Souveraineté du Québec - Répondre clairement

On ne serait pas au Québec si pendant une campagne électorale le débat ne s’enflammait pas autour de la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Depuis l’affrontement télévisé de mercredi soir entre Pauline Marois et François Legault, le «référendisme», et son corollaire inévitable qu’est la clarté, est désormais inscrit au coeur de cette campagne.


D'emblée, la chef péquiste a voulu être limpide. Si le Parti québécois l’emporte le 4 septembre, c’est un gouvernement souverainiste qui sera alors à la tête du Québec. Et pour ne rien cacher, elle a redit avec force qu’elle-même était une souverainiste impatiente de réaliser l’indépendance du Québec, même si elle attendrait que les Québécois soient prêts à la suivre. C’était ouvrir une porte par laquelle ses adversaires, François Legault surtout, se sont précipités pour relever les ambiguïtés inhérentes à la démarche référendaire du Parti québécois. Le « quand » et le « comment ».


C’était facile pour l’ancien péquiste François Legault de trouver le talon d’Achille de Pauline Marois, dont le discours s’adresse tantôt aux électeurs (« Je suis une personne responsable »), tantôt à son aile militante qui doute de ses convictions. C’est d’ailleurs pour rassurer cette dernière qu’elle a inscrit à son programme une loi sur les référendums d’initiative populaire. François Legault y a vu une abdication de son pouvoir de décider un référendum sur la souveraineté aux mains des « purs et durs » de son parti, qui en recueillant quelque 900 000 signatures d’électeurs (15 %) pourraient enclencher un tel processus contre sa volonté.


La chef péquiste a clarifié les choses hier. La pétition signée par les électeurs pour lancer un référendum d’initiative populaire sera soumise à un vote de l’Assemblée nationale. On peut y voir l’assurance que, première ministre, elle ne prendra pas le risque de perdre un troisième référendum sur la souveraineté. François Legault a raison de dire que le Québec ne peut se payer ce luxe. Les échecs précédents ont été l’occasion pour le gouvernement fédéral de restreindre les pouvoirs du Québec.


Cette précision de la part de Pauline Marois s’imposait. Elle aurait pu toutefois en faire l’économie. Dans cette campagne, elle doit certes défendre le programme de son parti, dont elle est la porte-parole, mais elle n’est pas que la chef d’un parti. Elle est potentiellement la future chef du gouvernement et elle doit à ce titre se libérer de la ligne du parti quand elle aborde des questions aussi capitales que la tenue d’un référendum. Doivent alors prévaloir les intérêts supérieurs de la nation plutôt que ceux du parti. Un discours ambigu ne peut que créer de la confusion et servir ses adversaires.


Sur la question de la souveraineté, l’exigence de la clarté vaut aussi pour le chef de la Coalition avenir Québec. Son cheminement l’a conduit à se détacher du mouvement souverainiste, mais on ne sait pas où il loge vraiment. Après avoir dit qu’il voterait non à un référendum sur la souveraineté, il a précisé cette semaine qu’il ne prendrait pas la direction du camp du NON s’il était alors chef de l’opposition officielle. Il se décrit comme un nationaliste dont l’objectif sera toujours de défendre les intérêts supérieurs du Québec.


On peut en déduire, comme le fait le premier ministre Jean Charest, que François Legault n’est pas fédéraliste. D’ailleurs, on l’entend rarement prononcer le mot « Canada ». Ses racines le placent certainement plus près du Parti québécois que du Parti libéral, mais on est réduit ici à spéculer sur ce que sont ses valeurs fondamentales et les gestes qu’il pourrait poser comme premier ministre dans la défense des intérêts du Québec face à Ottawa. Tout comme Pauline Marois lui devait des réponses, il en doit à son tour à Jean Charest.

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