Élections du 4 septembre - Pour l’expérience

Le 4 septembre, un réel choix s’offre aux Québécois, alors que trois partis, aux visions très constrastées, se disputent le privilège de former le prochain gouvernement. Mettons de côté toutes ces promesses racoleuses qu’ils nous ont faites pour choisir plutôt le parti qui nous semble le plus apte à assurer le progrès du Québec.


Le Parti libéral de Jean Charest réclame un quatrième mandat. Ce parti n’a certes pas tous les défauts que l’on dit. Dans ce dernier mandat, il s’est attelé au redressement des finances publiques, ce en quoi il a bien réussi. De même pour l’emploi, où son programme d’infrastructures est arrivé à point nommé à la veille d’une récession. Son Plan Nord, même s’il fait miroiter un eldorado incertain, témoigne d’une préoccupation pour le développement économique.


À ce beau côté des choses, il y a toutefois un envers. Le gouvernement Charest est usé. Déserté par plusieurs de ses meilleurs éléments, il n’est que l’ombre de ce qu’il était il y a neuf ans. Son programme anémique se résume à la continuité. Si certains peuvent traduire ce mot par stabilité, rien n’est moins certain. Lui manque la capacité de rassembler. Le lien de confiance avec les Québécois s’est irrémédiablement brisé. Cinq semaines de campagne ne pouvaient suffire à faire oublier tous les heurts qu’il a eus avec la société civile, dont cette crise étudiante qu’il n’a pas su apaiser avant qu’elle ne dégénère. Ni cette appropriation des outils de l’État à des fins partisanes qu’il s’est permise. Ni son incapacité de réagir avec vigueur aux allégations de collusion et de corruption dans l’industrie de la construction. Ce parti a grand besoin de retourner dans l’opposition.


En d’autres temps, la majorité des Québécois se tourneraient spontanément vers le Parti québécois pour remplacer le Parti libéral. Le bipartisme, avec sa règle d’alternance, cède la place aujourd’hui à un multipartisme duquel a émergé, avec une force inattendue, la Coalition avenir Québec. Elle répond visiblement à un désir de renouveau dans la politique. Avant de lui donner son vote, il faut se demander si ce parti est prêt à assumer le pouvoir. Son chef, François Legault, a indéniablement des qualités de leader. Porté par son ambition de devenir premier ministre, il s’est investi totalement dans son parti et dans cette campagne. Il est toutefois le seul au sein de son équipe de candidats à avoir une expérience ministérielle. À part les Jacques Duchesneau et Gaétan Barrette, on ne sait qui seraient les principales figures du gouvernement qu’il formerait. Celui-ci aurait un long apprentissage à effectuer.


La prétention de la Coalition est de réussir là où le Parti libéral a échoué. « Nous on est capables, nous on va le faire », a répété inlassablement François Legault à propos du grand ménage qu’il engagerait à Hydro-Québec et dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Certes, l’intention est généreuse, car le but recherché n’est pas « moins d’État ». Il veut se donner les moyens d’agir pour mettre fin au décrochage scolaire et à cet autre grand décrochage qu’est la pénurie des médecins de famille. Mais le volontarisme ne suffit pas. L’opération n’est pas que comptable. On évacue ici les complexités des grandes organisations gouvernementales et les tensions qu’une opération faite à la hache plutôt qu’au scalpel entraînera. Ce parti ne nous apparaît pas encore prêt à assumer le pouvoir.


***


Le mérite de l’alternance est l’aspect rédempteur que produit un long passage dans le purgatoire de l’opposition, comme vient d’en traverser le Parti québécois. Celui-ci n’en ressort pas radicalement transformé sur le plan des idées. Il est toujours social-démocrate et toujours souverainiste, et c’est bien ainsi. Ces neuf dernières années ont toutefois produit un changement de la garde bienvenu. Ce sont des hommes et des femmes issus d’une génération autre que celle de ses fondateurs qui constituent son équipe de candidats. Ils se sont aguerris sur les banquettes de l’opposition, où ils ont pu acquérir une connaissance approfondie de leurs dossiers. Ils ont à leur tête une politicienne de grande expérience qui a dirigé de nombreux ministères. Pauline Marois est prête à assumer la direction du gouvernement du Québec. Elle ne dégage pas le charisme qui a caractérisé les grands chefs du Parti québécois et elle ne suscite pas l’enthousiasme. En revanche, elle est persévérante et elle sait rassembler, ce qui lui a permis de réaliser comme ministre de grandes réformes sans susciter de heurts ni de tensions sociales.


Le Parti québécois se distingue aussi par sa volonté d’affirmation nationale, qu’il s’agisse de défendre la culture et la langue française, mais également sur le plan économique, notamment au chapitre de la gestion de nos ressources naturelles. Il est des gestes qui doivent être posés pour renforcer la loi 101, gestes auxquels la CAQ et le Parti libéral se refusent. De même pour les pouvoirs et compétences du Québec, dont on peut être certain qu’ils seront défendus avec ardeur par ce parti dont l’objectif est d’en faire un pays.


La tenue d’un référendum n’est pas pour demain. Pauline Marois, qui ne veut pas d’un troisième référendum perdu, sait que les Québécois n’y sont pas prêts. Le démontre bien le comportement attendu des électeurs le 4 septembre, qui s’apprêtent à partager leurs voix de façon presque égale entre les trois principaux partis. Ils signalent ainsi qu’ils ne veulent pas être bousculés, pas plus par la CAQ, avec son grand ménage que par le PQ, avec un débat précipité sur la souveraineté. Les attentes des Québécois sont autres. Ils veulent un gouvernement qui répond d’abord à leurs besoins en santé, en éducation, en environnement, pour des services de garde. Un gouvernement qui préserve l’équilibre des finances publiques. Un gouvernement intègre et honnête. Nous croyons qu’aujourd’hui ce parti est celui qui peut le mieux servir le bien commun. Cet appui n’est toutefois pas sans réserve et ne constitue pas une adhésion à tous les éléments de son programme. Nous saurons exercer notre devoir de critique dans l’avenir.


***


Ce prochain gouvernement sera-t-il minoritaire ou majoritaire ? On voudra qu’il soit majoritaire, cela est garant de stabilité. Pour s’en assurer, le Parti québécois appelle au « vote utile ». Ultimement, un « vote utile » sera un vote de conviction si l’on croit que se rallier au parti qui a le plus de chances de remporter la victoire est ce qui est le mieux pour le Québec. Mais il est tout aussi utile de voter pour un parti qui porte ses convictions profondes, peu importe qu’il n’ait aucune chance de former le gouvernement. En ce sens, les tiers partis comme Option nationale et Québec solidaire ont leur place à l’Assemblée nationale. Il y aura dans le prochain parlement une opposition forte. Il est souhaitable que toutes les tendances y aient leur place.

À voir en vidéo