Conflit syrien - Vers l’implosion

Dans la défection du premier ministre syrien Ryad Hijab, le point de chute choisi, du moins à court terme, a ceci d’intéressant qu’il est très riche en enseignements. En effet, à la différence des gradés qui ont eux aussi plié armes et bagages depuis le début de l’insurrection, Hijab n’a pas emprunté la route qui mène en Turquie ou à Paris, mais bien celle qui conduit à l’un des deux principaux bailleurs de fonds des rebelles, soit le Qatar, l’autre étant l’Arabie saoudite. Cette défection a par ailleurs ceci de singulier qu’elle a eu lieu deux jours seulement après que Kofi Annan a démissionné de son poste d’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe en arguant, non sans raison, que son mandat rimait avec mission impossible. Bref, de complexe, le dossier s’est mué rapidement en dossier très « compliqué-complexe ».

Rien ne symbolise mieux le brouillard syrien que la montée en puissance d’al-Qaïda au sein de l’Armée syrienne de libération (ASL) et le billard à trois bandes auquel les Kurdes d’Irak, de Turquie et, bien entendu, de Syrie se livrent. Pour illustrer la montée d’al-Qaïda, on va reprendre deux chiffres : en mars dernier, les djihadistes ont accompli 7 missions militaires ; en juin, le total était de 66. On estime qu’à Damas et Alep, 54 % des activités guerrières portent l’empreinte d’al-Qaïda. Il en est ainsi parce que les bataillons formés au fil d’un conflit long désormais de 15 mois sont fatigués, divisés et commandés de manière trop chaotique. À tel point, d’ailleurs, qu’on a constaté d’autres défections. Dans quel sens ? Des membres de l’ASL ont rejoint les rangs disciplinés du réseau al-Qaïda.


On s’en doute, l’influence grandissante de ce dernier au sein de l’armée, pour l’instant du moins, constitue un sacré casse-tête pour les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, qui soutiennent les insurgés en communiquant, par exemple, des informations, mais qui refusent toujours de fournir des armes. Comme par hasard, au lendemain de la démission d’Annan, l’administration américaine a soufflé à l’oreille de certains journalistes le fait suivant : le président Obama a signé une directive secrète à l’attention de la CIA : identifier les groupes « fiables » pour accélérer la chute de la maison Assad.


Quoi d’autre ? Président de la province autonome du Kurdistan irakien, Masoud Barzani a mis à profit le conflit en cours pour mieux fédérer les forces kurdes enclavées en Syrie. Il a conclu une entente avec la formation des Kurdes syriens, soit le Parti de l’unité démocratique, très proche du Parti des travailleurs, formation phare, elle, des Kurdes de Turquie, qui prévoit une meilleure coordination politique et militaire avec le Conseil national kurde. En bref, les Kurdes ont poussé leurs pions de manière à gagner sur tous les tableaux. Assad perd ? Ils se greffent aux Kurdes d’Irak. Assad gagne ? Ils obtiennent des faveurs pour avoir adopté un profil bas pendant le conflit. En un mot, l’intégrité territoriale de la Syrie n’est plus garantie.