Gouvernement Marois - Parité obligée

La chef du Parti québécois formera son gouvernement dans les prochains jours. À partir d'un groupe restreint de 53 députés, elle doit constituer un cabinet de guerre pour affronter une opposition largement majoritaire susceptible de faire tomber ce gouvernement à tout moment. Rarement une opération aura été aussi délicate à mener pour un premier ministre désigné.

Pauline Marois ne doit pas se faire d’illusions. Si les mots coopération et cohabitation sont les mantras du jour dans la bouche de tous les chefs de partis, la réalité est la suivante. Le 4 septembre n’ayant pas fait de véritable gagnant, la lutte pour le pouvoir se poursuivra sur le parquet de l’Assemblée nationale jusqu’au jour où le fruit sera mûr pour de nouvelles élections. Certes, gouvernement et opposition coopéreront, mais les compromis s’obtiendront à la force du poignet. Son gouvernement devra donc être sur un pied de guerre constant, quitte à jouer tantôt de l’ouverture, tantôt de la détermination pour faire adopter son programme législatif.


Le conseil des ministres que formera Mme Marois devra être aguerri. Ce n’est pas le temps de commencer à distribuer des récompenses pour services rendus. Elle n’aura d’ailleurs pas le luxe de multiplier les portefeuilles. Il lui faudra manifester la simplicité volontaire qui est attendue en période de déficit budgétaire et éviter de vider son arrière-ban de députés. Au lieu des 26 ministres libéraux, un cabinet de 18 ou 20 ministres suffirait. Il lui faut éviter les idées de superministères, que d’autres premiers ministres péquistes ont créés pour se donner une image de modernité, mais qui dans les faits auront compliqué le bon fonctionnement de l’appareil.


Des candidats compétents se trouvent dans l’équipe péquiste. Il lui faut choisir les meilleurs et les plus expérimentés. En plus de Mme Marois, trois autres élus ont une expérience ministérielle étendue, tandis que plusieurs autres ont par leur travail de critiques dans l’opposition, ou par leurs activités professionnelles, une connaissance poussée des dossiers qui pourraient leur être confiés, comme le Dr Réjean Hébert, qui est destiné en toute logique à être ministre de la Santé.


Un passage obligé pour la première femme à occuper la fonction de première ministre sera l’atteinte de la parité hommes-femmes au sein de son conseil des ministres. Si Jean Charest a pu composer le premier cabinet paritaire au Canada - dont la compétence ne fut jamais mise en doute -, il n’y a pas de raison que Pauline Marois ne l’imite pas, surtout qu’elle compte parmi ses élues huit ou neuf candidates qui ont le profil nécessaire. Parmi elles, Agnès Maltais, Marie Malavoy, Martine Ouellet, Véronique Hivon, Diane De Courcy, Nicole Léger, Suzanne Proulx, Marie Bouillé, Élaine Zakaïb.


Sur le plan des valeurs, il y aurait là un message qui pour les communautés culturelles, comme pour l’ensemble des Québécois, serait plus éloquent que n’importe quelle charte de la laïcité que pourrait adopter l’Assemblée nationale. La guerre de tranchées parlementaire à laquelle se livreront opposition et gouvernement aura un effet paralysant sur l’action de celui-ci. Nul doute qu’il ne lui sera pas possible de faire adopter une telle charte ni de réaliser bien d’autres engagements. Mais les Québécois ne seront pas insensibles à tous les gestes qui donneront une portée concrète aux valeurs de notre société.

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