifeste par des propos haineux ou démagogiques ou mensongers !

      Mais ceci n'est encore qu'une partie du problème, et je crois effectivement que vous pouvez y ajouter certains médias qui auraient négliger de faire un travail honnête !

      Tout n'est pas dit, admettons-le !

    • France Marcotte - Abonnée 11 septembre 2012 20 h 07

      M.Gervais,

      L'auteur anglophone de la lettre est une femme.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 septembre 2012 07 h 56

    De quoi avez-vous peur?


    Si je vous ai bien compris madame Chouinard il faut glisser le problème sous le tapis ou laisser les experts en traiter parce que le sujet serait trop explosif.

    En d'autres termes vous semblez préférer tenter d'étouffer le problème parce que vous avez peur que ça vire mal.

    Entre vous et moi, je ne trouve pas une telle attitude très courageuse.

    Ce n'est pas parce qu'un problème est sérieux qu'il faut le fuir.

    Une telle attitude ne peut à mon avis que l'aggraver le problème.

    La bonne entente à tout prix ne fait que reporter le problème à plus tard.

    Peut-être vous ai-je mal comprise.

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 septembre 2012 11 h 57

      L'on devrait réfléchir à votre propos, ce qui nous condirait à s'interroger sur la raison profonde qui nous empêche de voter oui à un référendum: la peur de la chicane, du chaos ou de perdre matériellement ou notre confort (ce sur quoi on joue énormément!), tout en refusant de redresser l'échine en se montrant fiers de ce que nous sommes, tout en espérant qu'on finira bien par respecter nos droits en tant que nation québécois !

      aspirant au respect de notre natuion à savce e

  • Mathieu Lafleur - Inscrit 11 septembre 2012 08 h 05

    Cet attentat a un nom

    c'est un attentat haineux. point. Qu'il soit isolé ou non ca reste un geste motivé par la haine

    • Solange Bolduc - Inscrite 11 septembre 2012 12 h 00

      Au départ, le meurtrier projette certainement de la haine envers soi-même ! La haine envers les autres n'arrive pas tout seul ! Les motifs personnels doivent certainement y jouer pour beaucoup!