Élections 2012 - Des choix budgétaires qui parlent

À une semaine des élections, tous les partis ont finalement présenté leur cadre financier. En toute logique, les électeurs devraient donc être en mesure de se faire une idée du réalisme de leurs engagements. Mais quelle est l’importance de ces renseignements quand le moment est venu de choisir ?

Un cadre financier, ce n’est pas un budget, mais une évaluation sommaire du coût des promesses électorales. Malgré leurs airs de vérité, ils sont tous construits sur la base d’hypothèses souvent impossibles à vérifier.

Un bel exemple est celui de la Coalition avenir Québec qui, malgré la bénédiction d’un économiste réputé, contient des erreurs que les autres partis se sont empressés de relever. Entre autres, celle d’ajouter 600 millions de dollars en dividendes versés par Hydro-Québec à la colonne des revenus, sans soustraire la baisse de la péréquation fédérale qui accompagnerait une telle hausse des profits de la société d’État.


Il y a ces omissions dues à des erreurs de débutant, puis il y a celles que l’on pourrait qualifier de volontaires. Celle du Parti québécois, par exemple encore, qui s’engage à réduire la dépendance du Québec aux hydrocarbures de 20 % en sept ans, mais qui affirme y parvenir sans augmenter les taxes sur l’essence et l’immatriculation. Ou encore, celle du PLQ qui refuse de préciser d’où proviendront les 850 millions manquants pour maintenir l’équilibre après 2014.


Sans surprise, le cadre financier le moins original mais le plus réaliste est celui du Parti libéral. Après neuf années au pouvoir, on ne pouvait pas s’attendre à autre chose… quoique, avec le Plan Nord, on a compris qu’il ne fallait pas sous-estimer la capacité de Jean Charest de rebondir. D’ailleurs, plusieurs des engagements contenus dans le cadre financier se rapportent au Plan Nord et aux infrastructures, les deux fronts d’intervention qui constituent l’héritage du PLQ.


Pour l’essentiel, Jean Charest s’engage à respecter l’objectif du déficit nul dès la prochaine année. Un exploit qu’il aura accompli, s’il est réélu, sans laisser échapper la douzaine d’oeufs, contrairement à Lucien Bouchard. En fait, le plus grand ennemi du PLQ, ce n’est pas sa gestion des finances publiques, mais l’usure du temps et l’exaspération populaire.


Des trois partis en lutte pour le pouvoir, c’est la Coalition avenir Québec qui présente le cadre budgétaire à la fois le plus complet et le moins crédible. Mû par la volonté d’apporter des changements majeurs aux structures pour en dégager une marge de manoeuvre budgétaire importante, le chef François Legault prend des engagements qui totalisent plus de 5 milliards par année, à terme, sans aucun déficit. De la magie noire.


Malgré (ou grâce à) ses promesses échevelées, force est d’admettre qu’avec l’adhésion de candidats de renom, la CAQ réussit à convaincre une portion croissante de l’électorat qu’elle est la formation qui illustre le mieux l’idée du « changement ».


Quant au Parti québécois, critiqué pour avoir tardé à produire son cadre financier, il doit aujourd’hui s’en féliciter puisque cela lui a évité d’être l’objet d’autant de critiques que la CAQ. Construit sur la base des mêmes prévisions que le dernier budget libéral, ce cadre promet une croissance annuelle des dépenses d’à peine 2,4 %, y compris la santé, malgré 908 millions de nouvelles dépenses et des baisses d’impôt d’un milliard. Le secret ? Près de 400 millions de dollars de redevances supplémentaires, nécessairement hypothétiques, attendues des sociétés minières et, surtout, un milliard d’impôts de plus tirés de la poche des quelques centaines de milliers de mieux nantis.


Avec ce cadre budgétaire, si elle est élue, Pauline Marois campera plus à gauche que tout autre gouvernement sur le continent, sans qu’il y ait eu de débat au sujet des conséquences de ces choix sur la rétention de la main-d’oeuvre la plus qualifiée, des scientifiques aux sportifs en passant par les artistes, les investisseurs, les médecins spécialistes et les chercheurs de haut niveau.


La semaine qui reste nous réserve encore bien des surprises, mais l’on sait déjà que le vainqueur des prochaines élections sera le parti qui aura su le mieux convaincre l’électorat de sa détermination et de sa sincérité à faire avancer le Québec. Paradoxalement, il semble évident qu’il importe peu à ces mêmes électeurs que le cadre financier soit réaliste, ni même qu’il soit de droite ou de gauche !

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