Élections 2012 - L’activisme économique

Rarement dans l’histoire récente du Québec a-t-on assisté à une campagne électorale où le thème de l’emploi était aussi absent. La conjoncture est-elle à ce point réjouissante, ou n’est-ce pas plutôt que les partis s’en remettent aux recettes traditionnelles marquées au sceau d’un interventionnisme à tout crin malgré des résultats médiocres ?


Selon les résultats du sondage Léger Marketing du 17 août dernier, l’emploi occupe le cinquième rang dans les priorités des Québécois, loin derrière la santé et la corruption, voire derrière la baisse des impôts.


Curieusement, ce sont les partisans de Québec solidaire qui accordent le moins d’importance à l’emploi dans le même sondage, avec 6 % seulement des leurs qui placent ce thème en tête de leurs préoccupations, contre 18 % des électeurs libéraux, 9 % des caquistes et 8 % des péquistes. Pour les partisans de QS, c’est l’environnement et les droits de scolarité qui sont jugés prioritaires par 38 et 33 % des répondants, ce qui est révélateur de leur origine sociale.


On peut comprendre qu’à 7,6 % le mois dernier, l’emploi ne retienne pas l’attention. Pourtant, le taux de chômage frôle 14 % chez les moins de 25 ans et l’activité économique montre des signes de faiblesse inquiétants.


Ce qui frappe le plus dans les propositions des partis, c’est l’absence de vision d’ensemble de la conjoncture mondiale et, par conséquent, de stratégies pour aborder la prochaine décennie. Il y a bien ce Plan Nord libéral, mais à 20 000 emplois créés ou maintenus sur une période de 25 ans, on aurait tort de compter sur ça pour répondre aux besoins des centaines de milliers de jeunes et moins jeunes qui entreront sur le marché du travail.


À entendre les partis, c’est comme si le Québec était un grand verger productif dont il suffisait de cueillir les fruits par le truchement des redevances minières et des impôts pour se payer tous les services dont nous rêvons.


Naïveté ou aveuglement ? Parlons plutôt de crise des idées.


D’une formation à l’autre, les mesures proposées se ressemblent beaucoup, allant du crédit d’impôt traditionnel et quasi inconditionnel à la création d’une banque d’investissements (Parti québécois), en passant par une foule de nouveaux fonds comme le Fonds Ambition Québec (PLQ), le Fonds stratégique d’investissement (PQ) et le Fonds d’investissement des ressources naturelles (CAQ). Tous alimentés par les épargnes de la Caisse de dépôt ou les emprunts d’Investissement Québec, qui est en train de redevenir la mégastructure de financement étatique d’antan.


Malheureusement, personne n’est en mesure de faire la démonstration que ces nouveaux fonds seront plus efficaces que ceux qui existent déjà.


Alors que dans la plupart des pays développés, on tente de restreindre les interventions directes de l’État pour les remplacer par des mesures d’accompagnement simples et transparentes assorties d’une fiscalité concurrentielle, le tout axé sur la productivité et l’emploi, au Québec, les partis recommencent à promettre des sommes astronomiques sans trop exiger en retour. C’est à se demander s’il ne s’agit pas de pur activisme économique.

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10 commentaires
  • Claude Smith - Abonné 30 août 2012 09 h 03

    Les interventions directes de l'État

    Vous dites que, dans la plupart des pays développés, on tente de restreindre les interventions directes de l'État.... La question que je me pose, est la suivante : Comment expliquer la crise économique mondiale qui sévit depuis 2008 ? Comment expliquer que, depuis 1080, le fossé entre les riches et les pauvres s'élargit constamment ?

    Claude Smith

  • Jean Boucher - Inscrit 30 août 2012 10 h 59

    Crise des idées ?

    Finalement, selon votre éditorial, tous les partis politiques semblent surtout compter sur le secteur privé pour créer des emplois chez les jeunes!/?*** Ce n'est pas le cas.

    Tous les "vieux" et "nouveaux" partis politiques sont adeptes d'un État qui se caracrérise par la redistribution de la richesse et...un déficit abyssal.
    Commnent s'en sortir pour créer davantage d'emplois, conserver ou améliorer nos programmes sociaux et diminuer le déficit ???

    Ou bien on fait maintenant et surtout un grand ménage réducteur, comme la CAQ le propose, ou on crée maintenant et surtout davantage de richesse et d'emplois - productifs, concurrentiels et profitables dans les secteurs public et privé - comme le PLQ et le PQ nous le suggèrent et...ça fonctionne.

    On peut continuer en faisant preuve de davantage d'imagination avec l'apport d'investissements de pays étrangers et multinationales. Ça s'appelle le modèle québécois. Y a-t-il vraiment une "crise des idées" dans ce domaine au Québec? Continuons en accélérant le pas.

  • Solange Bolduc - Inscrite 30 août 2012 11 h 28

    Deux mouvements importants se dessinent chez les jeunes ...

    Il y a deux mouvements que je vois se dessiner dans la population, et qui justifie le peu d'intérêt que l'on accorde dans cette campagne à l'emploi (à part les 250 000 promis par le PLQ).

    Le premier se compose d'un groupe de jeunes qui ont cessé trop tôt d'étudier (soit parce qu'ils n'aimaient pas l'école ou qu'ils n'avaient pas les moyens de se rendre jusqu'au céjep ou à l'université), pour créer leur propre emploi ou entreprise, et qui, malgré cela, peinent à bien gagner leur vie (J'en parlais hier avec des jeunes au Marché Jean-Talon et certains parents); le deuxième se compose d'un autre groupe de jeunes qui veulent ou aiment étudier, dont certains ont parfois deux baccalauréats, et qui ne savent pas encore quel choix professionnel ils feront. Et même chez ceux qui ont arrêté leur choix, ils savent très bien qu'ils risquent d'être des chômeurs instruits, à la sortie des universités, car aucun d'eux n'est assuré d'obtenir un emploi correspondant à son choix professionnel.

    L'avenir leur est presque fermé, et il ne leur reste que l'instruction (s'ils le peuvent ou le désirent ) ou/et de participer à des mouvements sociaux pour dénoncer l'injustice sociale !

    La CAQ voudrait faire des Québécois des entrepreneurs, idéal dont l'enrichissement matériel et individuel semble plus important que l'enrichissement intellectuel et collectif. Les valeurs qu'elle préconise vont continuer d'encourager les jeunes à s'engager dans des mouvements politiques de gauche, leur offrant au moins le rêve d'obtenir un avenir plus clément, en partage !

    La priorité accordée à l'instruction, même s'il n'y aura pas d'emplois dans le domaine choisi pour tous les jeunes diplômés, cela habilite les jeunes, comme nous l'avons vu lors du "printemps érable, à articuler leurs idées progressistes. On risque ainsi de les voir continuer d'évoluer avec cet espoir de changement qui leur tient tant à coeur, celui de plus de justice sociale, ce que ni le PLQ ni la CAQ ne peuvent leur offrir !

  • Jacques Beaudry - Inscrit 30 août 2012 11 h 48

    contredit.

    Une étude ce jour contredit la sombre perspective que vous tentez de nou passer dans votre propos. Le Québec figure au 11 rang parmi les provinces et états américains pour les 5 denières années au ieau de l'emploi. Aller faire vos classes

    • Jean-Louis Girard - Inscrit 1 septembre 2012 09 h 09

      Mon cher tout ca va changer avec l'élection du PQ...Nous glisserons tres rapidement...

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 30 août 2012 12 h 15

    La vraie solution

    La vraie solution économique à moyen et long terme est une meilleure éducation offerte à notre population, et aux mesures d’accroissement de la productivité. C’est seulement ainsi que le PIB progressera.

    • Jean-Louis Girard - Inscrit 1 septembre 2012 09 h 10

      L'éducation oui,mais faudra-t-il que les jeunes veulent travailler et se déplacer vers les emplois.