Élections et corruption - L’effet Duchesneau

Peu importe le résultat de cette campagne - on en est si loin ! -, on dira plus tard qu’il y a eu un effet Duchesneau. Que l’homme soit élu ou non, et même si un homme ne fait pas une élection, il faut admettre qu’il galvanise, bouscule, brouille les cartes, même de la Coalition avenir Québec, et qu’il oblige à recentrer les enjeux.


Hier à Montréal, trois candidats du Parti québécois convoquaient la presse pour lui raconter une bonne histoire : une affaire qui sent le favoritisme à plein nez, qui avait déjà circulé mais pour laquelle Bernard Drainville, Nicolas Girard et Bertrand St-Arnaud avaient de nouveaux éléments à apporter. Deux ministres libérales et une députée sont visées par leurs allégations.


À l’Assemblée nationale, cette affaire aurait fait des flammèches. Hier, en dépit de son intérêt (un terrain destiné à un usage public qui prend 1 million de plus-value en un an et qui revient dans le giron du privé, cela soulève des questions), elle est restée un feu contenu. D’abord parce qu’elle n’est pas claire. Surtout à cause de Jacques Duchesneau.


Il sautait aux yeux que la sortie du trio péquiste, aussi compétent soit-il, devait tout au souci de faire concurrence au nouveau candidat caquiste sur le terrain de la lutte contre la corruption. Que sans son arrivée, les révélations qu’on brûlait de nous faire auraient attendu quelques jours de plus.


À quoi s’ajoutait l’esquive de Pauline Marois, qui la veille avait fui les questions sur l’arrivée de M. Duchesneau à la CAQ. Hier après-midi, c’est l’impression de précipitation qui dominait, même si M. Drainville répétait que des vérifications à compléter expliquaient l’agenda.


Il est essentiel, nous l’avons déjà écrit, que le thème de l’intégrité, qu’il se décline sous l’angle du copinage, des décisions troubles ou carrément de la corruption, soit marquant dans cette campagne électorale. On ne peut balayer sous le tapis les années de scandales révélés par les journalistes et l’opposition et mettant en cause le monde politique municipal ou des membres du gouvernement libéral.


Le Parti québécois, la CAQ, Québec solidaire ont d’ailleurs rappelé dès le début de la campagne électorale l’urgence de lutter contre la corruption et la collusion. Mais Jean Charest pouvait les ignorer royalement puisqu’il avait les étudiants pour servir de paravent. Le carré rouge lui suffisait pour détourner le regard de l’électorat de son bilan.


Ce temps du déni est bel et bien terminé. Par sa seule présence, sans même ouvrir la bouche, Jacques Duchesneau est un rappel permanent de ce qui ne tourne plus rond au Québec. Et comme l’homme parle et n’a pas la langue dans sa poche, et que la controverse ne lui fait pas peur, M. Charest ne pourra plus s’attribuer des mirifiques 8 sur 10 qui ne sont pas mérités, ni faire semblant que tout va pour le mieux. Un simple froncement de sourcils de Monsieur Net servira de rappel à l’ordre.


Il ne s’agit pas de croire que M. Duchesneau est sans défaut : François Legault a bien vu hier à qui il avait affaire, avec cette maladroite déclaration de son candidat qui se voyait nommer des ministres. M. Duchesneau a su rattraper sa gaffe, mais il faudra voir si l’électeur lui pardonnera ce genre de faux pas. Mais même s’il les multipliait, cela ne redonnera pas aux libéraux une blancheur politique.


Cet homme est une plaie pour Jean Charest, une épine au pied pour le Parti québécois, un défi pour François Legault, une curiosité pour les électeurs et un plaisir pour les journalistes. C’est bien ainsi qu’on fait de l’effet.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

28 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 7 août 2012 03 h 28

    Pourquoi l'avocat du P.Q. a-t-il si fortement attaqué la crédibilité de M. Duchesneau devant la Commission Charbonneau ?

    Selon ce que je comprends des propos tenus par M. Duchesneau il y a quelques mois , le système de corruption en serait un dit de demande: des appareils politiques auraient profité et profiteraient encore du pouvoir politique pour exiger de l'argent de fournisseurs de services plus ou moins complaisants. Si cela est vrai, le Parti Québécois doit rapidement expliquer pourquoi son avocat a attaqué la crédibilité de M. Duchesneau devant la Commission Charbonneau, congédier les personnes ayant donné un tel mandat et ensuite proposer tout un train de mesures éradiquant la corruption. Nier l'existence d'un tel mandat ne suffit pas, un avocat expérimenté s'assurant toujours d'un mandat.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 7 août 2012 11 h 26

      Mme Marois a expliqué que l'avocate du PQ dans ce dossier a dépassé son mandat et qu'elle était allée trop loin.

    • Réjean Grenier - Inscrit 7 août 2012 12 h 08

      L'avocate en question (dont personne ne se souvient ni de son nom ni de sa face) avait, bien sûr un mandat. Mais il appert qu'elle en fait fi,
      sachant très bien que Duchesneau ne pouvait rendre publique son deuxième rapport étant bien assis en pleine Commission Charbonneau ou il
      n'avait pas la possibilité d'exposer publiquement
      ses notes sans les avoir déposées devant la
      Commission. Ça l'avocate ne pouvait pas ne pas le savoir.

      Alors, pourquoi à t'elle agit ainsi?

      La question est lancée mais la réponse ne viendra jamais parce que les affaires d'avocat sont
      secrètes.

      Madame Marois nous dit que l'avocate à outre-
      passé son mandat...et de beaucoup.

      Peut-être le sauront nous, en septembre, lors
      de la reprise de la deuxième session de la Commission.

      Réjean Grenier

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 7 août 2012 18 h 04

      L'avocate en question se nomme,Maître Estelle Temblay.Il serait très pertinent et instructif, de ré-entendre la transcription de la C.C. celle du 20 juin,parties 2-3-4-.L'interrogatoire pointu,existe pour faire ressortir les contradictions..À la question;(Avez-vous M.Duchesneau, des dossiers sur ces contrats, concernant la période 1996à2003.La réponse;Je ne sais pas,je ne pense pas"non" il n'y a aucun dossier...) La procureure du P.Q.avait bougrement raison je crois d'insister, elle a fait du bon travail, impopulaire,ingrat, mais honnête .

  • Marcel Bernier - Inscrit 7 août 2012 04 h 28

    L’esprit critique au vestiaire…

    Au-delà de l'effet, madame Boileau ne nous a pas habitués à la complaisance, et son papier d’aujourd’hui démontre une tendance à la défaite de la pensée.
    Relisez le programme de la CAQ, voyez le populisme et la démagogie à l’œuvre et vous m’en direz des nouvelles. Quant au dénommé Duchesneau, à voir, on voit bien que cet individu est imbu de lui-même, n’en finit plus de pousser le bouchon de la mystification, en remet une couche dans l’à-peu-près, cherchant à se mettre en évidence au risque de tromper la population : un exemple flagrant d’histrionisme en politique.

  • Michel Lebel - Abonné 7 août 2012 06 h 23

    Des souhaits...

    Il est à souhaiter que Jacques Duchesneau soit plus qu'un "plaisir" pour les journalistes! Au moins qu'il soit soumis à un "plaisir" critique! Bien des journalistes semblent d'ailleurs avoir perdu tout esprit critique devant Monsieur Net. Et c'est bien dommage.

    Il est aussi à souhaiter que l'ancien directeur de police soit plus qu'une "curiosité" pour les électeurs. C'est un peu léger comme affirmation. Une élection, il me semble, est plus qu'un spectaccle! Du moins, elle le devrait!


    Michel Lebel

    • Claude Lachance - Inscrite 7 août 2012 08 h 51

      Il est là pour sauver la CAQ, de son indigence culturelle, et n'a pas du chercher très loin dans son enquête sur l'intégrité de ce petit monde derrière Legault. De l'esbrouffe digne du fou du roi?

      Si M. Duchesnault à encore des révélations à faire, ne peut-il pas demander une audience à la commission Charbonneau ?

      N'est-il pas là pour empêcher un discours un peu plus à gauche de prendre racine dans les esprits? La vente aux enchères du Québec, le plan nord. Les frais de scolarité... ... tant et tant de débats qui n'auront pas lieu, aussi longtemps que l'on jouera a répeter que la magouille magouille, que les menteurs mentent, que les tripoteurs tripotent...
      Peut-être que le tintamare des chaudrons en dit plus, que tous ces discours ad nauseam de supputation d'arènes , de combats de coqs.. en vain, bien en vain.

    • Solange Bolduc - Inscrite 7 août 2012 11 h 14

      Messieurs Lachance et Lebel, j'apprécie votre indignation !

      Que les prétentions de Duchesneau amusent les journalistes,c'est une chose, mais l'élection demeure quand même un événement plus que sérieux puisque nous aurons à vivre quatre ans avec le prochain gouvernement, que le conflit étidiant est loin d'être réglé, et tant d'autres problèmes encore!!

    • Réjean Grenier - Inscrit 7 août 2012 12 h 33

      Pour ma part, je suis persuadé que Duchesneau
      aurait été beaucoup plus utile comme enquêteur
      pour la Commission Charbonneau.

      Jacques Duchesneau, on s'en souviendra, s'est présenté à la mairie de Montréal et le loose canon d'alors à tout fait faux...et il perdu son élection.

      C'est une tache qui reste dans la mémoire
      des électeurs d'aujourd'hui. Les plus âges sont
      au courant des détails qui m'échappent

  • Denis Paquette - Abonné 7 août 2012 06 h 39

    Le Caq

    Le Caq le parti de la diversion, empéchant les libéraux de s'effrondrer davantage et pour lesquels on sent deja les effets probants.
    La question que l'on pourrait se poser est: ou est Sirois pendant ce temps.
    Ce qui est éminament intéressant c'est que depuis sa fondation Legault a trouver le moyen de renier les choses qu'il mettait de l'avant a l'origine
    Le pouvoir a chez certains individus , de ses attraits, sirenes sirenes, vous me damnez

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 7 août 2012 11 h 29

      " Où est Sirois pendant ce temps?" Bonne question en effet. Que pourrait-il manigancer avec les Libéraux dont il est depuis toujours?

  • France Marcotte - Inscrite 7 août 2012 07 h 50

    J'aimerais bien savoir maintenant où je loge

    Avant d'aller plus loin dans cette campagne, faurait bien savoir qui favorisent ceux chez qui on a choisi de s'informer, c'est la moindre des choses.

    Assez facile d'observer de son coin d'ombre, mais de quel côté de la scène vous situez-vous pour observer?
    Aurez-vous l'honnêteté de vous mouiller pour vos lecteurs ou nous laisserez-vous porter nos propres conclusions (qui pourraient malencontreusement être fausses).

    Ou alors Le Devoir est-il une sorte d'auberge espagnole?

    • Isabelle Gélinas - Inscrite 7 août 2012 09 h 29

      À ce qu’il me semble, l’équipe éditoriale a toujours fini par dire à ses lecteurs à qui allait son appui.
      La campagne commence à peine, soyez patient, ça viendra!

    • France Marcotte - Inscrite 7 août 2012 09 h 49

      Et vous croyez qu'en attendant de le dire on n'agit pas dans ce sens?

    • Denis Paquette - Abonné 7 août 2012 10 h 56

      Patience, patience, rien n'est jouer encore, nous en sommes seulement a la pré-élection ou a la pré-sélection, chacun essait de se donner la meilleure image, la plus belle allure, certains diront la plus value, mais rien n'est encore cristalisé, chacun dans son camp essait de nourrir son mythe identitaire.
      Mais a un moment donné, boum, chacun va savoir a quelle leadership il adhère, quel leadership il veut adhérer , a quelle mythologie il adhère, et pendant quatre ou cinq ans nous saurons a qui il faudra obéir, sous peine de se marjinaliser et de ne pas vraiment faire parti du groupe.
      Vous comprendrez que dans l'état ou on a laisser le leadership passé, il n'est pas facile de définir le nouveau. qu'il n'y a pas encore de concensus, que beaucoup de gens ne savent pas encore, ce qu'ils veulent, l'ex premier ministre a beau dépenser des milliions de promesses, ca ne suffit pas

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 7 août 2012 11 h 30

      Le Devoir informe. Il n'a pas à vous dire quoi faire.

    • France Marcotte - Inscrite 7 août 2012 12 h 03

      Informer, oui bien sûr, mais tous les journaux ont une ligne éditoriale.

      Je la connais pour tous les autres.

      Et je n'attends certainement pas qu'on me dise quoi faire M.Saint-Arnaud, au contraire, je veux être certaine d'avoir tous les moyens de penser par moi-même, pas vous?