Commission Charbonneau - Apparences écorchées

Les Québécois ont besoin de se débarrasser des magouilles en tout genre. Devenus cyniques à l’égard de leurs institutions, ils ont aussi besoin de croire que ceux qui sont chargés de faire place nette sont au-dessus de tout soupçon de complaisance. Le procureur en chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, répond de moins en moins à cet implacable critère.

Hier, La Presse révélait qu’il avait représenté, pas plus tard qu’en 2008, une firme d’asphaltage maintenant mise en cause par Jacques Duchesneau, dans la foulée de son passage devant la commission en juin. Le litige de 2008 impliquait d’ailleurs par la bande un autre acteur maintenant bien connu du grand public, Tony Accurso.


Me Lussier faisait à l’époque son travail d’avocat, tout comme ce fut le cas par la suite quand il a représenté la Ville de Montréal dans le conflit qui l’opposait au vérificateur général Jacques Bergeron, ou en tant que membre de l’équipe Plan Nord du cabinet d’avocats auquel il est associé. Nul ne doute de ses compétences dans tous ces dossiers.


Mais il y a un malaise quand ces éléments, méconnus du grand public, sont associés au procureur en chef de la commission la plus réclamée des Québécois et qui porte sur le sujet le plus délicat qui soit : l’univers de la collusion et de ses vastes ramifications dans le monde de la construction, de la politique, des municipalités, des grands chantiers du passé et de ceux à venir. Il est évident que Plan Nord et asphalte font partie du vocabulaire des enjeux couverts.


Me Lussier ne semble pas très sensible à ces questions de perception. Nommé à la commission Charbonneau en novembre dernier, son rôle comme représentant de la Ville de Montréal fut discrètement souligné dans les médias, mais Me Lussier répondait qu’il céderait sa place quand l’administration montréalaise serait en cause.


C’était pourtant à sa face même une position intenable qui, au fil des mois, faisait de plus en plus murmurer. Pas matière à scandale, mais une question de crédibilité, comme un éthicien l’avait résumé en mars au Devoir. Quelques jours plus tard, Me Lussier se départait enfin de ce gênant double chapeau.


Aujourd’hui, avec les révélations de La Presse, on s’interroge à nouveau. Était-ce en raison de ses liens professionnels qu’en entrevue au Devoir, fin décembre, Me Lussier limitait autant le mandat de la commission Charbonneau ? Pas de compteurs d’eau, pas de port de Montréal, pas toutes les municipalités… Le Plan Nord s’ajoute-t-il à une telle liste ?


Le Québec est petit, il est normal que les mêmes figures reviennent dans différents dossiers. Mais ça ne peut pas toujours servir d’excuses, surtout pour une commission qui n’a pas le droit à l’erreur. Ici, les apparences ne sont plus sauves. La commissaire France Charbonneau aurait pu s’en rendre compte avant que les médias ne le fassent. Une conversation sérieuse s’impose avec son procureur en chef et une mise au point publique s’ajoute pour nous convaincre que la confiance peut demeurer.

8 commentaires
  • Serge Granger - Abonné 11 août 2012 07 h 36

    La police enquête sur la police

    Le PLQ enquête sur le PLQ

  • Carole Jean - Inscrite 11 août 2012 10 h 20

    La commission Charbonneau: un paravent


    La commission Charbonneau est un paravent. Elle a été constituée avec des personnes fiables afin de camoufler au maximum la question de la corruption gouvernementale. Le gouvernement Charest se devait de gagner du temps jusqu'aux élections. Il a tergiversé pendant deux ans avant de répondre à la demande générale pour une commission publique sur la corruption gouvernementale au Québec. Il n'y a acquiescé que lorsqu'il devint possible de déclencher des élections avant que les travaux de cette commission de plus en plus bidon ne révèle quoi que ce soit. Les conflits d'intérêts que l'on identifie aujourd'hui ont été écartés à dessein. Vite le ménage !

  • Michel Lebel - Abonné 11 août 2012 10 h 40

    La fragilité de la démocratie

    Pourquoi cette volonté de dénigrer la Commission et son procureur-chef? Pourquours toujours soupçonner le pire, la magouille continue? Pourquoi ce climat généralisé de ressentiment, de doute, de soupçon au Québec? Je comprends très bien l'importance de garder les yeux bien ouverts, mais il aussi faire un minimum de confiance à nos institutions, sinon rien ne va plus. Le Québec en est-il rendu là ? La démocratie demeure toujours un régime bien fragile et toujours plus fragiliseable. Ne l'oublions jamais avant qu'il ne soit trop tard!

    Michel Lebel
    Ancien professeur de droit constitutionnel

    • Emmanuel Denis - Inscrit 12 août 2012 08 h 37

      J'ai beaucoup de difficultés à croire que vous étiez un ancien professeur de droit constitutionnel, mais je suis certain que vous êtes un membre à vie du Parti libéral !!!

      Vous n'aidez pas la démocratie en votant toujours pour le même parti sans remettre en question les erreurs d'éthique commises par le PLQ...

  • Carole Dionne - Inscrite 11 août 2012 13 h 27

    Là, je commence vraiment...

    À mettre en doute Me Lussier. En plus de justice, il faut qu'il y ait apparence de justice. Les bornes ont été dépassées. Me Lussier va discréditer la Commission Charbonneau. Donc la Commission n'a pas d'autre choix que de lui demander de démissionner.

  • Denise Lauzon - Inscrite 11 août 2012 19 h 47

    Partir sur une mauvaise note

    Le Procureur en chef à la Commission Charbonneau ne doit pas avoir été impliqué dans des causes qui touchent le domaine de la construction et ça ne semble pas être le cas pour Me Lussier.
    Il y a sûrement au Québec d'autres avocats compétents qui rencontrent ce critère.