Élections du 4 septembre - Les mains liées

Les péquistes doivent leur retour au pouvoir pour beaucoup à leur chef. La Pauline Marois dont plusieurs militants, doutant de sa capacité de gagner cette élection, réclamaient la démission a sauvé son parti du pénible retour en arrière que laissait présager la division au sein des rangs souverainistes. Sa persévérance a porté ses fruits.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les péquistes doivent leur retour au pouvoir pour beaucoup à leur chef. La Pauline Marois dont plusieurs militants, doutant de sa capacité de gagner cette élection, réclamaient la démission a sauvé son parti du pénible retour en arrière que laissait présager la division au sein des rangs souverainistes. Sa persévérance a porté ses fruits.

Le premier ministre Jean Charest a perdu son pari de se voir confier un quatrième mandat, subissant la défaite aux mains du Parti québécois qui formera un gouvernement minoritaire. Une défaite aux allures de victoire morale dans la mesure où le résultat de cette élection s’approche du match nul tant les suffrages exprimés sont partagés presque également.

Cette élection n’était gagnée d’avance pour personne, même si la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’elle soit perdue par le Parti libéral tant son gouvernement avait été impopulaire au cours des dernières années, alors que deux Québécois sur trois étaient insatisfaits de son action. En toute logique, il aurait dû être désavoué, ce qui n’a pas été le cas.
 

Le Parti libéral a toujours été un grand parti et, le résultat de cette élection le confirme, il le demeure. Il peut compter sur un vote fédéraliste solide. Il est implanté dans tout le Québec et, surtout, il possède une machine électorale toujours aussi bien rodée qui lui a permis d’éviter le pire des scénarios, soit le « remake » de l’élection de 1976 où il avait été chassé ignominieusement du pouvoir.


Relégué au rôle d’opposition officielle, qui lui revient tant par le nombre de sièges que par le nombre de suffrages obtenus, le Parti libéral est en bonne position pour prétendre à nouveau au pouvoir à la prochaine occasion. Il fait toujours partie de l’équation politique québécoise, qui, toutefois, comporte désormais trois partis de force presque égale. Le résultat obtenu par la Coalition avenir Québec (CAQ) quant au nombre de sièges n’est certes pas à la hauteur des attentes de ses militants, mais il ne faudra pas oublier l’appui reçu de 28 % des Québécois. Ce n’est pas la fin de l’histoire pour ce parti qui a été privé d’une représentation équitable à l’Assemblée nationale par notre mode de scrutin.


***

Cette élection n’était pas gagnée d’avance. Les électeurs avaient un choix à faire entre trois partis qui ont eu, plus qu’à d’autres élections, la capacité de se faire entendre et de présenter leur programme. Obtenue à l’arraché, la victoire du Parti québécois n’est pas le fruit de la traditionnelle alternance entre deux grands partis. Le bipartisme n’est plus.


Les péquistes doivent leur retour au pouvoir pour beaucoup à leur chef. La Pauline Marois dont plusieurs militants, doutant de sa capacité de gagner cette élection, réclamaient la démission a sauvé son parti du pénible retour en arrière que laissait présager la division au sein des rangs souverainistes. Sa persévérance a porté ses fruits. Cette campagne, elle l’a menée à sa manière, sur les thèmes qu’elle avait choisis. Elle peut prétendre que le résultat de l’élection lui appartient. Cette première place lui donnera l’ascendant qui lui faisait défaut sur son parti.


Cette victoire n’est bien évidemment pas le bout de la route pour Pauline Marois. Les difficultés commencent aujourd’hui. Il lui faudra d’abord obtenir la confiance de la Chambre. Techniquement, libéraux et caquistes pourraient lui ravir le pouvoir à tout moment en formant un gouvernement de coalition, ce qui est aujourd’hui hautement improbable. Elle pourrait devoir recourir rapidement à de nouvelles élections.


La chef péquiste devra apprendre à gouverner dans ce contexte minoritaire. D’instinct et par conviction, elle voudra adopter des politiques progressistes et avancer sur la voie de la souveraineté, comme elle s’y est engagée en campagne électorale. Elle ne le pourra, à moins de vouloir imiter le style de gouvernement minoritaire pratiqué par les conservateurs à Ottawa de 2006 à 2011 et de gouverner à coups de décrets et de coups de force parlementaires en comptant sur la division de l’opposition. Cela, les Québécois ne l’apprécieraient pas plus qu’ils ne l’ont apprécié lorsque le premier ministre Harper l’a fait. Elle devra se replier au centre et mettre de côté plusieurs de ses engagements électoraux. En fait, elle a les mains liées. Même pour rescinder la loi 78, comme elle s’y est engagée en campagne, elle devra convaincre libéraux et caquistes. N’y comptons pas.


Dans un tel contexte, la nouvelle première ministre devra faire preuve de sens politique, apprendre la cohabitation avec ses adversaires. Son meilleur allié sera l’électorat qui ne voudra pas d’une élection précipitée. Cela lui donnera le temps de rallier les Québécois autour de son gouvernement et de ses politiques. Elle devra mettre de côté ses habits de chef de l’opposition pour adopter ceux de première ministre, qui impose d’être « première ministre de tous les Québécois », comme le veut le cliché. En cela, elle peut prendre modèle sur Jean Charest lorsqu’il eut en 2007 à gouverner en situation minoritaire. Après quelques mois de cohabitation paisible, il obtenait ce mandat majoritaire qui lui a échappé hier.


20 commentaires
  • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 5 septembre 2012 04 h 25

    Ne pas se laisser faire

    Le PQ devra en adopter des décrets s'il veut le moindrement gouverner.
    Et puis la confrontation est le propre des parlements. La méthode minoritaire de S.Harper à du bon il est devenu majoritaire en 2011.
    La politique du centre n'est pas d'adopter les projets d'une coalition libéralo-caquiste informelle non plus. Le gouvernement minoritaire péquiste ne peut pas ne rien faire, il devra agir avec stratégie et avancer ses pions comme les conservateurs l'ont fait. Caquistes et libéraux ne feront pas facilement des compromis et on le sait.

    Le PQ aura charge de faire porter l'odieux de l'immobilisme à l'opposition libéralo-caquiste c'est ça la politique.

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 septembre 2012 05 h 56

    Oui mais...

    Les souverainistes se satisferont-ils eux-même d'une gouvernance "provinciale" au nom de laquelle Pauline Marois se présentera au Conseil de la fédération pour harmoniser ses demandes avec les autres premiers et premières mnistres.

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 septembre 2012 06 h 14

    Ce que pense Ottawa...

    Voici un peu d'information denant de l'Ouest...


    Le 4 septembre 2012
    Ottawa (Ontario)

    Le Premier ministre Stephen Harper a fait la déclaration suivante aujourd’hui sur les résultats de l’élection provinciale au Québec :
    « Les Québécois et les Québécoises ont pris la décision d’élire un gouvernement minoritaire dirigé par le Parti québécois.

    « Au nom du gouvernement du Canada, j’aimerais féliciter Pauline Marois pour sa victoire électorale et les autres candidats pour avoir pris part à ce processus démocratique.

    « Nous ne croyons pas que les Québécois veuillent rouvrir les vieilles chicanes constitutionnelles du passé.

    « Notre gouvernement va demeurer concentré sur l’emploi, la croissance économique et la bonne gestion de l'économie.

    « Nous croyons que les enjeux économiques et l’emploi sont également les priorités des Québécois.

    « En ce sens, nous continuerons de travailler avec le gouvernement du Québec sur nos objectifs communs.

    « J’aimerais aussi remercier le premier ministre sortant Jean Charest de son leadership et de son dévouement à l’égard des Québécois et Québécoises. »

    • Bernard Dupuis - Abonné 5 septembre 2012 08 h 45

      Éviter les désaccords

      Pour les fédéralistes et les Canadiens anglophones, les discussions constitutionnelles sont maintenant assimilées à de simples «vieilles chicanes». Alors que la constitution fut verrouillée sans l'accord des représentants de nations autochtones et des représentants de la nation québécoise, ils ne disaient pas la même chose. La constitution leur apparaissait comme une chose quasi sacrée. Il fallait les voir à Londres essayer de convaincre les députés britanniques de voter en faveur du rapatriement unilatéral de la constitution...

      Sous prétexte d'éviter les «vieilles chicanes», ces fédéralistes et Canadiens anglophones veulent en réalité éviter les désaccords afin de mieux imposer leurs points de vue et maintenir plus facilement le Québec dans un état d'infériorité politique, économique et culturelle.

      Bernard Dupuis, Berthierville

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 septembre 2012 06 h 23

    Est-ce que ce n'est pas le monde à l'envers...?

    Un parti obient 31% d'appui populaire et fait élire 54 députés sur 125, tandis que l'Opposition obtient 64% d'appuis officiell et compte 71 députés. Qui gouverne...? Le parti qui a obtenu l'appui de moins du tiers de la population et qui comptera plus de ministres que de députés ordinaires.

    • Raymond Chalifoux - Abonné 5 septembre 2012 07 h 08

      Et au Canada, il s'est passé quoi, la dernière fois?

    • François Dugal - Inscrit 5 septembre 2012 08 h 23

      Le parti (PLQ) qui obtient 31% des voix fait élire 50 députés.
      Le PQ (33%) obtient 54 députés.

    • Francis Paradis - Inscrit 5 septembre 2012 13 h 15

      Charest était majoritaire avec 42% des votes... ça en laisse 58% a l'opposition. Même dynamique.

    • Loraine King - Inscrite 5 septembre 2012 14 h 30

      Evidemment, puisque nous ne votons pas pour des partis. Nous votons pour des personnes, et celui qui obtient le plus de votes gagne. C'est pourtant simple, quoi que peut-être pas si simple pour les idéolgues et les radicaux.

  • Michel Lebel - Abonné 5 septembre 2012 06 h 23

    Le surprenant PLQ

    Le plus surprenant dans cette élection est je crois la très bonne tenue du Pari libéral, malgré l'évidente usure du gouvernement Charest et la présence de la CAQ. Comme beaucoup d'observateurs, je m'atttendais à une défaite assez cinglante du PLQ. Cela prouve peut-être plus que jamais qu'il faut se méfier du courant médiatique dominant. La population a sa façon à elle de juger les politiciens et les politiciennes. Pour le reste, je prévois beaucoup de turbulences à venir et un gouvernement minoritaire péquiste de bien courte durée.

    Michel Lebel

    • Claude Smith - Abonné 5 septembre 2012 09 h 00

      Vous parlez de courant médiatique dominant. Personnellement, je ne vois pas comment ce courant favorise les partis de gauche, notamment le parti québécois. Je pense aux radios poubelles de Québec, la Presse et le Journal de Montréal et de Québec.

      Claude Smith

    • Michel Lebel - Abonné 5 septembre 2012 10 h 49

      @ Claude Smith,

      Plusieurs journalistes de La Presse, ceux du Devoir, bien des journalistes de RDI et Radio-Canada, manifestaient un biais anti-Jean Charest et anti-PLQ. De même que plusieurs artistes. Alors, ça fait pas mal de monde des médias! Ceci me paraît une évidence, mais je crois bien que le dicton voulant qu'il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir s'applique ici à bien des observateurs et à plusieurs gens des médias. Et je constate aussi, par le vote exprimé, que de nombreux citoyens ont sans doute trouvé exagéré le traitement fort négatif accordé au premier ministre et au PLQ.

      Michel Lebel

    • Francis Paradis - Inscrit 5 septembre 2012 13 h 18

      Monsieur Lebel,
      TVA et les autres médias de Québécor ont propulsé la CAQ a un niveau incroyable, entre autres en le faisant participer au débat alors que le chef n'était pas élu et que le parti n'avait jamais recu de suffrages.
      Comme le dit le dicton, on voit la paille dans l'oeil du voisin mais pas la poutre dans le sien.

    • Pierre Denis - Inscrit 5 septembre 2012 15 h 22

      Le surprenant PLQ a tout simplement profité de notre mode de scrutin déficient et de son réseau d'organisateurs expérimentés. On a qu'à regarder la carte de Montréal pour voir dans quelles circonscriptions et avec quelles majorités ridicules certains candidats du PLQ ont réussi à se faire élire (y'a des chiffres qui sont presque dignes des anciennes élections soviétiques - par exemple dans D'Arcy - Mc Gee). Comme quoi même un cochon pourraît se faire élire dans certains comtés, tellement on y vote aveuglément par idéologie. Il est temps que l'on réforme le mode de scrutin et qu'on élimine le financement privé de l'équation afin d'obtenir des résultats correspondant à la réalité des choses.