Amiante - L’évidence qui tue

Les très actifs défenseurs de l’amiante au Québec ont en réserve quelques arguments pour contrer l’écrasante démonstration des dangers de ce produit. Au nombre de ceux-là, on nous dit que les méfaits de l’amiante remontent à de lointains temps passés. Mais même cette parade ne tient plus la route.


C'est à un journaliste curieux que l’on doit la nouvelle pièce au dossier contre l’exploitation de l’amiante au Québec. Ses défenseurs soutiennent que seuls des gens ayant travaillé dans l’industrie minière avant 1975 ont contracté une maladie liée à ce produit. Depuis, tout est sous contrôle, preuve que le Québec peut relancer l’exploitation de ce produit, comme l’a follement décidé le gouvernement de Jean Charest à la fin juin.


Le journaliste Daniel Couture a eu des doutes. À sa demande, un médecin et une infirmière de l’Agence de la santé et des services sociaux de Chaudière-Appalaches ont donc revisité le registre des maladies à déclaration obligatoire (qui recense les maladies liées à l’amiante) de la région. En y regardant de près, ils ont constaté que de fait, huit travailleurs embauchés dans les mines de la région de Thetford Mines après 1975 avaient été atteints, contredisant les propos lénifiants.


La réplique ne s’est pas fait attendre, qu’on peut résumer ainsi : «Allons, si c’était le cas, on en aurait entendu parler avant. Et puis huit, c’est bien peu, et leur état de santé était peut-être dû à la cigarette… » Déni, déni, déni.


Il y a quelques mois, une spécialiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) expliquait à La Presse à quel point les gens connaissent mal leurs droits quand il s’agit des maladies liées à l’amiante. Comme elles apparaissent longtemps après qu’on y a été exposé et qu’elles sont fulgurantes, toute l’énergie du malade est consacrée au temps qu’il lui reste, pas à se manifester. Le bouche à oreille ne peut donc tenir lieu de relevé scientifique.


Ces huit travailleurs recensés ne font de toute manière que s’ajouter à la masse d’informations qui soulignent que « tous les types d’amiante causent plusieurs types de cancer », qu’« il n’existe pas de seuil protégeant du cancer les personnes exposées à l’amiante » et que même au Québec, encore aujourd’hui, l’amiante n’est pas utilisé de façon sécuritaire dans les usines de produits en amiante et dans la construction (on imagine dès lors la situation en Inde et dans les autres pays pauvres où nous l’exportons) - précisions que l’on trouve sur le site de l’INSPQ, qui ne manque pas d’études à ce propos.


L’institut a d’ailleurs émis l’hiver dernier des recommandations pour que les normes soient resserrées, soulignant toutefois que c’est la substitution de l’amiante par d’autres matériaux qui serait la vraie solution.


Cela a laissé complètement indifférents les libéraux. Alors même que le bassin de pays-clients se rétrécit et que les banques n’ont pas voulu prêter à la mine Jeffrey d’Asbestos, le gouvernement a décidé de participer à la relance de celle-ci en lui octroyant lui-même un prêt de 58 millions. La région aurait plutôt besoin de diversifier son économie, mais par calcul électoral, les libéraux l’enfoncent dans une impasse. Passons.


Il est toutefois curieux que le Parti québécois ne tire pas la conclusion qui s’impose : il se dit inquiet, mais renvoie la question à une éventuelle commission parlementaire ! Le cas de l’amiante est pourtant clair, la Coalition avenir Québec, Québec solidaire et Option nationale l’ont bien compris, qui souhaitent « faire le deuil d’une industrie qui n’est plus de notre époque », comme l’a dit récemment François Legault. (Il ne manque d’ailleurs pas d’ironie que celui-ci prône l’abolition des agences de la santé, qui ont le recul pour analyser ce genre de dossiers !)


C’est la seule position acceptable. La région d’Asbestos mérite qu’on lâche l’électoralisme et qu’on lui dessine un avenir.

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